Guinée : Quand nos maisons deviennent des pièges mortels (Par Mohamed Kouyaté)

il y a 2 heures 12
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Mohamed Kouyaté

Sensibilisation citoyenne et urgence d’une culture de sécurité 

En Guinée, nous avons trop souvent tendance à considérer l’incendie comme une fatalité. Pourtant, dans de nombreux cas, ce ne sont ni la malchance ni le destin qui tuent, mais des choix quotidiens que nous faisons nous-mêmes dans nos habitations.

Nos maisons, censées nous protéger, deviennent parfois de véritables pièges mortels.

Des habitations transformées en cages invisibles

Depuis plusieurs décennies, face à l’insécurité et aux cambriolages, de nombreuses familles renforcent leurs portes et fenêtres avec des antivols rigides, des grilles fixes, des cadenas multiples ou des crochets métalliques difficiles à manipuler.

Ce réflexe est compréhensible. Mais en cas d’incendie nocturne, lorsque la fumée envahit rapidement les pièces, ces dispositifs deviennent des obstacles mortels et empêchent toute évacuation rapide.

La fumée tue souvent en quelques minutes seulement. Elle désoriente, asphyxie et plonge les victimes dans l’inconscience avant même que les flammes ne deviennent visibles.

Le drame récent de Sanoyah, où une famille entière de cinq personnes a péri enfermée derrière une porte verrouillée, n’est pas un simple accident : c’est le révélateur d’un danger collectif que nous refusons encore de regarder en face.

Des matériaux dangereux qui envahissent nos marchés

Un autre piège mortel se construit silencieusement dans nos quartiers : l’utilisation massive de matériaux de construction de très mauvaise qualité.

Dans de nombreux marchés guinéens, on retrouve :

• des câbles électriques non certifiés qui surchauffent rapidement ;

• des prises et multiprises contrefaites ;

• des peintures et panneaux décoratifs hautement inflammables ;

• des mousses synthétiques qui dégagent des fumées toxiques mortelles.

Moins coûteux, ces produits séduisent les ménages et les artisans. Pourtant, ils accélèrent la propagation du feu et aggravent la toxicité des fumées.

À l’international, les normes de sécurité incendie imposent des classifications strictes des matériaux selon leur réaction au feu, leur toxicité et leur capacité à ralentir la propagation des flammes. Dans de nombreux pays, les câbles électriques doivent répondre à des standards précis, les portes doivent permettre une ouverture rapide depuis l’intérieur et les détecteurs de fumée sont devenus obligatoires.

En Guinée, l’absence de repères techniques clairs laisse les citoyens seuls face à des choix qui peuvent coûter la vie.

Nos propres installations peuvent devenir nos premiers ennemis

Il faut avoir le courage de le dire : une grande partie des risques vient de nos propres installations.

• Multiplication des rallonges électriques sur une même prise ;

• Installation d’appareils énergivores sans protection adaptée ;

• Stockage de carburant ou de gaz dans des espaces confinés ;

• Construction sans ventilation ni issue secondaire.

Pris isolément, ces gestes semblent anodins. Ensemble, ils créent les conditions d’un drame.

La prévention commence par une prise de conscience individuelle. Avant même de parler de lois ou de sanctions, chaque citoyen devrait se poser une question simple :
« En cas d’incendie cette nuit, ma famille pourrait-elle sortir en moins de dix secondes ? »

Sensibiliser avant de réglementer

Pendant longtemps, les débats sur la sécurité incendie en Guinée ont surtout interpellé l’État. Cette démarche est nécessaire, mais elle ne doit pas faire oublier une réalité essentielle : la sécurité commence aussi à domicile.

Sans une culture citoyenne de prévention, aucune réglementation ne sera réellement efficace.

Il est donc urgent de multiplier :

• des campagnes de sensibilisation dans les quartiers ;

• des messages radios simples sur les gestes de sécurité ;

• des formations de base pour les artisans et les chefs de famille.

Changer les mentalités constitue la première étape pour sauver des vies.

Deuxième phase : les dispositions réglementaires que l’État devrait envisager

Une fois cette prise de conscience collective engagée, l’action publique doit accompagner et structurer les efforts des citoyens.

Plusieurs mesures pourraient être mises en place progressivement :

• définir des normes minimales de construction intégrant l’évacuation rapide ;

• encadrer les systèmes antivols empêchant une ouverture intérieure immédiate ;

• instaurer un contrôle de qualité des matériaux électriques vendus sur les marchés ;

• promouvoir l’installation progressive de détecteurs autonomes de fumée ;

• former et certifier les artisans du bâtiment aux bases de la sécurité incendie.

L’objectif n’est pas de copier des modèles étrangers inadaptés, mais de bâtir des standards réalistes, accessibles et compréhensibles par tous.

Prévenir pour protéger réellement

Protéger sa maison contre le vol est légitime. Mais protéger sa vie doit rester prioritaire.

Une habitation sécurisée ne doit jamais devenir une prison. Une société moderne se construit autant par la responsabilité individuelle que par des règles collectives adaptées.

Car en matière d’incendie, la première barrière de protection n’est ni un mur ni un cadenas : c’est la prévention.

Un moment décisif pour bâtir enfin un socle réglementaire national

L’actualité récente et la multiplication des drames domestiques rappellent une évidence : la prévention ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté des citoyens. Elle doit être portée par une vision politique claire, structurée et durable.

L’arrivée d’un nouveau Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile constitue, à cet égard, une opportunité historique. Il est aujourd’hui essentiel que la Guinée se dote enfin de textes réglementaires cohérents en matière de sécurité incendie, capables de servir de véritable gouvernail à la politique publique de prévention et de protection civile.

Ces textes ne doivent pas être perçus comme des contraintes supplémentaires, mais comme des repères techniques et humains destinés à protéger les familles, accompagner les professionnels du bâtiment et sécuriser progressivement nos villes et nos quartiers.

Mettre en place une réglementation nationale adaptée aux réalités guinéennes, qu’il s’agisse des normes de construction, du contrôle des matériaux, des issues d’évacuation ou de la formation des acteurs, reviendrait à faire de la prévention un pilier stratégique du développement national.

Monsieur le Ministre, la protection des citoyens commence avant l’intervention des secours. Elle commence dans la règle, dans l’anticipation et dans la volonté politique de faire de la sécurité incendie un enjeu structurant de la gouvernance publique.

Mohamed Kouyaté 

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