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La défrancisation des noms des rues, des boulevards, avenues, monuments, bref des lieux publics africains, constitue un véritable acte de réappropriation du vécu du berceau de l’humanité qu’est l’Afrique, une réhabilitation historique. Oui, l’émancipation du continent passe aussi par l’affranchissement accompli et intégral des espaces et édifices publics africains.
Tant qu’un boulevard, une avenue, une école, une rue, un camp militaire, une place ou un établissement public continuera à porter des noms comme de Gaulle, Eugène-Noël Ballay, Faidherbe, Brière de l’Isle, Archinard ; tant qu’un monument rappellera une figure de l’administration coloniale, tant qu’il y aura un nom qui fera référence, en un mot, à l’histoire coloniale de la France, de l’Angleterre, du Portugal, l’Afrique ne peut prétendre être affranchie de l’asservissement. Tant qu’il y aura des avenues Ruault, des places de Gaulle, des rues Louis XVI et autres qui évoquent l’ancienne puissance coloniale, les Africains restent liés par la chaine de l’humiliation.
Les espaces et édifices publics, les monuments, les avenues ainsi que les boulevards africains doivent porter à dire juste les noms des dignes fils du terroir qui ont versé leur sang pour la souveraineté du continent, qui se battent pour la gloire et l’honneur de l’Africain. En donnant les noms de ces milieux publics aux grandes figures africaines, on perpétue non seulement l’histoire du berceau de l’humanité, mais également réveille la conscience de la jeunesse.
Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, trois pays devenus aujourd’hui comme les deux doigts de la main, ainsi que le Sénégal, ont également compris qu’être indépendants tout en gardant les monuments qui rappellent l’esclavage et la colonisation, est antimonique. Oui, dans ces pays aujourd’hui, les espaces et édifices publics qui honoraient les oppresseurs, changent de noms, et ce, pour effacer les vestiges de la colonisation et célébrer les héros nationaux et les personnalités pour les loyaux services rendus à leurs pays, au continent africain.
Au Mali tout récemment, les autorités ont précédé au renommage de plusieurs voies, places et établissements publics notamment dans la capitale Bamako. Les rues Faidherbe, Brière de L’Isle, Archinard, tous de grandes figures de l’administration coloniale française, sont devenues respectivement les rues Mamadou Lamine Drame, Banzoumana Sissoko et El Hadj Cheick Oumar Tall. L’avenue Ruault prend, elle, le nom du capitaine Sékou Traoré.
Également, pas plus tard que le jeudi 3 avril 2025, l’une des artères emblématiques de la capitale sénégalaise, le Boulevard Général de Gaulle, a été rebaptisée en Mamadou Dia, l’un des pères fondateurs de l’indépendance du Sénégal. Ce premier premier chef du gouvernement sénégalais a marqué l’histoire des Sénégalais. Cette décision du Président Bassirou Diomaye Faye, c’était à l’occasion de la célébration du 65ème anniversaire de l’indépendance du pays de Léopold Sédar Senghor.
La lutte de décolonisation des milieux publics menée aujourd’hui, notamment par le Sénégal et les pays de l’AES est, de très loin, derrière la République de Guinée. Oui, cette guerre, cette affirmation de la souveraineté et de l’identité culturelle à travers la rebaptisation des lieux importants, la République de Guinée l’a déjà faite. Dès les premières heures de son accession à l’indépendance, elle s’est attelée à cette grande révolution visant à décoloniser tous les lieux publics, et ce, pour effacer entièrement et pour toujours les traces de la colonisation sur ses murs, dans ses rues et autres espaces publics. En un mot, faire disparaitre les stigmates coloniaux.
Le Président Sékou Touré trouvait aberrant, contradictoire et même insultant, qu’étant indépendant, son pays continue de porter les stigmates coloniaux, à travers les édifices, les artères, les monuments. Ainsi, il a ouvert la voie en débaptisant tous ces espaces et édifices publics au profit notamment des dignes fils de la Guinée et du continent qui ont consenti d’énormes sacrifices pour l’affranchissement de la race noire du joug colonial. A titre illustratif, l’hôpital Ballay, construit à l’époque coloniale, qui honorait le docteur Eugène-Noël Ballay, le premier gouverneur de la Guinée en 1890 après sa séparation du Sénégal, a été rebaptisé en 1968, Ignace-Deen, nom d’un médecin béninois qui servait dans cet établissement hospitalier guinéen. Une manière de lui rendre hommage.
Également, le 7 avril 1959, les camps militaires qui portaient les marques coloniales, ont été rebaptisés par le père fondateur de notre patrimoine commun, le Président Ahmed Sékou Touré :
■le camp Général Gallieni est devenu Camp Kémé Bouréma de Kindia (actuelle 1ère Région Militaire) ;
■le Camp Général Markala, devenu Camp El hadj Oumar TALL de Labé (actuelle 2ème Région Militaire);
■le Camp Général Archinard, devenu Camp Soundjata KEITA de Kankan (actuelle 3ème Région Militaire);
■le Camp Capitaine Haquet, devenu Camp Béhanzin de N’Nzérékoré (actuelle 4ème Région Militaire).
Sans ambages, le renommage des voies, places et établissements publics qui portent les stigmates coloniaux doit être encouragé partout en Afrique. Les lieux publics associés à l’époque coloniale doivent être débaptisés au profit des grandes figures africaines qui ont versé leur sang pour le berceau de l’humanité lors de la lutte de décolonisation du continent et de la préservation de la dignité africaine. Une manière de tourner définitivement la page de l’héritage colonial. Oui, plutôt que de rendre hommage aux figures de la soumission du continent à la colonisation, il faut honorer les figures historiques nationales et affirmer l’identité culturelle de l’Afrique.
En définitive, l’Afrique ne sera indépendante, au sens propre du terme, que lorsqu’aucun boulevard, aucune place publique, aucun établissement public ne portera un nom qui rappelle l’ancienne puissance coloniale. Toutes ces rues qui racontent des histoires qui ne sont pas celles des peuples africains, mais plutôt celles de l’administration coloniale, ces édifices et établissements publics qui rappellent les souffrances et les brimades subies par l’Afrique lors de la colonisation, doivent être changés, rebaptisés. Des mémoires imposées, l’Afrique n’en veut plus.
Sayon MARA, Juriste
L’article Décolonisation des voies et lieux publics : l’AES et le Sénégal sur les traces de la Guinée [Par Sayon Mara] est apparu en premier sur Mediaguinee.com.