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http://Actuguinee.org/ Depuis des décennies, la capitale guinéenne, Conakry, ainsi que plusieurs grandes villes du pays, offrent un visage préoccupant d’insalubrité. Les tas d’ordures s’amoncellent le long des routes, envahissent les marchés, obstruent les caniveaux et transforment certains quartiers en dépotoirs à ciel ouvert. Cette situation, devenue presque banale, reflète un problème structurel profond.
L’accumulation des déchets sur les voies publiques ne résulte pas uniquement d’un manque de civisme des populations — même si celui-ci doit être reconnu et combattu. Beaucoup de citoyens, faute d’alternative viable, jettent leurs ordures dans la rue ou les déposent volontairement sur la chaussée, espérant qu’elles seront ramassées. Dans plusieurs quartiers, il n’existe ni points de collecte aménagés, ni système régulier d’enlèvement. L’absence de petites et moyennes entreprises spécialisées dans la gestion des déchets aggrave la situation, laissant des milliers de ménages sans solution.
Face aux mauvaises odeurs et à l’insupportable accumulation des déchets, certains habitants choisissent de brûler les ordures. Or, cette pratique libère des fumées toxiques et des particules dangereuses, augmentant les risques de maladies respiratoires, d’infections et de pollutions environnementales. L’insalubrité est ainsi devenue une menace directe pour la santé publique, favorisant la prolifération de moustiques, de rats et de maladies hydriques.
Des efforts louables mais encore insuffisamment structurés
Il convient de saluer les initiatives engagées par le Président Mamadi Doumbouya depuis son accession à la magistrature suprême. Sa volonté de faire de Conakry et des grandes villes guinéennes des espaces propres et modernes mérite d’être reconnue.
Sous son impulsion, des moyens matériels et humains importants ont été mobilisés : engins de nettoyage, brigades de salubrité, curage des caniveaux, campagnes de sensibilisation et journées citoyennes d’assainissement. Ces actions traduisent une réelle prise de conscience au sommet de l’État. Elles ont permis, par moments, d’améliorer visiblement certains axes stratégiques.
Cependant, malgré ces efforts, la situation globale demeure préoccupante. Les opérations de nettoyage organisées ponctuellement, notamment les week-ends, produisent des effets temporaires. Quelques jours plus tard, les ordures réapparaissent aux mêmes endroits, et les caniveaux se retrouvent de nouveau obstrués.
Comme l’a formulé Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Autrement dit, tant que les causes profondes ne sont pas traitées, les conséquences demeureront. Les mêmes causes produisent inévitablement les mêmes effets.
Le véritable nœud du problème : l’absence d’un financement pérenne
Nous sommes tous d’accord : aucun changement durable ne sera possible sans une évolution des comportements. L’éducation citoyenne doit accompagner toute réforme. La propreté est une responsabilité collective.
Mais le changement de mentalité, à lui seul, ne suffit pas.
Au cœur de la crise de l’insalubrité en Guinée, le problème fondamental n’est ni l’absence de volonté politique, ni le manque d’initiatives ponctuelles. Le véritable défi aujourd’hui est ailleurs : comment garantir une source de recettes stable, régulière et durable pour financer la gestion des déchets ?
L’assainissement n’est pas une opération exceptionnelle ; c’est un service public permanent. Il nécessite :
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Des conteneurs adaptés pour les ménages ;
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Des poubelles publiques normalisées ;
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Des camions spécialisés et entretenus ;
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Une logistique de ramassage organisée ;
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Des centres de tri et de traitement modernes ;
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Un personnel formé, rémunéré et motivé ;
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Un système rigoureux de contrôle et d’évaluation
Tous ces éléments ont un coût. Et ce coût n’est pas ponctuel ; il est mensuel, permanent et structurant. C’est précisément là que se situe le cœur du problème.
Lorsque le financement repose uniquement sur des opérations ponctuelles ou des budgets exceptionnels, le système s’essouffle : pannes non réparées, salaires irréguliers, équipements détériorés, centres débordés. Ainsi, après quelques semaines d’amélioration visible, les ordures réapparaissent et la situation revient à son point de départ, parfois même dans un état pire qu’auparavant.
