Mme Thamar Thiam victime d’atrocités au stade : « J’ai été traumatisée au point de frôler la folie »

il y a 2 heures 12
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Madame Thamar Thiam compte parmi les victimes des atrocités survenues lors des tragiques événements du 28 septembre 2009 à Conakry. Constituée partie civile dans ce second volet judiciaire visant le colonel Bienvenu Lamah, cette sexagénaire déclare avoir subi de graves violences lors de la répression sanglante au stade. Elle réclame que justice soit rendue aujourd’hui.

Selon son témoignage, l’esplanade du stade était saturée de forces de l’ordre dans la matinée. Elle rappelle que ce sont les femmes, dont elle qui sensibilisaient les jeunes pour qu’ils restent calmes en attendant l’arrivée des leaders.

Vers 8h30, la situation bascule. Les premiers coups de feu éclatent. Mme Thiam est alors sollicitée par des journalistes de France 24 près de la station Feu Rouge pour témoigner de leurs aspirations.

« Pendant que je parlais, j’ai vu le colonel Tiégboro Camara et son équipe arriver. Soudain, il a sifflé en nous indexant. Immédiatement, des tirs de gaz lacrymogènes et d’armes à feu ont retenti. Dans la panique, j’ai perdu mon dentier. Ce moment, filmé, a d’ailleurs circulé sur des CD dans tout Conakry », précise-t-elle.

Traquée par des agents, elle tente d’escalader un mur derrière la station mais est rattrapée malheureusement.

« J’ai reçu un coup de matraque dans le dos. Ils m’ont insultée de façon obscène. L’un d’eux a dit :  »On va la massacrer », mais un autre a suggéré de m’épargner car j’étais une femme. Ils m’ont frappée, me blessant au bras, avant de repartir », a-t-elle ajouté.

Malgré ses blessures, elle décide de rejoindre le stade après avoir croisé le cortège des leaders politiques. Elle entre dans la loge officielle juste derrière eux. C’est alors que l’assaut final est donné.

« C’était le sauve-qui-peut. Sur la pelouse, les gens tombaient. À la tribune, nous étions coincés contre le mur par la foule en fuite. J’ai failli mourir étouffée », relate la victime.

En décrivant des scènes d’horreur, elle explique le cas de Jean-Marie Doré traîné au sol par des hommes en civil armés, et des agents alignés comme dans un film de guerre tirant sur la foule, dit-elle.

Dans sa fuite, elle est piétinée par la foule. Deux jeunes l’aident à se relever. « Néné, on ne meurt qu’une fois. Choisis : soit tu restes ici et on t’écrase, soit tu sors affronter les balles. », ont-ils dit.

C’est en ce moment, ajoute t-elle, qu’elle choisit de sortir. Au portail, elle est de nouveau violemment battue par des agents, sa tenue mise en lambeaux.

Réfugiée chez sa sœur, situé non loin du stade, couverte de sang et de boue, elle dit souffrir d’une fracture à la cheville et d’une entorse au bras. Mais les blessures ne sont pas que physiques. Reconnue via les médias France 24 et BBC, elle fait l’objet de menaces et doit se cacher.

« J’ai été traumatisée au point de frôler la folie. J’ai été suivie en psychiatrie par le docteur Mariam Barry, mais j’avais trop peur pour parler à l’époque », confie-t-elle, soulignant qu’il était facile de l’identifier puisqu’elle appartient à la même promotion universitaire que le capitaine Moussa Dadis Camara.

À l’issue de cette déposition poignante, le tribunal a annoncé le huis clos pour l’audition de la troisième partie civile, suite à une demande, avant de suspendre l’audience.

Alhassane Fofana

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