Déguerpissement des emprises des voies publiques: Les exigences de la protection de l’ordre public doivent aller de pair avec la protection des droits individuels des citoyens (Tribune)

il y a 2 heures 15
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Si assurer la sécurité publique est une des missions régalienne de l’État en tant qu’entité organisé au service de l’intérêt général, l’exercice de la puissance publique dans ce sens doit obéir aux exigences fondamentales de l’État de droit qui a pour finalité la protection de la personne humaine et de sa dignité, ce, en toute circonstances car, comme le disait Paul Valéry : « Lorsque l’État est trop fort il nous écrase ; Et lorsqu’il est trop faible, nous périssons ». À ce titre, pour assurer notre sécurité collective et préserver notre dignité, les agents publics agissant au nom et pour le compte de l’État doivent œuvrer pour trouver le juste équilibre entre la nécessité d’assurer la tranquillité publique et la protection des droits fondamentaux de chaque citoyen et citoyenne habitant de la Cité.

Ce rappel est extrêmement important dans un pays comme le nôtre où une part importante de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire dans la précarité. À cela, il faut ajouter qu’en dépit des potentialités économiques dont dispose notre pays, les régimes passent et se succèdent tandis que le droit d’accès à un emploi décent, qui est un droit de l’homme au même titre que les autres droits garantis par les instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux – y compris la nouvelle Constitution en son article 23 –, reste confronté à des défis préoccupants dans la pratique faute de politique viable dans ce sens.

En effet, les dernières mesures de déguerpissements prises par les autorités actuelles au nom de la sécurité et de la tranquillité publiques ont affecté de nombreuses familles en situation de précarité. Nous avons tous suivis parfois avec beaucoup de peine les témoignages de certaines de ces personnes affectées relayés par les médias et les réseaux sociaux. La plupart des personnes touchées par ces mesures étaient très éprouvées et désespérées de perdre leurs seuls moyens de subsistances pour répondre aux besoins les plus primaires de leurs familles déjà fragilisées. Certaines d’entre elles, complètement désemparées n’ont pas manqué de souligner qu’elles n’ont reçu aucun préavis leur permettant des prendre les dispositions pour enlever leurs affaires à temps. Elles se sentaient même atteintes dans leur dignité.

Certes, le déguerpissement des emprises des voies publiques participe à la préservation et à la protection de la tranquillité publique. Mais vu les conséquences et les effets qu’il engendre sur le plan humanitaire à chaque fois qu’il est enclenché, avec le recul, il y a lieu quand même de se poser un certains nombres de questions à ce sujet :

Pourquoi la persistance de cette pratique d’occupation anarchique des emprises des voies publiques ? L’on se rappelle par exemple, sous le système Conté, le gouverneur de Conakry, M’Bemba Bangoura avait même institué une unité spéciale pour s’occuper de cette question, en assurant notamment la surveillance des lieux déguerpis. Mais, comme nous l’avons tous constaté, cela n’a empêché par la suite soit le retour de ces personnes déguerpies ou l’installation d’autres personnes à ces lieux ! Sous les régimes suivants, nous avons continué à vivre les mêmes situations malheureuses avec des conséquences humanitaires alarmantes. Et, malheureusement, nous continuons à les vivre aujourd’hui encore. Alors quand cela va-t-il s’arrêter ? Est-ce la faute aux seuls occupants de ces lieux ou la faute aux agents en charge de la gestion des collectivités relevant de ces lieux, notamment les responsables Communaux, des marchés, des quartiers ainsi que des services de police et de gendarmerie en charge de garantir la sécurité, la tranquillité et la salubrité publique dans ces lieux ? Voilà autant des questions qui méritent de réponses appropriées pour garantir la viabilité des déguerpissements des emprises des voies publiques.

Mieux, la viabilité des déguerpissements des emprises des voies publiques passe nécessairement par la sanction des agents publics à tous les niveaux qui entretiennent la chaîne de corruption favorisant la persistance de cette pratique au nom d’intérêts particuliers et au détriment de l’intérêt public. Car il est constant que ces personnes déguerpies payent des redevances à l’État. Une population déjà éprouvée par les difficultés au quotidien ne doit pas continuer perpétuellement à subir les conséquences des dysfonctionnement continu de l’État dont elle n’est pas responsable.

Alseny Sall, militants des droits humains

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