Déguerpissement à la T6 (Conakry) : « Aujourd’hui, il ne me reste plus rien», lâche un vendeur

il y a 2 heures 12
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L’opération de déguerpissement des emprises de la voie publique se poursuit à Conakry, avec son lot de tensions, de pertes et de questionnements. Ce mardi, 3 février 2026, les autorités ont procédé à l’évacuation des installations commerciales et habitations précaires érigées le long de la route, au niveau de la Transversale 6 (T6). Une intervention qui a contraint vendeurs et débrouillards à quitter les lieux, dans un climat de profonde détresse et d’incompréhension, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Sur le terrain, toutes les installations situées dans le périmètre concerné ont été dégagées. Pour de nombreuses familles, c’est un véritable choc.

Les activités menées sur place constituaient pour la plupart, l’unique source de revenus et parfois même le seul toit. Parmi les personnes affectées, Mamadou Yéro Diallo, alias Wàlatà. À l’aide de simples tôles, il avait aménagé un espace au bord de la route de la T6. C’est là qu’il vivait avec sa famille et gagnait sa vie en vendant de la nourriture (riz).

Mamadou Yéro Baldé, vendeur à la T6

« Je suis père de neuf enfants. Moi, c’est le riz que je prépare et que je vends. C’est ici aussi que ma famille et moi passions la nuit. On ne nous a pas informés. Ils sont venus nous déguerpir et même mon riz a été gâté. Je pensais pourtant qu’ils avaient dit qu’ils allaient nous épargner. Aujourd’hui, il ne me reste rien, ni mon matelas ni mes ustensiles de cuisine, marmites et autres. Il ne me reste plus rien dans ce monde. Je demande aux autorités de me venir en aide », a-t-il lancé, la voix chargée d’émotion.

Un peu plus loin, Abdoulaye Diallo tente lui aussi de contenir sa déception. Depuis des années, il se débrouillait sur ces lieux avec son épouse.

« J’avais aménagé ici pour me débrouiller, mais tout a été gâté. Il n’y a rien que l’on puisse faire. Tout ce que la loi dit, on le suit, il ne faut pas forcer. Ma femme et moi avons commencé à nous débrouiller ici depuis 2003. C’est avec ça que nous survivions », a-t-il témoigné.

Si pour certains le déguerpissement rime avec drame social, d’autres y voient une nécessité pour l’avenir de la capitale. C’est le cas de Charles Akess, propriétaire d’un bar à la T6, dont la terrasse a été touchée par l’opération.

Charles Akess, propriétaire d’un bar à la T6

« C’est vrai que le déguerpissement fait mal, mais je pense que c’est nécessaire. Pour construire un pays, il faut parfois casser. Comme on le dit, pour faire des omelettes, il faut casser des œufs. J’ai un bar ici et c’est la véranda qui a été touchée. C’est une décision gouvernementale et je la salue parce que, franchement, notre capitale est trop sale, il faut le dire. Je suis pour le changement, pour que la capitale ait une belle image, pour qu’on sente que Conakry est une capitale comme les autres », a-t-il martelé.

Du côté des leaders religieux, l’appel est à la retenue et à la compassion. Aboubacar Camara deuxième imam, reconnaît l’importance de l’assainissement de la ville, mais estime que l’opération aurait dû être menée avec plus de tact et de considération pour les populations concernées.

Aboubacar Camara, imam

« Je trouve que c’est une bonne initiative, mais elle aurait dû être mieux pensée. Assainir la ville est une bonne chose, c’est même un élément important de la religion, car Dieu aime la propreté et l’ordre. Mais le contexte ne s’y prête pas. Nous sommes à la veille du Ramadan et, comme vous le savez, une frange importante de la population guinéenne cherche ses moyens de subsistance en bordure de route. Les autorités devaient avoir pitié de ces gens et attendre la fin du Ramadan pour engager une telle opération. Il fallait prévenir, venir marquer les installations à dégager et donner le temps aux occupants de libérer tranquillement les lieux. Maintenant que le déguerpissement est fait, je demande aux autorités d’aider ces pauvres citoyens à trouver des endroits sûrs où ils pourront se réinstaller et continuer leurs activités pour vivre », a-t-il laissé entendre.

Mariama Barry pour Guineematin.com

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