N’Zérékoré : à la rencontre de Papa Théa, l’ouvrier agricole devenu entrepreneur rural

il y a 2 heures 13
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La Rédaction locale de Guinéenews à N’Zérékoré s’est récemment rendue à Gbèlèye, un district relevant de la sous-préfecture de Bounouma, situé à une douzaine de kilomètres de N’Zérékoré-ville, à la rencontre de ces hommes et femmes qui transforment silencieusement leur quotidien par le travail.

Au cœur des plantations et des pépinières, nous avons fait la connaissance de Papa Théa, 64 ans, père de dix enfants qu’il a eus avec deux femmes. Il est le président du groupement villageois Lokiamon de Gbèlèye.

Debout dans sa pépinière, le regard déterminé, il raconte son parcours avec une simplicité désarmante.

De la reforestation à l’entrepreneuriat rural

Depuis 2023, son groupement évolue dans le domaine de la pépinière et de la reforestation, avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Leur objectif est clair : produire des plants d’arbres en voie de disparition afin de préserver l’écosystème et promouvoir des essences forestières à forte valeur socio-économique.

Dans sa pépinière, on retrouve notamment :

  • le Tégimila,
  • le Niangon,
  • le Terminalia superba,
  • le Djiboutia,
  • le Garcinia kola (petit cola),
  • le Xylopia,
  • le Piper guineensis.

À ces espèces forestières s’ajoutent des plantations de cacao, de café et de palmier, intégrées dans une logique d’agroforesterie.

« Nous travaillons pour développer la forêt et lutter contre le changement climatique », explique-t-il avec conviction.

Un changement profond de mentalité

Au-delà de la reforestation, c’est surtout une transformation personnelle qui s’est opérée chez Papa Théa.

Il reconnaît qu’autrefois, il travaillait sans réelle vision financière :
« Je ne savais pas calculer mes dépenses ni mes revenus. Je faisais que dépenser. »

Grâce aux formations reçues dans le cadre du projet, il apprend progressivement à gérer ses finances, planifier ses investissements, ouvrir un compte bancaire et structurer son activité autour d’un agrément officiel.

Son groupement villageois a déjà généré environ 9,1 millions de francs guinéens de revenus avec l’appui des partenaires techniques et financiers — une expérience décisive pour lui.

« Cela m’a motivé à me lancer personnellement dans la pépinière. Je me suis dit que si ça marche en groupe, individuellement cela peut me rapporter davantage », confie-t-il.

Aujourd’hui, son site personnel compte plus de 22 000 plants.

« Être agriculteur, pas ouvrier agricole »

Son ambition est désormais clairement définie : ne plus être un simple ouvrier agricole, mais devenir un agriculteur indépendant.

« Je veux travailler pour moi-même et préparer l’avenir de mes enfants. On ne travaille pas seulement pour aujourd’hui, mais pour demain », affirme-t-il.

Dans cette logique d’autonomie, il diversifie ses activités :

  • plantation de palmier à huile,
  • culture du cacao,
  • plantation d’hévéa,
  • mise en place d’une petite unité d’extraction d’huile de palme.

« Dans la vie, on ne peut pas dépendre d’une seule activité. Il faut diversifier pour réussir », insiste-t-il.

Une production hebdomadaire encourageante

Grâce à son unité de transformation, Papa Théa produit environ sept bidons d’huile de palme par semaine. Ce revenu régulier lui permet d’entretenir ses plantations, de réinvestir dans ses activités et de subvenir aux besoins de sa famille.

« J’ai une petite unité de production d’huile de palme. Ici, l’accord avec les clients est simple : pour chaque fût de noix de palme qu’ils font bouillir et apportent à la machine pour le pilage et l’extraction, je reçois cinq litres d’huile comme part. J’ai un chauffeur affecté à la machine, ce qui me permet de travailler sans trop me fatiguer », explique-t-il.

Il reconnaît également avoir changé ses habitudes financières. Autrefois très dépensier lors des cérémonies sociales, il privilégie désormais l’épargne et l’investissement.

« Dès que je gagne un peu d’argent, je l’investis dans une activité. Et l’ouverture d’un compte bancaire est très importante », souligne-t-il.

Le visage discret du développement local

À Gbèlèye, loin des projecteurs, ce sexagénaire incarne une nouvelle génération d’agriculteurs capables d’allier tradition et modernité. Son parcours démontre qu’avec un accompagnement technique, une formation adaptée et une discipline financière, l’agriculture peut devenir un véritable levier d’émancipation économique.

À travers cette rencontre, nous découvrons un homme qui a compris que le développement commence par la maîtrise de son propre destin.

À 64 ans, Papa Théa ne parle pas de retraite. Il parle d’avenir.

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