Tant que l’État supporte seul la charge financière sans disposer d’un mécanisme structuré de recettes dédiées, l’assainissement restera fragile et dépendant des urgences budgétaires. Or, la salubrité urbaine est un service public essentiel, au même titre que l’électricité ou l’eau. Et comme tout service public structuré, elle nécessite une base contributive large, un système de recouvrement efficace et un fonds exclusivement consacré à son fonctionnement.
Sans une source de recettes pérenne, toute politique d’assainissement restera tributaire des circonstances et ne pourra produire des résultats durables. Dès lors, la question centrale n’est plus seulement « comment nettoyer nos villes ? », mais plutôt : comment financer durablement leur propreté ?
C’est à cette interrogation stratégique que doivent répondre les réformes envisagées.
Vers un modèle innovant : intégrer la contribution déchets à la facture d’électricité
Qu’on ne se trompe pas L’État ne peut pas continuer indéfiniment à subventionner simultanément l’électricité, l’eau et la gestion de l’insalubrité. Une réforme intelligente doit permettre de responsabiliser progressivement les citoyens tout en protégeant les ménages modestes.
La salubrité ne doit plus dépendre de campagnes occasionnelles. Elle doit reposer sur un système stable, équitable et financièrement autonome. C’est à cette condition que notre pays pourra rompre définitivement avec l’insalubrité chronique et construire des villes modernes et dignes.
Pour réussir une véritable révolution de la salubrité, il faut concevoir un système qui doit répondre à trois exigences fondamentales :
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Garantir des ressources financières constantes et prévisibles ;
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Permettre à la population de contribuer sans subir un choc financier brutal ;
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Assurer une couverture nationale large et équitable.
Comment construire une source de financement stable et durable pour éradiquer l’insalubrité ?
Capitaliser sur une infrastructure déjà opérationnelle : le système de facturation de l’EDG
La Guinée dispose aujourd’hui d’un levier stratégique majeur : le réseau de facturation d’Électricité de Guinée (EDG). Il faut une synergie entre le ministère de l’assainissement et le ministère de l’énergie, notamment la direction de l’EDG.
Ces dernières années, l’EDG a réussi à couvrir la grande majorité des ménages urbains, notamment à Conakry, grâce au système de compteurs prépayés. Cette couverture constitue une infrastructure déjà opérationnelle, structurée et acceptée par la population.
L’électricité est devenue un service vital. Aucun ménage urbain ne peut fonctionner sans courant : éclairage, conservation des aliments, activités commerciales, recharge des téléphones, fonctionnement des ateliers, etc. Même dans les périodes économiquement difficiles, les familles privilégient toujours la recharge du compteur électrique.
Cela signifie que :
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Le mécanisme de paiement est déjà intégré dans les habitudes ;
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Le recouvrement est efficace, car sans recharge, il n’y a pas de service ;
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Le réseau couvre presque tous les foyers urbains.
Cet outil peut donc devenir le socle d’un financement durable de la gestion des déchets.
La solution clé : un abonnement déchets intégré au compteur prépayé
L’idée n’est pas de créer une nouvelle taxe visible et contraignante, mais d’intégrer une contribution modérée à la gestion des déchets directement dans la recharge mensuelle d’électricité prépayée.
L’objectif est double :
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Amener l’ensemble de la population à contribuer sans résistance sociale forte ;
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Créer un fonds stable permettant au gouvernement de financer efficacement la collecte et le traitement des déchets.
Il faut reconnaître une réalité : en Guinée, la culture de l’abonnement à un service de gestion des déchets est encore faible. Beaucoup de ménages ne s’inscrivent pas volontairement à un service payant pour leurs ordures. Il faut donc adopter une approche intelligente, qui permette à chacun de contribuer à moindre coût, sans procédure supplémentaire et sans pression administrative.
L’idée n’est pas de créer une nouvelle taxe visible et contraignante. Il s’agit d’intégrer une contribution mensuelle modérée dédiée à la gestion des déchets directement dans le système des compteurs prépayés.
