La Guinée se modernise : des enjeux croissants pour la Protection civile (Par Mohamed Kouyaté)

il y a 2 heures 11
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Dans tous les pays, il arrive des moments où les institutions doivent évoluer pour répondre aux défis d’une époque nouvelle. La protection civile guinéenne se trouve aujourd’hui précisément à ce carrefour.

La Guinée change. Nos villes s’étendent rapidement. Les marchés se densifient. Les activités industrielles se développent. Les infrastructures économiques prennent de l’ampleur. Avec ces transformations apparaissent aussi de nouveaux risques : incendies urbains, accidents industriels, catastrophes liées aux infrastructures ou aux installations énergétiques.

Face à cette réalité, moderniser notre système de protection civile n’est plus seulement souhaitable. C’est devenu une nécessité nationale.

Dans cette dynamique de transformation, il faut reconnaître un acte politique majeur. Sous l’impulsion du Président de la République, Monsieur Mamadi DOUMBOUYA, les sapeurs-pompiers guinéens ont récemment bénéficié d’un investissement historique : l’acquisition d’une centaine d’engins roulants modernes, flambant neufs.

Cet effort mérite d’être salué à sa juste valeur. En effet, depuis la création du service des sapeurs-pompiers en Guinée par l’administration coloniale en 1954, notre pays n’avait jamais connu un programme d’équipement d’une telle ampleur.

Au-delà de l’image forte que renvoient ces nouveaux camions d’intervention, ce geste traduit surtout une volonté politique claire : celle de mieux protéger les populations guinéennes.

Car chacun le sait : lorsque le feu se déclare dans un marché, dans un quartier populaire ou dans un dépôt industriel, chaque minute compte.

Cependant, moderniser les équipements ne suffit pas à lui seul à transformer un système. Conduire une véritable réforme institutionnelle signifie aller plus loin : il faut créer tout l’environnement qui permettra à ces investissements de produire leurs effets sur le long terme.

Autrement dit, la vraie réforme commence maintenant.

 

Passer d’une logique d’urgence à une culture de prévention

Dans les pays où les systèmes de protection civile sont les plus performants, l’intervention des pompiers n’est en réalité que la dernière ligne de défense.

La première ligne, c’est la prévention.

Prévenir signifie identifier les risques avant qu’ils ne se transforment en catastrophe. Cela suppose des normes de sécurité, des contrôles, des formations, et surtout une véritable culture de la gestion des risques.

C’est pourquoi la Guinée gagnerait à se doter progressivement d’un référentiel national de sécurité incendie et de gestion des risques, clair, moderne et opposable à tous.

Un tel cadre réglementaire permettrait notamment de préciser :

les obligations de sécurité dans les établissements recevant du public ;
les normes applicables aux installations électriques et aux constructions ;
les règles de prévention dans les marchés, les zones commerciales et les installations industrielles ;
les mécanismes de contrôle et de sanction.

Au-delà de la sécurité, cette réglementation créerait aussi un véritable écosystème national de prévention, mobilisant les acteurs publics et privés.

 

Des camions modernes… mais des infrastructures indispensables

Les nouveaux camions d’intervention représentent un progrès considérable pour nos services de secours.

Mais leur efficacité dépendra aussi d’un élément souvent invisible pour le grand public : les infrastructures de défense contre l’incendie.

Dans les grandes villes du monde, les pompiers disposent d’un réseau dense de bouches et poteaux d’incendie, reliés au réseau d’eau, qui leur permettent d’alimenter rapidement leurs équipements.

En Guinée, notamment dans plusieurs quartiers de Conakry et dans certaines villes de l’intérieur du pays, ces dispositifs restent encore insuffisants.

Il serait donc judicieux d’engager progressivement un programme national d’installation de bouches et poteaux d’incendie, en priorité dans :

les grands marchés ;
les centres commerciaux ;
les quartiers densément peuplés ;
les zones industrielles ;
les infrastructures stratégiques.

Une telle politique permettrait d’augmenter considérablement l’efficacité des nouveaux moyens d’intervention dont disposent désormais les pompiers guinéens.

 

Donner à la protection civile les moyens de son ambition

La modernisation d’une institution ne repose pas uniquement sur les équipements. Elle repose aussi sur la stabilité de ses ressources financières.

