Kindia : le champ d’ananas d’un jeune entrepreneur ravagé par un incendie à Friguiagbé

il y a 2 heures 11
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C’est un spectacle de désolation qu’a découvert Alpha Oumar Satina Diallo, PDG de Satina Agro Business Corporation, dans la matinée du 12 février dernier dans son champ d’ananas à Friguiagbé, une commune rurale relevant de la préfecture de Kindia. Ce vaste champ, situé au bord du lac du barrage hydroélectrique de Kalé, a été quasiment décimé par un incendie. L’origine du sinistre demeure inconnue. Mais pour ce jeune entrepreneur déjà éprouvé par plusieurs difficultés, cet épisode constitue un nouveau coup dur. Il dénonce une situation alarmante et appelle à un renforcement des mesures de protection en faveur des acteurs du secteur agricole.

Alpha Ibrahima Diallo, PDG de Satina Agrobusiness

« Il y a de cela deux à quatre jours, un incendie d’origine inconnue est venu brûler une partie de mon champ d’ananas. Personne ne m’a appelé pour m’informer. C’est le 12 février, dans la matinée, que j’ai constaté les dégâts », a-t-il expliqué lors d’un entretien accordé à un des correspondants de Guineematin.com à Kindia.

Dès la découverte des dégâts, Alpha Oumar Satina Diallo dit s’être immédiatement rendu auprès du chef du secteur pour des explications.

« Il m’a confirmé avoir vu du feu dans la zone, mais il ne sait pas qui l’a allumé », raconte-t-il.

Alpha Oumar Satina Diallo affirme avoir insisté sur la nécessité d’une réaction rapide des autorités locales en cas de départ de feu.

« Lorsqu’on voit un incendie dans une zone agricole, il faut au moins dépêcher des jeunes pour vérifier. Il y a des personnes qui ont leurs champs là-bas », dit-il avec amertume.

Par la suite, il s’est rapproché du service des eaux et forêts de Friguiagbé, où il lui a été conseillé de porter plainte contre X. Une procédure qu’il dit avoir engagée.

Sur le terrain, un responsable local rencontré par notre reporter indique également que l’origine du feu demeure inconnue. Outre le champ d’ananas, un champ de manioc et d’autres cultures ont également été touchés.

Ce sinistre intervient alors que le jeune entrepreneur se remet à peine d’une violente attaque à main armée survenue le 27 novembre 2025, au quartier Baïlobaya (à Conakry).

« Vers 5 heures du matin, trois individus à moto m’ont poursuivi. Ils m’ont attaqué à la machette. Ma main a été grièvement blessée, les tendons coupés ont été suturés après une opération. Aujourd’hui, je ne peux pas travailler normalement », confie-t-il, montrant les séquelles de ses blessures.

Ses agresseurs ont emporté sa moto, une TVS immatriculée JT 141 de couleur bleue, ainsi qu’une valise contenant ses effets personnels. Trois mois de convalescence ont fortement ralenti ses activités agricoles, occasionnant d’importantes pertes.

Depuis 2023, Alpha Oumar Satina Diallo s’est lancé dans la culture d’ananas, avec un investissement global de plus de 15 millions de francs guinéens, dont 5 millions issus d’un prêt contracté auprès de la microfinance FINAFRICA.

Ce financement lui avait permis de mettre en place près de 10 000 pieds d’ananas.

« La récolte n’a concerné qu’une infime partie. Pour moi, c’est une perte immense. Je ne sais plus comment faire face à la dette », déplore-t-il avec un air préoccupé.

Malgré les coups durs, le PDG de Satina Agro Business Corporation refuse de baisser les bras.

« C’est une frustration, mais pas une démotivation », insiste-t-il.

Il lance d’abord un appel à la responsabilité des populations locales : « Il ne faut pas jouer avec le feu de brousse. C’est extrêmement dangereux. Chaque investissement doit être protégé comme s’il était le sien ».

Ensuite, il interpelle les autorités afin que des mesures concrètes soient prises pour sécuriser les investissements agricoles des jeunes. Selon lui, cette problématique mérite d’être examinée par le Conseil national de la transition (CNT).

Évoquant la vision de développement impulsée par le président Mamadi Doumbouya, notamment à travers le projet Simandou 2040, ce jeune entrepreneur rappelle que l’agriculture figure parmi les priorités stratégiques du pays.

« Si je m’étais découragé après l’attaque à la machette, j’aurais abandonné. Mais l’agriculture, c’est notre source de vie. Mon rêve est d’exploiter des hectares, pas seulement en ananas, mais aussi en maraîchage et en arboriculture. Avec nos maigres moyens, de prêt en prêt, ce n’est pas évident. Nous avons besoin de l’appui des autorités et des personnes de bonne volonté », conclut-il avec détermination.

Au-delà du cas d’Alpha Oumar Satina Diallo, cet incendie relance le débat sur la recrudescence des feux de brousse et des sinistres touchant les plantations d’ananas dans la préfecture de Kindia, principale zone de production de ce fruit en Guinée. Ces dernières années, plusieurs exploitants ont vu leurs champs partir en fumée, souvent dans des circonstances floues, sans que les responsabilités ne soient clairement établies.

Début janvier 2026, un champ de plus de 58 000 pieds d’ananas a été incendié dans le district de Samoreya, sous-préfecture de Damakania.

Pour les acteurs de la filière, cette répétition d’incendies fragilise un secteur déjà confronté aux aléas climatiques, aux difficultés d’accès au financement et à l’insuffisance d’encadrement technique. À terme, c’est toute la chaîne de valeur de l’ananas à Kindia qui risque d’être affectée, avec des conséquences directes sur l’emploi rural et les revenus des jeunes entrepreneurs.

Face à cette situation, beaucoup estiment qu’une stratégie concertée de prévention et de sécurisation des périmètres agricoles devient urgente, afin d’éviter que ces flammes récurrentes ne consument les espoirs d’une génération tournée vers la terre.

Amadou Baïlo Batouala Diallo pour Guineematin.com 

Tel : (00224) 628 51 67 96

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