Que sont-ils devenus ? : La Cantatrice soliste de la célèbre troupe de Boffa, Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya se confie à Guinéenews

il y a 7 heures 52
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La Guinée a connu de véritables troupes théâtrales, et de grands acteurs. Nous avions travaillé pour le pays, sans s’attendre à un salaire, ou une quelconque récompense. Nous avions travaillé pour le drapeau rouge-jaune-vert

Dénichée par le biais de Alsény Damba, conseiller chargé des questions de jeunesse et des activités socioéducatives au ministère de la Jeunesse, Mayéni Doumbouya, communément appelée ‘’Mayéni Munafanyi’’, est cette cantatrice soliste, des célèbres chœurs : ‘’Munafanyi’’ et ‘’Dyihadi géré’’, de la région de Boffa dans les années 1968-1970.

Agée de plus d’une soixantaine d’années, Mayéni Doumbouya née à Boffa, est fille de feu Kaïraba, et de Fatou Camara. Elle est aujourd’hui, agricultrice à Koba  où, elle est mariée, et mère de 4 enfants vivants.

Votre rubrique ‘’Que sont-ils devenus ?’’, du site Guinéenews, a rencontré cette autre grande dame dans l’oubliette dans le quartier Fossidè, secteur de Kamassondo.

Découvrez l’histoire, et le parcours de cette autre icone du théâtre guinéen du temps de la Révolution. Qu’ils étaient dévoués, ces acteurs du secteur des arts, de la culture et des sports.

Lisez !

Guineenews : Cantatrice soliste de l’ancienne célèbre troupe de Boffa, pouvez-vous nous dire comment vous êtes venue dans ce théâtre ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : Très tôt, j’ai été repérée par un de mes oncles à travers ma belle voix. Ma mère ne voulait pas que je fasse le théâtre, puisqu’elle était toujours mère de jumeaux et des jumelles. J’étais là, pour l’aider à s’occuper de mes frères et sœurs dès leur naissance. Mon oncle, ayant compris cette position irrévocable de ma mère, a préféré faire intervenir les autorités politiques du moment, pour enfin venir convaincre ma mère.

Vous savez en ce moment, il était difficile, ou même impossible de dire non à la Révolution. Je me rappelle, que ces autorités sont venues me chercher dans une voiture qu’on appelait ‘’VOLGA’’. Tout est parti de là.

J’ai commencé par la base, c’est-à-dire le comité d’avant, après la section et la fédération. Pendant plusieurs moments, la fédération de Boffa n’était pas primée. C’est feue Hadja Fatou Aribot, gouverneur de Boffa à l’époque, qui a eu l’initiative de composer ces deux chœurs intitulés ‘’Munafanyi’’ et ‘’Dyikhadi géré’’.

Le premier chœur, rend hommage au président feu Ahmed Sékou Touré, et le second retrace les faits, qui se sont déroulés lors de l’agression portugaise du 22 novembre 1970.

Guinéenews : Racontez-nous, dans quelles conditions ces célèbres chœurs (Munafanyi et Dyikhadi géré), ont été composés par feue Fatou Aribot ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : Cette grande dame était très inspirée. Elle me disait le plus souvent, que ces inspirations, lui venaient pendant la nuit. Nous avions répété le chœur Munafanyi dans le quartier ‘’Thiè’’ sous un néré, et Dyikhadi géré a été conçu sous un cocotier, dans le quartier Torodoya, deux quartiers situés dans la commune urbaine de Boffa.

Guinéenews : Pouvez-vous nous dire, comment vous êtes devenue cantatrice soliste de la troupe fédérale de Boffa ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : C’est après de nombreux efforts fournis dans l’apprentissage pendant les répétitions, que j’ai finalement évolué jusqu’à ce niveau. J’avais une belle voix, que je conserve d’ailleurs jusqu’à  présent, et vous l’avez constaté tout de suite, quand vous avez entonné le chœur Munafanyi. J’étais aussi très apte, pour retenir les différentes partitions.

C’est ainsi, que j’ai progressé et gagné cette place de cantatrice principale. Il y avait aussi Abdoulaye Bah, qui assurait l’autre partie du chœur. Un moment de notre évolution, Feue Fatou Aribot s’était même opposée à mon mariage, car elle ne voulait pas me perdre en tant qu’actrice. Voici comment nous avions réalisé ces deux  chœurs. Je ne fus pas indispensable, mais très dévouée pour servir ma contrée.

Guinéenews : Vous aviez assisté aux quinzaines artistiques et à plusieurs festivals, pouvez-vous nous en parlez ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : J’ai effectivement participé à ces nombreuses activités artistiques à Boffa, Boké et à Conakry. Nous avions à plusieurs reprises, gagné les premiers prix. J’ai fait les ballets, le chœur, le folklore, sauf la pièce, et nous étions plusieurs acteurs recrutés à travers la région de Boffa notamment à Tougnifily, à Douprou, à Kolia, à Koba, etc.

La troupe de Boffa a été très célèbre à travers ces 2 chœurs, qui continuent leurs chemins à chaque occasion, à travers les radios privées et la radio nationale. Nous étions près de 90 artistes, qui effectuaient le voyage au compte des chœurs. C’était des moments de grandes retrouvailles, où toutes les fédérations étaient représentées dans toutes les disciplines.

Guineenews : Qu’est-ce que vous aviez gagné durant votre parcours artistique ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : Vous savez au temps de la Révolution, on se contentait des applaudissements, et des encouragements. Je n’ai pas construit de maisons, mais j’ai eu des enfants, que j’ai pu entretenir. Je reconnais aujourd’hui que Hadja feue Fatou Aribot, s’était pleinement investie pour moi, surtout quand je me suis mariée. Elle m’a beaucoup adorée, et m’avait couverte de pleins de cadeaux. Aujourd’hui, Dieu merci, je suis chez mon époux sous un toit lui appartenant.

Guinéenews : Vous vous intéressez présentement au théâtre ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : Après mon second mariage, puisque mon premier mari était décédé (Paix à son âme), j’avais repris un peu le théâtre avec les vieilles personnes. Mais aujourd’hui, je me suis éloigné de ce monde des artistes, bien que de temps à autres, il m’arrive de chantonner, ou de reprendre les vieux airs, qui me reviennent,  comme je viens de le faire avec vous. C’est une passion qui m’est restée.

Guinéenews : Le but de notre rencontre, est de vous faire connaitre, et de savoir, qu’est-ce que vous êtes devenue après avoir posé de véritables actes, au compte de la culture guinéenne. Quels conseils avez-vous à prodiguer aux jeunes qui pratiquent le théâtre ?

Mayéni ‘’Munafanyi’’ Doumbouya : Si vous remarquez, tout le monde m’appelle ‘Mayéni ‘’Munafanyi’’. Ce sobriquet est resté à travers le théâtre, les œuvres que nous avions réalisées à notre temps. Dieu merci, aujourd’hui je me porte bien, et je m’occupe de ma famille, et de mon champ de riz.

Quant aux jeunes, le seul conseil est tout d’abord, celui d’aimer son pays, avoir l’amour et la passion de ce qu’on fait comme activités. La Guinée a connu de véritables troupes théâtrales, et de grands acteurs. Nous avions travaillé pour le pays, sans s’attendre à un salaire, ou une quelconque récompense. Nous avions travaillé pour le drapeau rouge-jaune-vert. Je demanderai à tous de prendre courage. Je vous remercie, pour m’avoir donnée cette première occasion, afin de me faire connaitre au peuple de Guinée.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews

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