Le mythe de Sisyphe guinéen ou l’éternel recommencement d’une gouvernance sans issue ? (Par Mohamed Cherif Barry)

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Après les transitions de 1984, de 2008-2009, les guinéens croyaient en finir avec ces irruptions spontanées de militaires au pouvoir, mais apparemment l’histoire est loin de présenter son épilogue. En 2010 au sortir d’une transition émaillée de tensions et de violences sans précédent, les guinéens ont choisi leur destin en confiant les rênes du pouvoir à Alpha condé, porteur d’espoir et de renaissance pour un peuple qui n’a jamais connu de bonheur de par le passé. Hélas ! L’espoir escompté n’était pas au rendez vous, le démocrate tant sollicité n’était rien d’autre qu’un tyran déguisé. Après dix ans de gouvernance sans résultats plausibles, il décide de foutre le chaos avec son controversé troisième mandat, et par la même occasion, il assassine la démocratie guinéenne qui était à son stade fœtale.

Patriotisme ou opportunisme ? Difficile à dire en ce moment. De toutes les façons, des soldats déferlent comme une ruée de sauterelles au palais Sèkhoutoureyah et renversent le régime, la page Alpha est tournée en ce beau matin du 5 septembre 2021. Une nouvelle page de l’histoire de la Guinée est encore ouverte et elle sera écrite par les kalachnikovs des forces spéciales.

La chanson de la mal gouvernance est mémorisée par tous les guinéens mais qu’à cela ne tienne, le CNRD se donne la peine de griffonner quelques mots pour décrier la gouvernance de tous ses prédécesseurs à la télévision nationale. Comme pour rassurer, il promet la lune aux Guinéens avec ses concepts de « boussole » et de « refondation » et tout le tintamarre qui suit…

Des annonces sont faites ça et là, des chantiers ouverts, des poursuites sont engagés contre les anciens prédateurs, tous les ingrédients sont réunis pour séduire le peuple. Quoi de plus excitant, les plus naïfs de la république sont encore convaincus du changement comme si ce cirque était une première en Guinée. Mais qui est fou!:«plus le mensonge est gros plus le guinéen y croît»( Alpha Condé). Le temps pourtant mène toujours sur la voie de la vérité n’est ce pas ?

Après trois ans de tâtonnements, d’arrogance et de fantaisie, le bilan reste globalement négatif. Ce, après trois gouvernements en l’espace de trois ans. Qu’est-ce qui ne va pas réellement avec la refondation ?

En tout cas, les populations souffrent le Martyr, la vie coûte extrêmement cher. À cela s’ajoute la pénurie du carburant, de l’électricité et de l’eau potable sans oublier l’insécurité qui bât son plein.

L’autre handicap c’est le manque de lisibilité sur le retour à l’ordre constitutionnel, et le dialogue de sourds cautionné et entretenu par le gouvernement. Le CNRD se donne également le malin plaisir d’isoler son peuple du reste du monde en coupant l’internet, en muselant la presse comme par crainte d’être démasqué et décrédibilisé à l’international. Ce qui a d’ailleurs suscité des mouvements sociaux, grèves générales et autres manifestations de rue soldés par des tueries et des arrestations. Pourtant au lendemain du 5 septembre, on avait promis de « ne plus répéter les erreurs du passé ».

Peut-on donc parler réellement de refondation quand on rajoute aux anciennes de nouvelles erreurs ? Non est la réponse à qui veut l’entendre !

Curieusement le CNRD fait semblant de prendre conscience après toutes ces gaffes commises par ses lieutenants, ministres farfelus et arrogants. Il décide donc de dissoudre le gouvernement médiocre, incapable de produire des résultats probants.

Ce « coup de tonnerre » qui avait apparemment soulagé et rassuré le peuple pour un laps de temps, n’aura été que du bluff. À la surprise générale, le gouvernement dissout sera reconduit à près de 50 % de ses ministres. De qui se moque-t- on encore ?

Parlant de la justice, la boussole tant brandie s’affaisse mélancoliquement, elle peine à prouver la culpabilité des présumés prédateurs, elle libère certains avec des cautions faramineuses dont on ignore la destination, tout en maintenant arbitrairement d’autres en prison, à tel point que d’ailleurs l’ex garde des sceaux Charles Wright n’hésitera pas à qualifier la CRIEF de « déception », évoquant par la même occasion la corruption en son sein.

À la lumière de ce qui précède, on peut légitimement être tenté de conclure par une note négative quant à l’issue de cette énième transition en République de Guinée. Mais peut être… qui sait…?

L’avenir nous édifiera sur les intentions du nouveau gouvernement.

Puisse les dieux nous sauver cette fois en rompant le sort du mythe de Sisyphe…

Mohamed Cherif Barry

Journaliste

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