Quand l’accusation remplace la preuve et mets en danger le journalisme (Par Aboubacar SAKHO)

il y a 5 heures 23
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http://Actuguinee.org/ Ces derniers temps, l’espace médiatique est marqué par des prises de parole troublantes venant de personnes se présentant comme journalistes d’investigation. À travers des déclarations publiques, des vidéos ou des interventions sur les réseaux sociaux, l’un d’eux affirme qu’un coup d’État serait en préparation. Plus grave encore, il accuse directement la France d’être derrière ce projet, en affirmant qu’un officier serait en train d’être préparé pour être imposé à la tête du pays. Ces propos sont tenus avec assurance, mais sans qu’aucun début de preuve tangible ne soit présenté à l’opinion publique.
Le journalisme d’investigation repose pourtant sur une règle simple et fondamentale. Toute affirmation grave doit être appuyée par des faits vérifiables, des documents, des témoignages recoupés ou des éléments concrets. Accuser un État étranger d’organiser un coup d’État n’est pas un détail. C’est une accusation lourde, aux conséquences politiques, diplomatiques et sécuritaires importantes. Lorsqu’une telle accusation est lancée sans preuves apparentes, elle cesse d’être une information pour devenir une simple affirmation, voire une rumeur.
Dans le contexte actuel, marqué par une forte sensibilité politique et une méfiance croissante envers les institutions, ce type de discours trouve facilement un écho auprès d’une partie de la population. Beaucoup de citoyens, fatigués par les crises et les difficultés, sont tentés de croire des récits qui désignent un responsable clair et extérieur. C’est précisément pour cette raison que la responsabilité du journaliste est immense. Plus un discours est explosif, plus l’exigence de preuve doit être élevée.
Se dire journaliste d’investigation ne suffit pas. Ce titre implique une méthode, une rigueur et une éthique. Enquêter, ce n’est pas affirmer. Investiguer, ce n’est pas supposer. Informer, ce n’est pas accuser sans fondement. Lorsqu’un journaliste affirme qu’un coup d’État est en préparation, il doit être en mesure de montrer comment il le sait, sur quoi il s’appuie et quelles sont ses sources. À défaut, il ne fait que nourrir la confusion et la peur.
L’accusation visant la France mérite une attention particulière. La France, qu’on l’apprécie ou non, est un État avec lequel de nombreux pays entretiennent des relations diplomatiques, économiques et sécuritaires complexes. Dire qu’elle prépare un officier pour l’imposer au pouvoir est une accusation extrêmement grave. Sans documents, sans enregistrements, sans témoignages crédibles, cette accusation relève plus du discours politique ou militant que du travail journalistique.
Ce type de communication pose un problème sérieux pour la crédibilité de la presse. Lorsque le public constate que des accusations majeures sont lancées sans preuves, il finit par douter de tout. Les vrais journalistes d’investigation, ceux qui prennent des risques pour révéler des scandales réels et documentés, se retrouvent alors discrédités par association. Le mélange entre rumeurs, opinions personnelles et information nuit à l’ensemble de la profession.
Il est également important de rappeler que le journalisme n’est pas un tribunal populaire. Un journaliste n’est ni un juge ni un procureur. Son rôle est de présenter des faits, pas de désigner des coupables sans éléments solides. Lorsqu’il affirme qu’un officier est en train d’être préparé pour prendre le pouvoir, il devrait au minimum expliquer qui le prépare, où, comment et avec quels moyens. En l’absence de ces réponses, le récit reste flou et spéculatif.
Dans des sociétés fragiles, ce genre de discours peut avoir des effets déstabilisateurs. Il peut semer la méfiance au sein des forces de défense, créer des tensions entre civils et militaires, ou encore provoquer des réactions hostiles contre des partenaires étrangers. Le journaliste doit toujours se demander si ce qu’il publie éclaire la situation ou s’il l’assombrit davantage.
La liberté d’expression est un droit fondamental, mais elle s’accompagne de responsabilités. Dire tout et n’importe quoi au nom de l’investigation affaiblit ce droit au lieu de le renforcer. Les citoyens ont besoin d’informations fiables pour se forger une opinion. Ils n’ont pas besoin de récits anxiogènes construits sans base solide.
Il ne s’agit pas de nier la possibilité de manœuvres politiques ou d’ingérences étrangères. L’histoire montre que cela a existé dans de nombreux pays. Mais l’histoire montre aussi que les grandes révélations ont toujours reposé sur des preuves. Sans preuves, il n’y a pas de révélation. Il n’y a qu’un discours.
Aujourd’hui, avec la rapidité des réseaux sociaux, une accusation infondée peut faire le tour du pays en quelques heures. Une fois lancée, elle est difficile à corriger, même si elle est fausse. C’est pourquoi le journaliste doit être encore plus prudent qu’avant. Son micro et sa plume sont des outils puissants. Mal utilisés, ils peuvent faire autant de dégâts qu’une arme.
Un journaliste qui prétend révéler la préparation d’un coup d’État doit accepter une exigence simple. Prouver ce qu’il avance. Sans cela, il ne fait pas de l’investigation, il fait de la spéculation. Accuser la France ou tout autre acteur sans le moindre début de preuve ne renforce ni la démocratie ni la souveraineté. Au contraire, cela affaiblit le débat public et détourne l’attention des vrais problèmes.
Le journalisme mérite mieux que des déclarations sans fondement. Il mérite du travail, de la patience et du courage. C’est à ce prix seulement que la parole médiatique peut rester crédible et utile à la société.
Aboubacar SAKHO
Expert en Communication
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