Aujourd’hui, comme dans beaucoup de pays, la protection civile dépend presque entièrement du budget national. Or les besoins sont considérables : formation, prévention, infrastructures, technologies, équipements, etc.

Il devient donc nécessaire d’explorer des mécanismes autonomes de mobilisation de ressources, capables de soutenir durablement les missions de la protection civile et à cet effet, plusieurs pistes peuvent être envisagées.

La première consiste à développer la délégation de service public (DSP) dans certains domaines de la prévention. Des opérateurs privés agréés pourraient intervenir dans les audits de sécurité incendie, les vérifications réglementaires, la maintenance des équipements ou la formation.

La deuxième piste serait la création d’un Fonds national de prévention et de gestion des risques, alimenté notamment par certaines contributions liées aux assurances ou aux activités présentant des risques spécifiques.

La troisième piste réside dans les partenariats public-privé, notamment avec les secteurs minier, industriel et énergétique qui disposent déjà d’importantes capacités techniques en matière de sécurité.

Enfin, la digitalisation de la gestion des risques permettrait de développer des systèmes modernes de cartographie des risques, d’alerte précoce et de coordination des interventions.

Une protection civile au cœur de la vision Simandou 2040

Cette réflexion sur la réforme de la protection civile s’inscrit pleinement dans la vision stratégique du programme Simandou 2040, qui repose sur cinq grands piliers de développement pour la Guinée.

1. La modernisation de l’agriculture et du commerce suppose la sécurisation des marchés et des infrastructures logistiques.
2. Le développement de l’éducation et du capital humain, notamment à travers la Simandou Academy, ouvre la voie à la formation d’experts guinéens dans les domaines de la gestion des risques et de la sécurité.
3. Les projets d’infrastructures et de transports, tels que le chemin de fer Transguinéen ou le port en eau profonde de Moribaya, nécessitent un système de protection civile capable de sécuriser ces équipements stratégiques.
4. La réforme de l’économie, des finances et de l’assurance ouvre quant à elle des perspectives pour développer des mécanismes innovants de financement de la prévention des risques.
5. Enfin, le pilier santé et bien-être rappelle une évidence : la sécurité des populations est l’une des premières conditions de la qualité de vie.

 

Derrière l’institution, des femmes et des hommes

Au cœur de cette réforme se trouvent les sapeurs-pompiers guinéens.

Chaque jour, ces femmes et ces hommes interviennent dans des situations où la vie humaine est en jeu. Ils pénètrent dans des bâtiments en flammes, secourent les victimes d’accidents et affrontent des dangers que la plupart d’entre nous ne rencontrent jamais.

La réforme de la protection civile doit donc aussi viser à améliorer leurs conditions de travail, leur formation, leurs équipements et leur protection sociale.

Car moderniser une institution, c’est aussi prendre soin de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.

 

Une opportunité historique

La Guinée dispose aujourd’hui d’une opportunité rare.

L’investissement exceptionnel consenti par les autorités nationales pour moderniser les équipements des sapeurs-pompiers ouvre la voie à une transformation plus profonde de notre système de sécurité civile.

La prochaine étape consiste à consolider cet acquis par une politique ambitieuse de prévention, de réglementation et de financement durable.

Cette dynamique de modernisation s’inscrit également dans l’action engagée par le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le Général Ahmed Mohamed Oury DIALLO, dont le leadership et l’engagement depuis sa prise de fonction témoignent d’une volonté claire de renforcer qualitativement les capacités de la protection civile guinéenne.

Sous son impulsion, plusieurs initiatives et orientations stratégiques visent à structurer progressivement un système de sécurité civile plus efficace, mieux organisé et davantage tourné vers la prévention des risques. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la vision portée par le Président de la République, Monsieur Mamadi DOUMBOUYA, qui place la protection des populations et la modernisation des institutions de sécurité au cœur des priorités nationales.

Dans ce contexte, les investissements récents en équipements, conjugués aux réflexions en cours sur la prévention, la réglementation et la modernisation des capacités opérationnelles, ouvrent une perspective nouvelle pour l’avenir de la protection civile guinéenne.

Ils créent les conditions d’une transformation progressive de l’institution, afin qu’elle puisse répondre efficacement aux défis d’un pays en pleine mutation économique et sociale.

 

Mohamed KOUYATÉ
Expert en sécurité incendie
Spécialiste en changements institutionnels, risques et vulnérabilité sociale.

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