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Le Pouto · La Pirogue · Le Pilon · Le Puits · Le Feu de bois · les masques · Le Grenier I · Le Grenier II · La Calebasse
Dans certaines cours, elle est posée à l’envers.
On ne la range pas. On la pose.
La bouche contre le sol. Le fond vers le ciel.
Elle sèche. Elle attend.
Ce n’est pas un oubli. C’est un geste.
— — —
La calebasse ne se fabrique pas. Elle se guide.
Pendant que la courge est encore vivante — on pose des liens. Des pressions douces. Répétées.
Pas pour contraindre. Pour orienter.
On ne force pas la forme. On dialogue avec elle.
Des semaines. Des mois.
La courge grandit dans une direction qu’elle n’aurait pas prise seule.
C’est déjà une leçon — avant même qu’on l’ouvre.
— — —
Puis vient le moment que personne ne voit.
On attend que la chair se rétracte.
On ouvre. On vide. On racle.
On polit l’intérieur jusqu’à ce qu’il ne reste rien.
Ce travail est long. Ingrat. Invisible.
C’est précisément pour ça qu’il compte.
Mais c’est là que tout se joue.
Ce qui reste — ce n’est pas la forme.
C’est le vide.
Et c’est ce vide qui a de la valeur.
— — —
La calebasse entre alors dans la vie des hommes.
Elle porte l’eau du puits à la maison.
Elle sépare les pierres du riz — geste circulaire, les mains qui savent avant les yeux.
Elle mesure la farine, l’huile, le grain.
Elle circule. Elle sert. Elle dure.
Elle n’appartient à personne en particulier. Elle appartient à l’usage.
— — —
Et quand elle se fracture — on ne la jette pas.
On la coud.
La fissure devient couture.
La faiblesse devient ligne de force.
Elle continue.
Certaines portent dix ans de coutures.
Dix ans de vie ajoutée à ce qui aurait dû céder.
Elles sont plus belles que les neuves. Elles ont une histoire à lire à l’œil.
— — —
Le grenier accumule.
La jarre conserve.
Le coffre protège.
La calebasse fait autre chose.
Elle ne donne pas. Elle reçoit.
— — —
Donner — tout le monde comprend.
Recevoir — presque personne.
Recevoir sans être préparé :
on renverse.
On gaspille.
On perd sans comprendre ce qu’on a perdu.
On croit manquer.
Alors qu’on déborde sans structure.
Ce n’est pas un problème de quantité. C’est un problème de forme intérieure.
— — —
La capacité de recevoir ne vient pas naturellement.
Elle se construit.
Par pression patiente.
Par guidage lent.
Par transformation silencieuse.
Par vidage intérieur.
Accepter d’être creusé
avant de vouloir contenir.
Accepter que l’espace en soi ne soit pas un manque — mais une préparation.
— — —
La calebasse cousue ne cache pas sa fracture.
Elle la porte.
Ce n’est pas une honte. C’est une mémoire.
La preuve qu’elle a cédé — puis tenu.
La preuve qu’elle a perdu — puis appris à contenir autrement.
Chaque couture est une date. Un nom. Une saison traversée.
— — —
Ce n’est pas la forme qui fait la valeur de la calebasse.
Ce n’est pas ce qu’elle montre.
C’est ce qu’elle a accepté de devenir.
Vide.
Assez vide pour recevoir.
Assez travaillé pour ne pas renverser.
Assez solide pour contenir sans se briser.
— — —
On ne reconnaît pas une calebasse à sa beauté.
On la reconnaît à ce qu’elle ne renverse pas.
« On ne reconnaît pas une calebasse à sa beauté.
On la reconnaît à ce qu’elle ne renverse pas. »
Ce que nos objets savent ·
Boubacar Diallo
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