Libération de Dadis : une décision du gal. Doumbouya qui divise à Conakry (Micro-trottoir)  

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Dans la nuit dernière, l’ancien chef du CNDD, le capitaine Moussa Dadis Camara, condamné à 20 ans de prison pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009, a bénéficié d’une grâce présidentielle. Une annonce qui est diversement appréciée ce samedi matin dans la capitale Conakry.

 Si certains y voient un geste de réconciliation nationale, d’autres dénoncent une décision injuste, voire calculée. Les réactions, aussi vives que divergentes, témoignent des profondes divisions que cette affaire continue de susciter. Nous vous proposons quelques-unes des réactions recueillies à cet effet.

Alpha Boubacar Sow : cette grâce est une ‘’erreur’’

« Dadis Camara n’est pas le seul malade en prison. Une liberté provisoire pour raisons médicales aurait suffi, mais le gracier ainsi, c’est inadmissible. Pourquoi avoir organisé ce procès si c’était pour en arriver à cela ? Quelle incohérence ! « , s’insurge-t-il.

-Mamadou Diallo, plus virulent, dénonce une manœuvre politique

 « C’est grave quand même de la part d’un militaire… On condamne un opposant pour diffamation, mais on gracie un condamné pour crime contre l’humanité ? La campagne électorale commence déjà… », estime-t-il.

Ibrahima Conté parle d’un ‘’coup politique’’

« Je ne suis pas un expert en politique, mais j’avais vu venir ce coup. C’est une façon de s’attirer les faveurs de l’électorat forestier. »

Christophe Lamah : ‘’cette grâce est une correction nécessaire d’une justice imparfaite’’

« Ceux qui ont suivi le procès savent que Dadis ne ferait pas un an en prison. La justice divine dépasse celle des hommes. Dadis est une victime collatérale de ces événements, devenu coupable malgré lui. Que ce procès serve de leçon : il n’y a pas d’hommes forts, seulement des circonstances favorables. »

Abdoul Majid : ‘’c’est une grâce méritée’’

« Il a été traduit devant la justice comme tout citoyen lambda. J’ai salué son courage d’affronter la justice de son pays. Son parcours a servi de leçon à tout citoyen conscient. Il mérite cette grâce, car il a toujours eu l’amour de ce pays mais a été trahi par son entourage. Nous saluons ce décret. La justice a enfin été rendue par Doumbouya. Après l’indemnisation des premières victimes, l’une des secondes victimes vient d’être graciée. Ce décret est à saluer. C’est un innocent qui a été sali pour des raisons politiques. »

Aminata Doumbouya : ‘’cette grâce vient remuer le couteau dans la plaie de toutes ces familles, de ces femmes brisées à jamais’’

« Dadis gracié… Des familles ont perdu des enfants à jamais. Des femmes ont été victimes de violences sexuelles au stade ! Elles peinent encore à se relever. Les familles ont attendu plus de 13 ans pour obtenir justice… Quelle justice d’ailleurs ? Pour qu’au final, on commence à gracier les coupables ? Incroyable ! Aujourd’hui, ils viennent de remuer le couteau dans la plaie de toutes ces familles, de ces femmes brisées à jamais. J’ai écouté des survivantes… Dès l’instant où ils ont pris cette décision, ils ont encore brisé le rêve de beaucoup d’entre elles : celui de voir les bourreaux payer pour ce qu’ils ont fait. »

Chérif Haïdara : « nous sommes maintenant en route pour les ‘’merci mon général », d’un côté et la frustration justifiée, de l’autre’’

« Selon moi, il n’y a rien d’étonnant. Ils vont tous sortir, mais ceux qui sont couchés au cimetière ne sortiront plus de leur tombe. Ils sont condamnés à dormir éternellement. Ce fut un procès à la fois politique et distrayant. Tout est clair pour celui qui sait lire. Nous sommes maintenant en route pour les « Merci mon Général » d’un côté et la frustration justifiée de l’autre. »

Mohamed Aliou Cissé : ‘’ Pivi, Toumba… eux aussi sont malades et devraient en bénéficier’’

« Lors du procès, Dadis disait qu’il serait libéré, comme s’il le savait. Cette décision ne me dérange pas, puisque des raisons ont été évoquées, et Dadis est avant tout un ancien président. Seulement, j’espère que les autres seront également libérés. Pivi, Toumba… eux aussi sont malades et devraient en bénéficier. »

Entre ceux qui crient à l’injustice et ceux qui saluent un acte de clémence, une question persiste : cette grâce marque-t-elle un tournant vers l’apaisement ou n’est-elle qu’une manœuvre politicienne à quelques mois d’élections cruciales ? Une chose est sûre : le débat reste ouvert et les plaies du 28 septembre 2009, encore vives.

Faut-il enfin rappelé que Moussa Dadis est gracié 8 mois après sa condamnation le 31 juillet 2024 à 20 ans de prison pour ‘’crimes contre l’humanité’’.

Propos recueillis par Manianfing Doré et Magnalén Traoré pour Guinéenews

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