Lola : autrefois forêt luxuriante, aujourd’hui terre aride, les experts tirent la sonnette d’alarme

il y a 14 heures 17
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Autrefois, emprunter la route Lola-Gama-Bèrèma ou Tounkarata, c’était traverser une forêt dense. Aujourd’hui, ce paysage luxuriant a laissé place à une savane herbeuse parsemée de palmiers. Un constat inquiétant, reflet d’un taux de déforestation alarmant observé ces trois dernières décennies.

Cette situation suscite l’inquiétude de nombreuses organisations locales, dont l’ONG La Vie en Vert.

Un constat accablant

Pour Ahmed Sanoh, président de l’ONG, la déforestation galopante est directement liée aux activités humaines :

« Cette dégradation avancée de l’environnement est causée par l’homme, qui cherche à améliorer son quotidien sans discernement. La situation est véritablement alarmante. Autrefois, la préfecture de Lola jouissait d’un couvert végétal dense. Aujourd’hui, il a presque totalement disparu.

Plusieurs facteurs sont en cause. D’abord, les sociétés d’exploitation du bois ont largement contribué à cette destruction. Ensuite, des actions humaines répétées ont accentué la disparition du couvert végétal.

Nous interpellons tous les acteurs concernés : il est urgent de mettre en place des initiatives de restauration, de reboisement et de sensibilisation des communautés. »

Une exploitation forestière anarchique

Yona Doré, ancien maire de Lola et fin connaisseur de la région, partage un constat similaire :

« Lola était autrefois la préfecture la plus boisée de Guinée. À certains endroits, même en plein midi, le soleil peinait à percer à travers la canopée. Mais, dès les années 70, la région est devenue le terrain de jeu des sociétés d’exploitation forestière.

La Soforest, une entreprise bulgare, a été l’une des premières à venir couper des arbres centenaires. D’autres sociétés lui ont emboîté le pas : Valoris, Thierry, Ousmane, et bien d’autres encore. Chacun, muni d’un permis, a exploité la forêt de manière anarchique.

À cela s’ajoutent les exploitants locaux équipés de tronçonneuses agréées par l’État, qui coupent sans se soucier de la maturité des arbres. Résultat : le paysage est aujourd’hui dominé par la jachère. Les feux de brousse aggravent la situation, détruisant de vastes étendues de terrain. L’agriculture, notamment la culture du maïs, a aussi contribué à l’appauvrissement des sols.

Autre facteur aggravant : l’arrivée des éleveurs pratiquant la transhumance. Le passage des bovins accélère la dégradation des terres. Aujourd’hui, Lola est devenue une zone aride où les grands arbres ont pratiquement disparu. Seuls les palmiers subsistent. »

Un écosystème en péril

Le directeur préfectoral de l’Environnement et du Développement durable de Lola dresse un bilan similaire :

« Dans les années 70-75, Lola comptait l’un des plus grands massifs forestiers de Guinée. Aujourd’hui, cette forêt a pratiquement disparu. Trois facteurs principaux en sont responsables :

  1. L’exploitation agricole, qui représente environ 73 % de la déforestation.
  2. L’exploitation artisanale du bois.
  3. L’arrivée des compagnies minières, responsables de 7 % de la déforestation.

De plus, les feux de brousse et l’expansion des activités agricoles accélèrent la disparition du couvert végétal. Chaque année, nous menons des campagnes de reboisement. Mais dès que les jeunes arbres atteignent 6 à 7 mois, ils sont détruits par le feu.

Nous tentons de sensibiliser la population à l’importance de protéger nos forêts en instaurant des pares-feux et en mettant en place des comités de veille dans les villages. »

Un dernier bastion forestier

Il est important de souligner que la seule grande forêt encore préservée dans la préfecture de Lola est celle des monts Nimba, ainsi que les collines boisées de Bossou.

Face à cette situation préoccupante, la sensibilisation et les actions de reboisement apparaissent comme des mesures urgentes pour limiter les dégâts et préserver ce qu’il reste du patrimoine forestier de Lola.

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