Ibrahima Sory II Tounkara, ministre de la Justice, au Barreau de Guinée : “si j’échoue, tout le monde aura échoué”

il y a 2 heures 15
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Le nouveau Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a entamé, ce vendredi 20 février 2026, une série de consultations avec les auxiliaires de justice, au premier rang desquels le Barreau de Guinée.

La rencontre s’est tenue dans l’enceinte du bâtiment ad hoc abritant le procès du 28 septembre 2009. Ces échanges, marqués par un ton franc, constructif et confraternel, ont porté sur les dysfonctionnements du service public de la justice ainsi que sur les défis structurels auxquels est confrontée l’institution judiciaire guinéenne, notamment le cas des disparitions, les disparitions de certains dossiers, l’absence de local pour le Barreau et de subvention.

À l’issue des discussions, le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Maître Mamadou Souaré Diop, s’est exprimé au nom du Barreau de Guinée, rappelant les principales recommandations formulées à l’endroit du ministre :

« Alors les recommandations, c’est de veiller au bon fonctionnement du service public de la justice. C’est la seule recommandation que nous avons. C’est sa maison, il connaît tout ce qui se passe, il connaît les problèmes. Il est en mesure de prendre le problème au bras, au corps. Et je pense qu’il est dans cette disposition et nous fondons l’espoir que ça va aller. Alors, les problèmes confrontés, ce sont les problèmes quotidiens du fonctionnement des juridictions. Et il y a aussi la question des droits de l’Homme, en plus qu’il soit ministre de la Justice et ministre des Droits de l’Homme. »

Dans le même ordre d’idées, Maître Mamadou Souaré Diop a interpellé le Garde des Sceaux sur les cas de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires qui alimentent l’inquiétude au sein de l’opinion publique, et qui demeurent à ce jour non élucidés.

« Nous avons marqué notre préoccupation par rapport à certaines pratiques dans la cité, notamment les cas de disparition ou des arrestations arbitraires, parce que c’est notre devoir, c’est notre rôle. Et nous avons marqué nos préoccupations par rapport à ces questions-là. Nous avons encore une fois l’espoir que M. le Garde des Sceaux jouera sa partition pour que le droit soit respecté dans notre pays, que notre pays soit un État de droit, un pays de droit. Parce qu’un pays où le droit n’est pas respecté, il n’y aura pas de développement », dit-il.

Le bâtonnier est également revenu sur plusieurs difficultés structurelles affectant le fonctionnement des juridictions et les conditions d’exercice de la profession d’avocat : « Oui, ce sont des problèmes quotidiens. Certains dossiers disparaissent dans les greffes de juridiction. Nous avons relevé et dénoncé ces cas-là. Il en a pris note. Et il y a aussi que certaines décisions sont rendues sans être rédigées. Et là aussi, nous l’avons relevé et nous avons dénoncé, et il a promis d’y remédier. Écoutez, nous avons aussi rappelé à M. le Garde des Sceaux que notre Barreau a été créé en juillet 1986, bientôt 40 ans. Et depuis, nous sommes le seul Barreau au monde qui n’a ni maison d’avocat, ni subvention de la part de l’État. Et il se trouve que ce sont des obligations qui incombent à l’État dès lors que le Barreau est un acteur essentiel dans le fonctionnement du service public de la justice, et que nous avons rappelé ces responsabilités-là à l’État qu’il représentait. »

Reconnaissant les difficultés évoquées ainsi que certaines pratiques dénoncées, le Garde des Sceaux, Ibrahima Sory II Tounkara, a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective de l’ensemble des composantes du système judiciaire.

« Ayant en tête que cette maison-là, si aujourd’hui moi je réussis, l’ensemble de ses composantes aura réussi. Aujourd’hui, si j’échoue, tout le monde aura échoué, parce qu’on n’aura rien. Je me dis que le Président de la République a jugé nécessaire de toujours prendre en notre sein [le ministre de la Justice, ndlr]. Il y a eu un notaire, un avocat et il y a trois magistrats. Mais s’il se rend compte qu’on ne peut pas, moi j’ai dit à tout le monde qu’il va nous envoyer un militaire et, quand il viendra, on ne pourra pas s’asseoir comme ça et discuter », indique-t-il.

Poursuivant son propos, le ministre de la Justice a promis de mériter la confiance du chef de l’État et de s’investir pleinement dans la réforme du secteur.

« Je prie Dieu que le Président de la République croie en moi et qu’il croie en nous tous aujourd’hui. Je me battrai pour ça. Moi, je me suis dit que dans cette maison-là, je ne suis à l’aise que dans cette maison et je compte y revenir, parce que je sais que là où je suis, ce n’est pas éternel, c’est éphémère. Je ne sais pas faire quelque chose d’autre. Je ne cesse de dire aux gens que j’ai fait le droit pour être avocat. Depuis que j’étais au collège, j’ai aimé l’avocature à travers mes lectures, à travers les films que je regardais. J’ai aimé l’avocature. Mais mon destin en a été tout autre. Pourquoi je prie encore tout un chacun de me voir non pas comme un ministre typiquement de la Justice, mais comme quelqu’un qui veut aider la justice, la justice avec tous ses démembrements, les avocats y compris », souligne-t-il.

Mamadou Yaya BARRY

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