« On ne vit pas avec le salaire, on survit » : quand la vie chère érode le pouvoir d’achat des travailleurs en Guinée

il y a 2 heures 14
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Entre salaires jugés insuffisants et coût de la vie en constante hausse, de nombreux travailleurs guinéens peinent à joindre les deux bouts. Le SMIG, fixé à 550 000 GNF, apparaît largement déconnecté des réalités économiques actuelles et bien incapable de couvrir les besoins essentiels. Cette situation révèle surtout une réalité sociale inquiétante : avoir un emploi ne garantit plus une vie décente.

Le loyer, l’alimentation, les soins de santé, la scolarité des enfants, le transport et les obligations sociales sont autant de charges incompressibles qui absorbent les revenus, laissant peu ou pas de marge pour l’épargne. Mohamed Bangoura, enseignant et porte-parole du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée, décrit une réalité préoccupante.

« Concernant les agents de l’État, il faut dire que je maîtrise parfaitement celui de l’éducation. Aujourd’hui, il y a une amélioration des salaires. Mais le problème avec ces salaires, c’est qu’ils ne peuvent pas être épargnés. Cela s’explique par le coût de la vie très élevé. Le loyer, vous savez qu’en Guinée, le manque de politiques d’habitat et l’absence de banques d’habitat font que les propriétaires sont devenus des rois. À chaque légère augmentation des salaires, il y a automatiquement une hausse du loyer. Donc, avec un salaire de 4 à 5 millions, après avoir payé le loyer, les dépenses quotidiennes, les frais médicaux, la scolarité et le transport, il ne reste presque rien. Cela empêche de faire de l’épargne. Même au marché, pour des produits locaux, les prix sont élevés. Tout cela fait qu’aujourd’hui, le salaire en Guinée ne sert à rien », a-t-il déclaré.

Face à cette pression, les enseignants développent des stratégies de survie.

« Dans mon cas personnel, les choses sont difficiles. Nous sommes obligés de jongler entre l’enseignement public et le privé pour joindre les deux bouts. Beaucoup de mes collègues travaillent dans le transport, notamment les taxis-motos. D’autres créent de petites activités ou des commerces. On essaie de survivre, parce qu’en Guinée, on ne vit pas avec le salaire, on survit », a-t-il confié.

Allant plus loin, l’enseignant appelle à une prise de conscience collective.

« Il y a beaucoup de choses à faire. Certains travailleurs domestiques ne perçoivent même pas le SMIG. L’Inspection générale du travail, censée veiller au respect de cette loi, ne le fait pas. On ne peut pas parler de développement pendant que le citoyen n’arrive pas à se soigner ou à subvenir à ses besoins. Le salaire du travailleur guinéen ne lui permet pas de vivre, mais de survivre », a martelé Mohamed Bangoura.

De son côté, le journaliste Bhoye Barry analyse la situation sous deux angles : le niveau des salaires et le coût de la vie.

Bhoye Barry, journaliste

« La question peut être analysée sous deux aspects : le salaire d’un côté et le coût de la vie de l’autre. Quand on regarde la monnaie guinéenne, on peut dire que les salaires sont globalement bas, surtout pour la majorité. Certains peuvent couvrir leurs besoins, mais ce n’est pas le cas du plus grand nombre. Pour beaucoup d’employés, le salaire ne tient que jusqu’au 15 du mois. Les deux semaines restantes, ils s’endettent. Mais cela dépend aussi de la manière de le percevoir. Souvent, ce ne sont pas seulement les salaires, mais les avantages liés, comme les primes de logement ou l’assurance maladie, qui permettent de tenir. Maintenant, quand on considère le coût de la vie en Guinée aujourd’hui, il est très difficile de vivre. Tout est devenu cher. Quand vous allez au marché, les prix sont extrêmement élevés par rapport aux années précédentes », a-t-il expliqué.

Poursuivant son analyse, il évoque sa propre expérience, reflet de celle de nombreux travailleurs.

« De mon côté, je peux dire oui et non. S’il n’y a pas d’imprévu pendant le mois, mon salaire me suffit. Mais je ne parviens pas à faire d’épargne ; et s’il y a des imprévus, le salaire ne suffit plus. Il faut donc savoir gérer de manière rationnelle, en priorisant les besoins essentiels : se nourrir, se loger, se vêtir. Les besoins secondaires viennent après. C’est la manière de gérer qui fait la différence. Mais en Guinée, la majorité des employés survivent. Sur 10 personnes, il n’y en a que 3 qui vivent réellement, le reste survit », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le journaliste met également en lumière l’impact direct de l’instabilité des prix du marché.

« Le coût de la vie se ressent surtout au niveau du panier de la ménagère. Quand les prix varient, toute la chaîne est impactée. La crise de liquidité, par exemple, a poussé les prix à la hausse. Et en Guinée, lorsqu’ils augmentent, les prix ne redescendent presque jamais, malheureusement », a-t-il déploré.

Enfin, Bhoye Barry appelle à des mesures concrètes pour changer cette situation.

« Les autorités doivent travailler sur la question salariale de manière globale. L’État doit aussi veiller à ce que les travailleurs du privé soient bien traités. Aujourd’hui, un SMIG à 550 000 GNF est insuffisant. Cela pouvait convenir il y a des années, en 1998 ou 2000, mais plus maintenant : il faut l’augmenter. Le secteur privé doit aussi jouer son rôle en rémunérant les employés à la hauteur de leur rendement, avec plus d’humanité, et en évitant les salaires figés », a-t-il souligné.

Au fil des témoignages, une réalité s’impose : en Guinée, travailler ne garantit plus une vie stable. Pour beaucoup, le salaire sert uniquement à survivre. Une réalité qui interpelle sur le niveau de vie des travailleurs.

Mariama Barry pour Guineematin.com

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