Le rôle néfaste de certains blogueurs dans la propagation des rumeurs en Guinée (Par Dr Ibrahima Chérif)

il y a 1 jour 117
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie publique guinéenne. Ils constituent pour de nombreux citoyens un espace privilégié d’expression, d’information et de débat sur les affaires nationales. Cette évolution reflète une ouverture démocratique et une diversification des sources d’information. Malheureusement, elle s’accompagne d’une dérive préoccupante comme la diffusion croissante d’informations non vérifiées, de rumeurs et de contenus alarmistes par certains blogueurs, vlogueurs et vidéastes, souvent motivés par la recherche de visibilité, de gains financiers rapides et par le sabotage.

Ce phénomène pose un véritable problème pour une démocratie encore en construction en Guinée. Un Etat ne peut fonctionner correctement sans une information fiable, rigoureuse et responsable. Lorsque l’espace numérique est dominé par la rumeur, le sabotage et la manipulation émotionnelle, le débat public se fragilise, la confiance dans les institutions s’érode et la cohésion nationale se trouve menacée. En tant que citoyen guinéen, il est de notre responsabilité collective de dénoncer ces pratiques et d’en mesurer les conséquences, car nos populations sont très vulnérables face à certaines informations malsaines et confuses.

Il est regrettable de constater que certains individus consacrent leur énergie à propager de fausses informations sur la Guinée, ses institutions puis de manière récurrente, sur le Président de la République. Ces contenus jouent sur la peur, l’émotion et la suspicion, transforment l’information en un instrument de déstabilisation. Nous avons tous été témoins de la circulation d’informations avec des contenus truqués annonçant sans la moindre preuve, un état de santé critique du chef de l’État, sa disparition supposée ou son absence du territoire national. Bien que dénuées de toute confirmation officielle ou journalistique crédible, ces rumeurs ont parfois suffi à semer le doute et l’inquiétude au sein de la population.

Accorder du crédit à de telles affirmations sans fondement contribue à projeter une image négative de la Guinée, celle d’un pays instable, incertain et politiquement fragile. Pendant que d’autres nations investissent dans la valorisation de leur image, le renforcement de leur crédibilité internationale et la promotion de leurs acquis, certains de nos compatriotes choisissent, par intérêt personnel, de dénigrer leur propre pays pour quelques revenus tirés du buzz numérique. Une telle attitude est non seulement irresponsable, mais également préjudiciable à l’intérêt national. Il ne s’agit nullement de nier le droit à la critique. Dans une démocratie, critiquer les politiques publiques, les choix gouvernementaux ou les actions des dirigeants est légitime et nécessaire. Cependant, cette critique doit reposer sur des faits vérifiables, des arguments rationnels et un respect minimal des valeurs républicaines. La diffusion volontaire de fausses informations constitue, en revanche, une faute civique qui affaiblit le débat démocratique et nuit à la vie collective.

Il est également préoccupant de constater que pour certainsl’engagement citoyen se résume à l’invective permanente contre les autorités ou à une focalisation excessive sur la personne du Président de la République, les pouvoirs publics et les institutions. Le patriotisme ne se manifeste pas par la violence verbale ou des calomnies sur les réseaux sociaux, mais par des actions responsables, utiles et respectueuses, orientées vers l’amélioration des conditions de vie de la population.

Par ailleurs, une large partie des contenus diffusés sur les réseaux sociaux en Guinée repose aujourd’hui sur le sensationnalisme plutôt que sur la recherche de la vérité. Les annonces dramatiques, montages approximatifs et affirmations sans sources fiables sont utilisés pour capter l’attention, susciter l’émotion et monétiser l’audience. Le Président de la République et les institutions de l’État figurent parmi les principales cibles de ces stratégies. Les rumeurs répétées sur une prétendue incapacité à gouverner, une maladie grave ou une absence du territoire national, diffusées sans vérification, alimentent un climat de méfiance, d’angoisse et d’incertitude. À terme, cette situation affaiblit l’autorité de l’État et mine la confiance des citoyens dans leurs institutions.

Face à cette réalité, les citoyens guinéens doivent renouer avec la confiance envers leur pays et envers les mécanismes institutionnels de production et de diffusion de l’information. Refuser de consommer, de commenter et de partager des contenus douteux constitue déjà un acte citoyen fort. Contrairement à certaines idées reçues, la Guinée dispose de médias professionnels, de journalistes présents sur le terrain et de canaux officiels capables de fournir une information crédible et vérifiée.

L’État, de son côté, a la responsabilité de mettre en place des politiques publiques adaptées pour lutter efficacement contre la désinformation, y compris par la coopération régionale et internationale lorsque celle-ci provient de l’étranger. La désinformation est devenue une véritable menace globale, capable de déstabiliser un pays, d’exacerber les tensions sociales et de fragiliser le vivre-ensemble. La liberté d’expression demeure un pilier fondamental de toute société démocratique. Mais, elle ne saurait être confondue avec un droit de mentir, de manipuler ou de nuire. Une démocratie saine repose sur des débats contradictoires fondés sur des faits, des analyses sérieuses et un usage responsable de la parole publique. La Guinée a besoin d’un espace public structuré par la raison et l’éthique, non par l’improvisation, la manipulation et la haine.

L’avenir de notre cohésion nationale dépend en grande partie de la qualité de l’information que nous choisissons de consommer et de partager. Face aux dérives observées sur les réseaux sociaux, la vigilance citoyenne, le sens de la responsabilité et la primauté de l’intérêt général doivent l’emporter sur la recherche du buzz et de la polémique facile.

Préserver la Guinée, c’est aussi refuser de faire de la rumeur un projet politique et du mensonge un modèle économique.

Dr. Ibrahima CHERIF

L’article Le rôle néfaste de certains blogueurs dans la propagation des rumeurs en Guinée (Par Dr Ibrahima Chérif) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.

Lire l'article en entier