Banankoro (Kérouané) : de l’âge d’or du diamant à la désolation environnementale

il y a 2 heures 14
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Située à environ 35 kilomètres du chef-lieu de la préfecture de Kérouané, la sous-préfecture de Banankoro s’étend sur une superficie estimée à 1 117 km². Jadis, ce vaste territoire était une véritable ruche humaine, attirant des milliers de personnes de toutes nationalités, galvanisées par la perspective de fortunes rapides dans les eaux diamantifères du fleuve Baoulen et de ses affluents. Cette commune rurale, autrefois terre de promesses, incarne aujourd’hui le paradoxe cruel de la richesse minière en Guinée : un sous-sol généreux, mais des populations appauvries et un environnement meurtri.

L’exploitation du diamant dans la préfecture de Kérouané remonte à la période coloniale française. Dès les années 1930, de vastes gisements sont découverts le long des rivières Milo, Baoulé et Diani. Banankoro devient rapidement l’un des cœurs battants de cette économie minière.

Banankoro, la “fourmilière du diamant”

Dès les années 1950, la fièvre diamantifère transforme Banankoro en cité cosmopolite. Plus de 80 % des pierres extraites sont de qualité joaillière. Des sociétés industrielles comme l’Entreprise Guinéenne d’Exploitation du Diamant (EGED), le Service National d’Exploitation du Diamant (SNED) et l’Association pour la Recherche, l’Exploitation du Diamant et de l’Or (AREDOR) et la Soguinex (Société guinéenne de recherches et d’exploitation minières), entreprise coloniale française, se sont installées dans la zone, aux côtés d’une exploitation artisanale massive.

À cette époque, Banankoro foisonne d’activités : commerces, migrations internes et transfrontalières, brassage culturel. La localité incarne l’espoir et l’abondance. Mais derrière cette prospérité apparente se cache une autre réalité. Si l’État et certains individus ont bénéficié des revenus miniers, les populations locales, elles, en ont tiré très peu d’avantages durables. Pire, l’environnement a payé un lourd tribut : destruction massive de la végétation ; pollution et assèchement de cours d’eau ; terres éventrées, abandonnées sans réhabilitation.

Avec l’épuisement progressif des ressources, Banankoro entame une lente descente aux enfers : dépeuplement, précarité sociale, abandon des infrastructures et insécurité latente.

Les témoignages recueillis sur place traduisent une profonde désillusion.

« Le diamant ne se gagne plus. Il y a eu aussi des lieux qui ont été vraiment endommagés. Donc, il faut aussi vraiment remettre ces terres-là en activité pour des cultures. Ça aussi, ce n’est même pas possible parce que ces terres-là n’ont pas été réhabilitées », a confié Fanta Kaba, secrétaire administrative du bureau des femmes de Banankoro.

D’une voix marquée par l’amertume et la résignation, Mory Camara, imam à Banankoro depuis 23 ans, a décrit une activité artisanale désormais à bout de souffle, incapable de nourrir les espoirs d’hier. Selon lui, la rareté du diamant, le manque d’espaces de travail et l’exode des jeunes vers Siguiri ont plongé la localité dans une précarité profonde, touchant aussi bien les familles que le tissu social.

Mory Camara, imam à Banankoro depuis 23 ans

« L’exploitation artisanale du diamant est devenue très difficile aujourd’hui. Trouver un endroit pour travailler est une autre préoccupation. Le diamant se fait aussi très rare. Les gens se débrouillent sur les anciens sites pour tenter de gagner le quotidien. Les jeunes d’ici sont allés à Siguiri, parce que le diamant se fait rare et il n’y a pas de lieu de travail maintenant. Certaines femmes ont divorcé avec leurs époux pour se rendre à Siguiri. C’est nous les vieux qui nous débrouillons ici. Les étrangers ne viennent plus chercher du diamant. C’est nous seulement les vieux. Et parmi les vieux-là, je fais partie des jeunes. Tous les pères de famille de Banankoro vivent avec la peur et la pauvreté, parce qu’on ne gagne rien. Là où on gagnait, on est privés d’accès. C’est la société Aridor qui travaillait là-bas, elle n’en a plus besoin. C’est Kaba Guiter qui a formé une grillage. Si les autorités nous aident à mettre cet endroit à notre disposition, cela nous fera énormément plaisir. Je suis imam depuis 23 ans. J’ai passé des années ici sans avoir trois diamants patentés. Je suis né en 1958. À Banankoro aujourd’hui, si cent personnes travaillent, c’est une seule qui gagne le diamant », a-t-il relaté. 

Mamadi Touré, né en 1949 et exploitant artisanal depuis 1969, a abondé dans le même sens.

Mamadi Touré, exploitant artisanal

« Le diamant se fait rare depuis une dizaine d’années. Banankoro s’est vidée depuis longtemps. Les maisons qui entourent mon domicile sont toutes tombées. Je suis maintenant en brousse. On peut passer plus de trois mois sans voir le diamant », a-t-il expliqué. 

