Siguiri : une plongée dans les entrailles des mines artisanales de Bouré Kintinian

il y a 2 heures 13
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Située à 35 kilomètres du centre-ville de Siguiri, la sous-préfecture de Kintinian abrite un site d’exploitation artisanale de l’or dénommé « Gbè ». Sur place, l’activité tourne à plein régime. Entre coups de pioche, cris d’encouragement et rappels des consignes de sécurité, des orpailleurs venus de divers horizons s’activent quotidiennement à la recherche du précieux métal. Toutefois, les risques d’éboulement, les accidents liés aux puits artisanaux et les conditions de travail précaires rappellent que cette quête de fortune s’accompagne de lourds sacrifices, a constaté Guineematin.com à travers son envoyé spécial. 

Depuis près de quarante ans, Mory Sidibé, né en 1968, y consacre sa vie. Marié à trois femmes et père de 17 enfants, il incarne cette génération d’orpailleurs pour qui la mine est bien plus qu’un métier : un destin.

Mory Sidibé, orpailleur

« Quand le puits est creusé jusqu’à 10 mètres, c’est nous, les kaladjantiguis, qui descendons à l’intérieur pour ouvrir un trou horizontal pouvant atteindre jusqu’à 5 mètres avec la pioche, afin d’extraire la boue ou le granite aurifère. Mais avant cela, nous utilisons du bois pour renforcer et sécuriser le puits. Si nous doutons de la stabilité, nous arrêtons le travail. C’est un travail à risque, mais c’est une question d’habitude. Quand on a de la chance, on gagne ce que Dieu nous a prédestiné », a expliqué Mory Sidibé, sa pioche posée sur l’épaule.

Dans les mines, toutes les catégories sociales se côtoient. Mais les comportements à risque inquiètent.

« Il y a des jeunes qui ne maîtrisent pas bien le terrain. Certains consomment de l’alcool ou d’autres produits pour avoir le courage de descendre. Ils peuvent fragiliser un pilier sans s’en rendre compte et provoquer un éboulement », a-t-il déploré, tout en saluant l’appui de la Croix-Rouge qui contribue à réduire les accidents.

Kanda Oularé, originaire de Kissidougou, marié à deux femmes et père de six enfants, a quitté Banankoro pour tenter sa chance à Kintinian.

Kanda Oularé, originaire de Kissidougou

« Depuis notre arrivée ici, nous rendons grâce à Dieu. Nous arrivons à subvenir à nos besoins et nous nous sentons en sécurité », a-t-il confié.

Cet orpailleur a souligné les progrès réalisés en matière de sécurisation.

« Avant, on ne renforçait pas les puits avec du bois. Aujourd’hui, du haut du puits jusqu’au niveau de la boue ou du minerai, tout est soutenu par du bois frais. C’est pour cela qu’il y avait beaucoup plus d’accidents auparavant », a-t-il précisé.

Mais les risques persistent, notamment en saison des pluies.

« Le danger augmente quand il y a de l’eau et de la boue dans le puits. Certains prennent aussi le risque de travailler dans des zones interdites, ce qui provoque des éboulements », a précisé Kanda Oularé. 

Tombolomas et Croix-Rouge : une organisation bien huilée

L’exploitation artisanale repose sur une organisation communautaire structurée. Elhadj Mama Kaïn Camara, chef Tomboloma de Bouré Kintinian, supervise les activités.

Elhadj Mama Kaïn Camara, chef Tomboloma de Bouré Kintinian

« Quand on parle de mine, il faut parler d’organisation. Les sages du village m’ont confié la gestion des mines artisanales avec une équipe de 50 personnes. Nous collaborons avec toutes les entités », a-t-il expliqué. 

Les Tombolomas assurent la sécurité et la discipline.

« Nous passons la nuit à garder les mines. L’équipe de nuit fait le compte rendu à celle du matin. À 9 heures, nous autorisons les travailleurs à descendre. Avant cette heure, personne n’y est autorisé, pour éviter les vols. Chaque travailleur est muni d’un badge », souligne-t-il.

Les zones exploitables sont délimitées.

« Certaines parties sont dangereuses. Si on les laisse travailler là-bas, cela peut s’effondrer. La Croix-Rouge nous alerte immédiatement et nous fermons la zone concernée. De 7 heures à 17 heures, elle sillonne le site pour identifier les endroits sûrs ou non », confie-t-il.

Selon Elhadj Mama Kaïn Camara, malgré quelques incidents isolés, aucun éboulement majeur n’a été enregistré sur le site de Gbè depuis deux ans. Il lance toutefois un appel aux autorités.

« Nous demandons à l’État de nous aider à obtenir des tricycles pour transporter les minerais. Avant, nos mamans les portaient sur la tête. Nous avons aussi besoin de machines pour évacuer l’eau des puits », dit-il.

Une Croix-Rouge engagée, mais démunie

Sur le terrain, la Croix-Rouge locale joue un rôle central. Madidjan Keïta, membre de la Croix-Rouge de Bouré Kintinian, détaille leurs interventions.

Madidjan Keïta, membre de la Croix-Rouge de Bouré Kintinian

« Nous intervenons en cas d’incendie, d’inondation, d’éboulement ou d’accident. Les accidents sont fréquents dans les mines, car c’est l’activité principale ici. Lorsqu’il y a un éboulement, nous extrayons les victimes des décombres et transportons les blessés vers les structures de santé », a-t-il indiqué.

Leur engagement est bénévole. En plus, ils ne disposent pas de moyens de transport.

« En cas de catastrophe, nous nous rendons sur les lieux avec nos propres moyens. Nous achetons nous-mêmes le matériel que nous utilisons. Pour éviter les maladies, nous utilisons des gants de protection », déplore Madidjan Keïta.

Même son de cloche chez Bassi Camara, dit Koh, président local de la Croix-Rouge.

« Certains consomment des stupéfiants avant de descendre dans les puits. Grâce aux efforts de la Croix-Rouge, les éboulements ont diminué par rapport au passé », rassure-t-il.

Par ailleurs, il a insisté sur le manque criant de moyens logistiques.

« Notre principale difficulté est l’absence de moyens de transport. La population est nombreuse. Nous demandons à la SAG de continuer à nous appuyer en formation pour réduire les risques. Quand nous ne parvenons pas à extraire les victimes manuellement, la SAG met des machines à disposition pour faciliter les opérations », a-t-il souligné. 

L’or continue d’attirer des centaines de bras. Entre courage, foi et solidarité communautaire, les orpailleurs avancent chaque jour au bord du danger. Mais tous s’accordent sur un point : sans appui matériel et institutionnel renforcé, la sécurisation durable des sites artisanaux restera un défi majeur pour Bouré Kintinian.

De Siguiri, Kaïn Naboun TRAORÉ, envoyé spécial de Guineematin.com 

Tel : (+224) 621144 891 

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