Concrètement, le compteur prépayé ne serait activé chaque mois uniquement qu’après l’acquittement automatique de la contribution dédié “gestion des déchets”. Cette contribution constituerait une étape préalable obligatoire, intégrée au système, avant toute possibilité de recharge d’électricité. Autrement dit, l’activation du service électrique serait conditionnée à l’acquittement de l’abonnement mensuel d’assainissement, garantissant ainsi une participation régulière et universelle. D’ailleurs, ce principe n’a rien d’exceptionnel. Dans de nombreux pays, notamment dans la plupart des pays européens, la contribution à la gestion des déchets est intégrée aux charges locatives ou aux taxes d’habitation. Même en cas d’absence temporaire du logement, ces charges restent dues, car la gestion des déchets est considérée comme un service public permanent et structurant.
Cela démontre qu’un système contributif obligatoire et intégré est non seulement viable, mais constitue également une norme dans les pays ayant réussi à maintenir durablement la propreté de leurs villes.
Grâce aux outils numériques (IA) et aux technologies modernes, cette intégration pourrait être automatisée sans procédure administrative supplémentaire pour les citoyens.
Ce mécanisme permettrait :
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Une contribution quasi universelle ;
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Un recouvrement sécurisé ;
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Une suppression des défauts de paiement ;
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Un fonds stable et prévisible.
Une contribution adaptée : vers un modèle social progressif et équitable
Les ménages n’ont pas les mêmes capacités financières
Nous savons tous que les ménages ne disposent pas les mêmes capacités financières. De la même manière, ils ne génèrent ni les mêmes volumes de déchets ni le même niveau de pollution.
Pour que le système soit juste et accepté par tous, la contribution doit donc être proportionnelle aux moyens de chaque foyer. Cette capacité contributive peut être estimée de manière pragmatique à partir du niveau de consommation électrique, qui reflète généralement le niveau d’activité du ménage, son pouvoir d’achat et, indirectement, le volume de déchets qu’il produit.
Ainsi, chacun contribuerait selon ses moyens et son impact, garantissant un mécanisme à la fois équitable et socialement responsable.
Voici un exemple concret de modèle social :
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Un ménage consommant entre 100 000 GNF et 300 000 GNF par mois pourrait contribuer à hauteur de 20 000 GNF pour la gestion des déchets.
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Un ménage consommant entre 300 000 GNF et 500 000 GNF contribuerait 40 000 GNF.
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Au-delà de 500 000 GNF de consommation mensuelle, la contribution pourrait être fixée à partir de 100 000 GNF au plus.
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Les industries, grandes entreprises, centres commerciaux et unités de production seraient soumis à un tarif spécifique plus élevé, en cohérence avec le volume de déchets qu’ils génèrent.
Ce modèle repose sur un principe simple : celui qui consomme plus contribue davantage, ce qui garantit une justice sociale.
Pourquoi ce système serait plus efficace que les abonnements classiques ?
Aujourd’hui, si l’on impose un abonnement direct de 100 000 GNF par mois à seulement 1 000 ménages, la recette atteindrait certes 100 millions GNF. Mais dans la réalité, le nombre d’adhérents resterait très limité. Un montant aussi élevé, clairement visible et payé séparément, peut paraître insoutenable pour de nombreux ménages à faibles revenus.
Une telle approche risquerait même de produire l’effet inverse : certains pourraient être tentés d’éviter l’abonnement et de maintenir les mauvaises pratiques, notamment les dépôts sauvages d’ordures dans les caniveaux, sur les chaussées à des heures tardives ou dans des coins isolés des quartiers.
En revanche : Si l’on intègre une contribution modérée de 20 000 à 40 000 GNF directement dans la recharge d’électricité de centaines de milliers de ménages, l’effet change radicalement. Individuellement, l’effort reste supportable et socialement acceptable. Collectivement, en revanche, le volume des recettes devient considérable.
Ce mécanisme permettrait à l’État de disposer d’une ressource financière stable, régulière et prévisible pour organiser durablement la collecte, le traitement et la modernisation de la gestion des déchets à l’échelle nationale
La règle économique est simple: plus le nombre d’abonnés est élevé, plus le coût unitaire peut être bas, mais plus les recettes globales augmentent.
En intégrant la contribution au système prépayé de l’EDG :
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On évite les défauts de paiement ;
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On supprime les coûts supplémentaires de recouvrement ;
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On assure une contribution quasi universelle.
Dr. KEITA Mamadou Bobo
Enseignant-Chercheur / Spécialiste des Questions de reformes
Résidant à Lyon, France.
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il y a 2 heures
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