Cordonnerie artisanale : un patrimoine culturel au bord de l’extinction

il y a 3 heures 16
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Longtemps au cœur de la vie sociale et économique des quartiers et des marchés, la cordonnerie traditionnelle traverse aujourd’hui une période de profondes difficultés.

Confronté à la concurrence des produits industriels, à la cherté des matières premières et au désintérêt des jeunes, ce métier ancestral, porteur d’une forte valeur culturelle, risque de disparaître.

Rencontré au grand marché de Matoto, Thierno Boubacar Doumbouya, artisan cordonnier, exerce depuis de nombreuses années un métier appris dès son jeune âge.

Rencontré par notre rédaction, il explique que la concurrence des produits importés a bouleversé cette pratique traditionnelle :

« Ça fait longtemps que je suis dans ça. C’est ce que j’ai appris, il n’y a que ça que je connais. Dieu merci, nous tenons bon, même si la vente est rare », explique-t-il.

Selon lui, les habitudes de consommation ont profondément changé.

« Les gens achètent peu, parce qu’ils disent que ces chaussures sont chères. Alors ils vont acheter d’autres qualités. Ils préfèrent la chinoiserie, puisqu’ils estiment que le cuir est trop coûteux. Mais ce n’est pas cher », soutient l’artisan, pointant du doigt l’impact négatif des importations à bas prix sur son activité. La situation est d’autant plus difficile que les matières premières se font rares et onéreuses.

« Nous achetons le cuir au Foulawa, dans les régions du Fouta, pour vendre ici. L’unité était vendue à 200 000 francs guinéens, mais avec la dureté du marché, le prix de la corde est passé à 250 000 francs », détaille-t-il, avant d’ajouter : « Actuellement, tout est devenu cher : le transport, les cordes, la peau de vache. Le cuir est difficile à obtenir, il y a même une crise. On n’a pratiquement pas de clients, tout est bloqué, alors que la famille est nombreuse. »

Malgré ces contraintes, les artisans tentent de s’adapter aux réalités du marché.

« Pour les hommes, l’unité est à 85 000 francs, 110 000 francs pour le 100 % cuir. Pour les femmes, c’est 45 000 francs, et pour les enfants, 30 000 francs », précise Thierno Boubacar Doumbouya, avant de souligner que « le cuir n’a pas de contrefaçon, ce sont les tapis qu’on peut trouver en deuxième qualité ».

Faute de clients, certains artisans se tournent vers la vente en gros.

« Actuellement, vu qu’il n’y a pas d’achat et que je confectionne, je vends en gros et en détail », indique-t-il, ajoutant : « En gros, pour les hommes, je vends à 50 000 francs ou 70 000 francs, pour les femmes à 30 000 francs, et à 15 000 francs pour les enfants. Même ceux de Madina viennent prendre avec moi. »

Au-delà de la fabrication de chaussures, la cordonnerie traditionnelle englobe aussi des objets à forte portée culturelle et spirituelle.

« Concernant les protections, les gri-gri et talismans, nous utilisons le cuir pour divers usages : chaînes, bracelets, tours de hanche, amulettes », explique l’artisan, précisant que « nous avons toujours fait ces objets, on a grandi dedans, donc pas besoin d’apprentissage particulier, seulement il faut être salubre ».

L’artisan insiste également sur les règles strictes liées à ces pratiques.

« Nous n’acceptons pas de chaussures déjà portées, parce que les amulettes et autres protections ne vont pas avec l’insalubrité », affirme-t-il, avant de préciser que : « Ça, c’est le nom de Dieu. Ça ne se mélange pas à la saleté. Quand vous envoyez, je lis pour avoir la connaissance du contenu et je couds si on se convient au niveau du prix. »

Autre facteur de fragilisation du métier : l’abandon progressif de la profession par les artisans eux-mêmes. « Avant, ici, c’était plein de confectionneurs comme moi. Beaucoup sont découragés à cause des difficultés », déplore-t-il.

Suite aux difficultés enregistrées dans ce secteur, Doumbouya déplore : « La plupart sont aujourd’hui dans la conduite des taxis-motos. Si ce n’est pas pendant les périodes de fêtes, l’achat est rare. Pendant les festivités, ça va, mais après la galère reprend », poursuit-il.

Face à cette situation, Thierno Boubacar Doumbouya lance un appel aux autorités. « S’ils nous aident pour le matériel, cela va apaiser notre souffrance. Actuellement, il n’y a pas de colle, pas de carton, pas de caoutchouc. Tout manque sur le marché. Qu’ils nous aident à tenir, sinon ce n’est pas facile. »

Il interpelle enfin l’État sur la sauvegarde de ce patrimoine immatériel. « J’appelle le gouvernement au soutien, parce que s’il ne fait rien, c’est compliqué », avertit-il, avant de conclure : « Qu’il nous aide à avoir le matériel, la place, à intégrer les expositions et à plaider pour nous auprès des stylistes et de la nouvelle génération. »
Sans un accompagnement concret et une véritable politique de valorisation des métiers manuels, la cordonnerie traditionnelle pourrait disparaître, emportant avec elle un pan important de l’identité culturelle locale.

Mayi Cissé
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