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La Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a récemment annoncé l’émission d’un nouveau billet de 20 000 GNF, une décision qui suscite des réactions diverses. Selon l’économiste Safayou Diallo, cette initiative s’inscrit dans le cadre normal des opérations d’une banque centrale, mais soulève néanmoins certaines interrogations.
D’après Safayou Diallo, « il est normal pour une Banque centrale d’émettre des billets ou de lancer de nouveaux billets. Il faudrait que les gens comprennent cela. C’est un processus qui est purement et simplement normal. » Toutefois, le contexte actuel suggère une autre motivation : la lutte contre la falsification. « Il y aurait de la falsification ou une reproduction des anciens billets de 20 000. Pour pallier à cette situation, ils ont décidé de mettre un nouveau billet qui dispose d’un certain nombre de conditions de sécurité plus renforcées de telle sorte que les faussaires ne parviennent plus à émettre de nouveaux billets », a-t-il expliqué, avant d’ajouter que la BCRG a renforcé les dispositifs de sécurité en y intégrant deux filigranes et un fil de sécurité innovant, capable de changer de couleur du vert au bleu.
Il estime que le communiqué officiel ne suffit pas à informer clairement la population sur les raisons profondes de cette décision et ses implications. Une campagne de sensibilisation plus détaillée et accessible au grand public serait nécessaire pour éviter les spéculations et rumeurs, notamment sur une supposée crise de liquidité : « Nous attendons très rapidement une communication de la Banque centrale, une communication différente du communiqué, mais de façon détaillée pour permettre aux citoyens lambda de comprendre qu’est-ce qui se passe réellement. »
Un impact économique à surveiller
Sur le plan économique, Safayou Diallo met en garde contre un risque inflationniste. Selon lui, « créer un nouveau billet, pour moi, ça peut avoir un impact négatif si ça ne correspond pas à l’évolution des fondamentaux de l’économie. » Il rappelle que, selon la théorie de la croissance économique équilibrée, une augmentation de la masse monétaire sans augmentation correspondante de la production peut entraîner une inflation incontrôlée.
Il cite notamment l’économiste monétariste Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, qui affirmait que « « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production” ». Ainsi, si la BCRG émet plus de billets sans justification économique solide, cela pourrait déstabiliser l’économie en amplifiant la hausse des prix : «Autrement dit, si l’on produit 10 biens et que chaque bien coûte 1 franc, il suffirait de mettre en circulation 10 billets. Toutefois, il est souvent recommandé d’en mettre moins. Dans ce cas, chaque bien devra être échangé plusieurs fois afin de correspondre au nombre de billets en circulation. Par exemple, si l’on crée 10 biens mais que seulement 5 francs sont mis en circulation, chaque franc devra être utilisé deux fois pour permettre l’achat de l’ensemble des biens produits. »
Il souligne que la baisse officielle du taux d’inflation ne signifie pas forcément une amélioration des conditions de vie des citoyens, mais simplement un ralentissement de la hausse des prix : « L’important, ce n’est pas que les chiffres disent qu’on est à 1% ou à 50%. Ce n’est pas ce qui compte. C’est ce qu’on ressent au niveau du panier de la ménagère. »
Enfin, Safayou Diallo souligne un autre défi : la cohabitation entre l’ancien et le nouveau billet de 20 000 GNF : « Puisqu’il y a l’ancien qui va toujours exister, il y a des communications multimédia, forcément des flyers, des dépliants qui seront élaborés pour une large communication vis-à-vis des institutions financières, mais également des opérateurs économiques. »
Dans un pays où le secteur informel est prédominant et où de nombreux commerçants ne sont pas familiarisés avec les subtilités monétaires, il existe un risque de confusion. « Quand on émet un billet, il y a un déphasage total avec le billet qui circule déjà, à un moment donné, les gens risquent d’avoir une connotation comme quoi c’est ce nouveau billet qui est adapté pour une transaction. Ils vont peut-être refuser l’ancien. Peut-être que cela risque d’arriver », a-t-il alerté.