Femmes en première ligne de la survie

La raréfaction du diamant a profondément bouleversé les équilibres sociaux, plaçant les femmes au cœur de la lutte quotidienne pour la survie. Saran Keïta, veuve de 40 ans et mère de six enfants, a fait un témoignage pathétique.

Saran Keïta, veuve de 40 ans et mère de six enfants

« On se débrouille seulement, sinon c’est très difficile maintenant de trouver le diamant à Banankoro. Avant et aujourd’hui  il y a une large différence. Plusieurs personnes sont parties pour nous laisser ici. Obtenir le diamant est une question de chance. J’ai fait un an sans avoir le diamant. Et pourtant je me débrouille pour élever mes six enfants », a-t-elle fait savoir. 

Nankan Konaté, mère de famille, a raconté des journées harassantes.

Nankan Konaté, mère de famille

« Chaque matin, nous nous rendons à la mine de diamant pour subvenir aux besoins alimentaires de nos enfants et satisfaire nos besoins fondamentaux. Il nous arrive de passer des mois sans trouver le moindre diamant. Lorsque nous quittons la maison très tôt le matin, nous ne rentrons qu’après la prière de 16 heures. Une fois de retour, nous préparons le repas, que nous terminons généralement après la prière du crépuscule. Les autorités n’ont qu’à nous venir en aide : nous avons beaucoup souffert », a-t-elle sollicité. 

Mahawa Mara plaide pour une reconversion agricole.

Mahawa Mara, mère de famille à Banankoro

« Si le gouvernement nous accompagne aujourd’hui, nous pouvons nous orienter vers le jardinage et la culture des condiments. Nous demandons donc au gouvernement d’accompagner notre groupement dans cette démarche », a-t-elle dit.

Pour Fanta Kaba, secrétaire administrative du bureau des femmes de Banankoro, la crise minière a provoqué des fractures familiales profondes.

« Il y a eu des divorces, parce que les hommes n’avaient plus rien. Le diamant ne rapporte plus. Les femmes sont là, mais si toutefois une femme n’est pas sensible à la situation, au lieu de dire : j’aime mon mari et d’accepter les difficultés, elle quitte son foyer pour aller ailleurs, surtout du côté de Siguiri. Beaucoup de femmes sont parties d’ici pour se remarier ailleurs. Il y a eu énormément de divorces liés à ces difficultés », a-t-elle déploré.

Une catastrophe environnementale aux conséquences humaines

Sékou Kalil Mara, conseiller communal, retrace l’histoire de la dégradation environnementale.

Sékou Kalil Mara, conseiller communal de Banankoro

« L’environnement est dégradé. On enregistre des cas de noyade, des pertes en vies humaines. Il y a des gens qui disparaissent et qu’on retrouve parfois sous forme de squelettes lors de l’assèchement des excavations », a-t-il confié.

Des maisons d’habitation sont aujourd’hui inoccupées en raison des déplacements massifs des populations. Elles constituent également un danger sécuritaire, servant parfois de refuge à des bandits.

« Lorsque la ressource qui les attirait et leur permettait de nourrir leurs familles n’existe plus, les habitants sont contraints de migrer vers d’autres localités, notamment Gaoual, Mandiana ou encore Siguiri. Banankoro s’est ainsi pratiquement vidée de sa population. Beaucoup de maisons y sont désormais abandonnées. Cette situation peut constituer un danger pour les bâtiments eux-mêmes et favoriser l’installation de bandits. Ces maisons inoccupées peuvent servir de refuge à de petits malfaiteurs qui se regroupent : le jour, ils se dispersent, et la nuit, ils passent à l’action », a indiqué Sékou Kalil Mara. 

Banankoro, une localité vidée de ses habitants

Bangaly Kaba Abedi, président de la délégation spéciale de la commune rurale de Banankoro, dresse un tableau sans détour.

Bangaly Kaba Abedi, président de la délégation spéciale de la commune rurale de Banankoro

« Banankoro est vidé et tout le monde a abandonné Banankoro », rappelant que la localité a formé de nombreux cadres et personnalités nationales.

Aujourd’hui, l’urgence est ailleurs.

« Si les trous ne sont pas fermés, on ne peut pas utiliser cette terre. Si seulement l’État peut nous aider à fermer ces trous pour qu’on puisse cultiver du riz et du manioc », a dit Bangaly Kaba Abedi.

Banankoro reste ainsi le symbole d’un modèle d’exploitation minière à repenser : une terre jadis prospère, aujourd’hui appauvrie, où la richesse du sous-sol contraste violemment avec la pauvreté du quotidien.

De retour à Banankoro (Kérouané), Kaïn Naboun TRAORÉ pour Guineematin.com 

Tel : (+224) 621144 891

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