Guinée-Sierra Leone : un incident frontalier sous contrôle (Par Alpha Camara)

il y a 2 heures 12
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Depuis quelques jours, les nerfs s’échauffent légèrement entre soldats guinéens et sierra-léonais à la frontière commune des deux pays. L’armée guinéenne a interpellé lundi, à Kaliyeré, seize militaires sierra-léonais, dont un officier, après que ceux-ci auraient franchi la frontière, érigé un camp de fortune et planté leur drapeau sur le sol guinéen.

Dans un contexte sous-régional marqué par des défis sécuritaires majeurs, notamment la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest, la Guinée affirme ne vouloir rien prendre à la légère. Selon nos autorités militaires, après une brève opposition, nos forces ont maîtrisé les soldats sierra-léonais et procédé à leur interpellation.

Depuis, les deux états-majors multiplient les communiqués, chacun rejetant la responsabilité sur l’autre et accusant son voisin d’avoir violé son territoire souverain. La Guinée a annoncé l’ouverture d’une enquête afin d’établir avec précision les circonstances de ce qu’elle considère comme une incursion.

Malgré la tension initiale, les signaux envoyés par les autorités des deux pays laissent penser que l’on est loin d’une escalade militaire. Les gouvernements semblent privilégier la voie diplomatique pour régler le différend.

La position guinéenne a été clairement exprimée par le Premier ministre Amadou Oury Bah, dans une interview accordée à Radio France Internationale. Il a rappelé les liens historiques entre la Guinée et la Sierra Leone, tout en adoptant un ton ferme :

« Il n’y a pas de raison que des soldats soient envoyés jusqu’à empiéter le territoire national sous prétexte de manifester concrètement une souveraineté quelconque. »

Cette déclaration traduit une ligne claire : fermeté sur le principe de souveraineté, mais ouverture au dialogue pour résoudre l’incident.

Si les autorités des deux pays optent pour l’apaisement, une partie de la société civile sierra-léonaise se montre plus véhémente. Dans plusieurs émissions radio-télévisées et sur les réseaux sociaux, des activistes critiquent leur gouvernement, l’accusant de mollesse face à la Guinée.

Pour certains, il serait inconcevable de parler de diplomatie alors que des soldats auraient été capturés. « On ne peut parler de dialogue quand nos militaires sont faits prisonniers », entend-on dans certains débats publics.

En Guinée, en revanche, une grande partie de l’opinion semble privilégier le calme. Beaucoup rappellent que les deux pays sont voisins, liés par l’histoire, les échanges humains et des relations d’amitié anciennes. L’appel à la retenue y domine largement les discussions.

Une tradition de paix et de responsabilité régionale

Il convient également de replacer cet incident dans une perspective plus large. La Guinée a, tout au long de son histoire contemporaine, cultivé une vocation de paix et de responsabilité régionale.

Durant les guerres civiles en Sierra Leone et au Liberia, nos forces armées ont participé aux missions d’intermédiation et aux dispositifs de stabilisation régionaux, notamment dans le cadre des efforts soutenus par les Nations Unies et les mécanismes ouest-africains de sécurité collective, dont l’ECOMOG.

Sous la Première République, elle s’était également illustrée par son soutien aux mouvements de libération en Guinée-Bissau et en Angola, affirmant une tradition diplomatique fondée sur la solidarité africaine et la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Plus récemment, lors du défilé militaire du 02 octobre 2024, l’ampleur et la modernisation d’une partie de nos équipements militaires présentés ont suscité l’attention internationale. Mais au-delà de la démonstration de capacité, le message demeure celui de la dissuasion et de la protection, non de l’agression. Une armée forte peut être un facteur de stabilité régionale lorsqu’elle agit avec responsabilité.

Un incident dans un contexte de litiges récurrents

Il faut rappeler que les différends frontaliers entre la Guinée et la Sierra Leone ne sont pas nouveaux. Les contestations liées à la délimitation de certaines zones ont ponctuellement ressurgi au fil des années. Ce type d’incident, bien que regrettable, s’inscrit dans un historique de tensions localisées qui ont toujours, jusqu’ici, trouvé une issue par la négociation.

L’enjeu, aujourd’hui, est d’éviter que l’émotion populaire ou la surenchère médiatique ne prenne le pas sur la raison diplomatique.

À en croire les positions officielles, tout indique qu’une solution concertée est recherchée. Les mécanismes bilatéraux et régionaux existent, et les deux États ont tout intérêt à préserver la stabilité dans une sous-région déjà fragilisée par d’autres menaces sécuritaires.

La fermeté sur la souveraineté n’exclut pas la diplomatie. Et dans une région où la coopération demeure une nécessité vitale, l’apaisement reste la voie la plus responsable.

Alpha Camara

Journaliste à Ottawa/Gatineau (CANADA)

Tel: 438 221 4080

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