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La scène était sobre mais chargée de symboles. Sous un soleil matinal sec typique de Karifamoriah, des habitants s’étaient massés autour du nouveau bâtiment aux murs immaculés, curieux de voir enfin prendre forme un projet longtemps annoncé, souvent reporté, parfois oublié.

Ce lundi, la région administrative de Kankan a inauguré son premier magasin électoral régional, une infrastructure de 3 000 m² destinée au stockage sécurisé du matériel électoral, pour un coût de 14 milliards de francs guinéens.
Pour la Directrice générale des élections, Mme Camara Djénabou Touré, ce n’était pas une simple cérémonie protocolaire. C’était un retour chez elle, dans sa ville natale, avec une émotion difficile à masquer.
« Je suis très heureuse de me retrouver à Kankan, ma ville natale, pour une occasion aussi opportune que l’inauguration du magasin électoral de la région administrative de Kankan », a-t-elle confié devant les autorités locales et la population réunies.
Autour d’elle, les applaudissements traduisaient une fierté collective. Beaucoup se souvenaient en effet des années où le matériel électoral dormait dans des locaux prêtés à la hâte, ou dans des casernes, exposé à l’humidité, à la poussière, et parfois à la perte pure et simple.
Quinze années d’attente, plusieurs tentatives avortées
Dans son intervention, la Directrice générale des élections n’a pas éludé la longue histoire chaotique du projet. Depuis 2010, le Budget national de développement prévoyait déjà la construction de magasins régionaux. En 2013, le projet PASSEG avait à son tour alloué des fonds pour le même objectif : stocker et sécuriser le matériel électoral et les documents officiels. Mais rien n’avait abouti.
« Malheureusement, ces initiatives n’ont jamais abouti », a-t-elle rappelé, évoquant des financements qui se sont évaporés dans les lenteurs administratives ou dans des zones d’ombre qui n’ont jamais été officiellement élucidées.
L’inauguration du magasin de Kankan marque donc une rupture avec ces années d’immobilisme. Mme Camara l’attribue directement au « leadership » du président Mamadi Doumbouya et au soutien constant du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation.
« C’est aussi une fierté pour moi que cette réalisation intervienne sous mon mandat », a-t-elle ajouté, visiblement consciente du poids historique du moment.
“Vous avez un bijou entre vos mains”
Les responsables régionaux et préfectoraux ont été exhortés à faire vivre cette infrastructure dans la durée.
La Directrice générale a insisté sur l’entretien du site :
« À la direction régionale des élections de Kankan, aux directions préfecturales des cinq préfectures de la région, ainsi qu’aux services communaux des élections de Karifamoriah, vous avez un bijou. Dans vos mains, il ne vous reviendra que de l’entretenir… »
Un message adressé à ceux qui auront désormais la charge logistique d’organiser les scrutins dans un pays où chaque élection est scrutée, débattue et souvent contestée.
Le ministre Condé remonte le fil des détournements
Si l’ambiance était à la satisfaction, le ministre de l’Administration du territoire, le général de division Ibrahima Kalil Condé, n’a pas hésité à rappeler les zones sombres du dossier. Sa voix s’est durcie lorsqu’il a évoqué les fonds débloqués en 2010 et 2013.
« Depuis 2010, des ressources financières ont été décaissées pour la construction de ces magasins, mais elles ont été détournées. En 2013, les mêmes fonds confiés à la CENI ont connu le même sort », a-t-il déclaré sans détour.
Il a ajouté que l’instruction ferme du président Mamadi Doumbouya avait permis de relancer le chantier et de construire huit magasins électoraux : sept à l’intérieur du pays et un à Conakry.
Une manière de refermer un chapitre marqué par le gaspillage et l’improvisation.
D’une gestion précaire à une organisation normée
Le ministre Condé a longuement insisté sur le changement de méthode : finies les locations onéreuses et les entrepôts inadéquats, finies les conservations improvisées dans les garnisons militaires.
« Aujourd’hui, nous nous mettons définitivement à l’abri des locations de magasins et des mauvaises conditions de conservation », s’est-il réjoui, saluant au passage le respect des délais de construction, six mois, et la qualité des travaux réalisés.
Il a remercié entrepreneurs, autorités locales et populations, avec un accent particulier pour la jeunesse, souvent impliquée dans les travaux.
Un décor nouveau avant les prochains défis électoraux
L’inauguration de Karifamoriah se déroule quelques mois après une présidentielle jugée « transparente et apaisée » par le ministre, qui a réaffirmé la confiance placée en son département pour organiser les scrutins à venir.
« Je remercie le président de la République pour la confiance placée en moi », a-t-il conclu, revendiquant une administration désormais plus structurée, plus rigoureuse et tournée vers le retour à l’ordre constitutionnel.
À la sortie de la cérémonie, certains habitants observaient encore le bâtiment d’un œil approbateur. “Au moins, maintenant, on sait où dorment nos bulletins”, glissait un vieil homme de Karifamoriah, sourire aux lèvres.
Dans cette région où les élections ont longtemps rimé avec incertitude logistique, ce nouveau magasin électoral est perçu comme un signal fort : celui d’une organisation qui cherche à se moderniser, et d’un État qui tente de rompre avec ses habitudes les plus fragiles.
Karifa Doumbouya, correspondant a Kankan
622 47 09 60
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