Procès du directeur préfectoral de l’Habitat de Kankan : le parquet général mis en cause…

il y a 2 heures 14
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Le procès opposant le ministère public à Abdoulaye Diakité, directeur préfectoral de l’Habitat de Kankan, a pris une tournure institutionnelle dès l’ouverture des débats devant le tribunal correctionnel de première instance. Au-delà des faits reprochés au prévenu, une question s’impose désormais : le procureur général près la cour d’appel de Kankan, Marwane Baldé, a-t-il influencé la procédure ?

Dans une salle d’audience largement mobilisée en faveur du prévenu, et sur fond de soutien visible sur les réseaux sociaux, le nom du procureur général a été cité avec insistance à la barre. En cause : l’existence évoquée d’une conversation WhatsApp entre Marwane Baldé et Abdoulaye Diakité, présentée par certains comme la preuve d’une implication directe du parquet général.

Face à ces accusations, le procureur de la République, Fodé Bintou Keïta, a opposé un démenti formel. Il récuse toute interférence illégale et renvoie strictement au cadre légal.

« Le procureur général coordonne l’action publique dans le ressort de la cour d’appel, mais les relations entre le parquet général et le procureur de la République sont encadrées par la loi », a-t-il déclaré, rappelant que la décision de poursuivre relève exclusivement de sa compétence, conformément à l’article 50 du Code de procédure pénale.

Le magistrat affirme avoir engagé les poursuites après avoir constaté des faits susceptibles de qualification pénale. Il évoque l’établissement, en 2022, d’un plan de masse superposé à un document foncier datant de 1968, signé par le directeur préfectoral de l’Habitat.

« J’ai constaté un double emploi foncier, de nature à créer des conflits graves entre citoyens se réclamant propriétaires », a-t-il soutenu, justifiant la mise en mouvement de l’action publique.

Concernant la conversation WhatsApp évoquée à l’audience, le procureur de la République minimise sa portée. Selon lui, elle ne constitue ni une instruction, ni une injonction, ni une décision de poursuite.

« Vous ne trouverez dans aucune pièce du dossier une injonction du procureur général contre M. Diakité. Dans ce cas précis, c’est faux », a-t-il tranché.

Une version catégoriquement rejetée par la défense. Me Mamadi Doumbouya, porte-parole du pool d’avocats, soutient que le parquet général est impliqué à toutes les étapes de la procédure.

« Le fait même que le procureur de la République évoque une conversation WhatsApp avec le procureur général démontre que ce dernier est présent dans le dossier », a-t-il déclaré, parlant d’une « main noire » derrière les poursuites.

L’avocat rappelle que si le parquet général dispose de prérogatives de coordination sur les parquets d’instance, celles-ci ne doivent ni orienter une procédure ni apparaître dans le prétoire.

« Les articles 47 et 50 du Code de procédure pénale garantissent l’autonomie du procureur de la République. Cette subordination hiérarchique ne doit pas transparaître dans un procès pénal », a-t-il insisté.

Alors que le tribunal poursuit l’examen des faits reprochés à Abdoulaye Diakité, le dossier dépasse désormais la seule question foncière. Il interroge le fonctionnement de la chaîne pénale, la frontière entre coordination et ingérence, et place la justice de Kankan sous une exposition publique accrue.

Karifa Doumbouya, correspondant à Kankan

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