Dossiers mines 2025 : Des défis relevés, des réformes qui interrogent et des ambitions confirmées

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L’année 2025 restera une étape décisive dans l’histoire minière de la Guinée. Entre l’entrée en production du projet Simandou, les réformes structurelles du cadastre minier entamées, l’émergence d’opérateurs nationaux, la digitalisation récemment annoncée de la gestion des permis et les ambitions industrielles dans la bauxite et l’or, le paysage minier guinéen s’est profondément touché. Retour sur une année riche en événements et en enjeux.

Simandou, du rêve à la réalité

Le 11 novembre 2025, la Guinée a vécu une journée historique avec le lancement officiel de l’exploitation du gisement de fer de Simandou, considéré comme l’un des plus grands gisements de minerai de fer au monde, après plusieurs décennies d’attente. Ce, quelques semaines après avoir réceptionné début octobre 2025 les quatre premières locomotives pour le train multi-usages au compte du transguinéen. Pendant que les travaux de la ligne principale et des bretelles du chemin de fer ont été réalisés par China Railway Group. Le port de Moribaya étant confié à China Harbour Engineering Company.

La cérémonie s’est tenue au port minéralier de Moribaya, en présence du Président Mamadi Doumbouya, de chefs d’Etat africains et des représentants internationaux.

A l’occasion, Djiba Diakité, ministre Directeur de Cabinet de la Présidence de la République et président du Comité Stratégique de Simandou, a déclaré que «simandou doit être pour nous ce que le pétrole a été pour les pays du Golfe. »

Pour rappel, ce projet, estimé à 20 milliards de dollars, s’appuie sur un chemin de fer transguinéen de 650 km à double voie reliant les zones d’extraction au port atlantique, capable de transporter minerai, marchandises et passagers.

Selon les projections officielles, Simandou pourrait atteindre une production annuelle de 120 millions de tonnes de minerai de fer à l’horizon 2027, un volume qui ferait du site un acteur majeur du marché mondial du fer.

Bauxite, une première exportation sous bannière guinéenne

En novembre 2025, la Guinée a enregistré un autre fait marquant. Le premier chargement de bauxite exporté par une société minière 100 % guinéenne, Nimba Mining Company S.A. (NMC), basée à Kamsar. «Aujourd’hui, la Guinée n’exporte plus seulement ses minerais, elle en est propriétaire à 100 %», déclare à l’occasion, Djiba Diakité, ministre Directeur de Cabinet, lors du chargement historique de 200 000 tonnes de bauxite.

Un peu plus tard, le 13 décembre 2025, la société bauxitique nationale réceptionne son tout premier train minéralier au port minéralier de Kamsar.

Créée seulement en août 2025 par décret présidentiel, cette concession de 25 ans confère à NMC un rôle majeur dans la transformation et la commercialisation de la bauxite, symbole d’une volonté nationale d’intégrer davantage de valeur ajoutée au secteur.

Réformes du cadastre, assainissement du secteur minier et digitalisation

Les autorités guinéennes ont poursuivi cette année une politique d’assainissement du cadastre minier, retirant plusieurs dizaines de permis à des sociétés jugées inactives ou non conformes au code minier. Les données officielles font état de plus de cent permis annulés, touchant divers segments (bauxite, or, diamant).

Cette mesure, bien qu’elle crée des remous dans certains milieux d’affaires, s’inscrit dans une logique de nouvelle vision de mise en valeur des ressources nationales.

Dans la même lancée, le 20 décembre dernier, le gouvernement a procédé au lancement officiel de la plateforme digitale «Damanda », destinée à moderniser la gestion des titres et permis miniers. La cérémonie s’est déroulée à Conakry, en présence du ministre directeur de cabinet, Djiba Diakité, des membres du gouvernement et des partenaires techniques et financiers. Une plateforme qui vise, entre autres à, améliorer la transparence des attributions de permis, faciliter les démarches administratives pour les opérateurs, et renforcer la traçabilité et la sécurité juridique des titres. Un pas majeur vers la gouvernance digitale du secteur minier, conforme aux standards internationaux, assurent les autorités.

Ambitions industrielles et perspectives

Au-delà de l’extraction, la Guinée entend transformer localement ses minerais désormais, notamment avec des projets d’usines d’alumine et de transformation de fer, afin de réduire l’exportation de matières premières brutes et créer des emplois industriels. Le ministre des Mines a confirmé que des accords et études de faisabilité sont en cours pour implanter ces complexes industriels dans les prochaines années. Dans une de ses déclarations récentes, le ministre Bouna Sylla a précisé que la Guinée ambitionne d’installer cinq à six raffineries d’alumine d’ici 2030, consolidant sa position de leader mondial de la bauxite tout en diversifiant son économie minière.

Ainsi, le 26 mars 2025, la Guinée a lancé officiellement les travaux de la raffinerie d’alumine du groupe chinois State Power Investment Corporation (SPIC), à Tougnifilidy (préfecture de Boffa). Le projet, estimé à 1,03 milliard de dollars, vise une capacité de 1,2 million de tonnes d’alumine par an et s’inscrit dans la politique de transformation locale portée par les autorités.

Lors de la cérémonie officielle présidée par le Premier ministre Amadou Oury Bah, le ministre du Budget, Facinet Sylla, a salué cette initiative comme une « étape décisive vers l’industrialisation durable de notre secteur minier », en écho à l’appel du président Doumbouya à valoriser les ressources nationales sur place.

De son côté, Djiba Diakité, président du Comité stratégique de Simandou, a martelé dans la foulée que « la construction de cette raffinerie n’est pas seulement un projet industriel, c’est la concrétisation d’une vision nationale; transformer nos ressources ici, pour nos industries et nos emplois. »

L’ancien Ambassadeur de Chine en Guinée, Huang Wei, a quant à lui indiqué que le projet devrait produire « une des usines d’aluminium les plus modernes d’Afrique, avec des retombées sociales et économiques considérables ».

En marge de ce projet, les autorités guinéennes ont présenté une feuille de route ambitieuse. Construire cinq à six raffineries d’alumine avant 2030 pour maximiser la transformation locale du minerai et renforcer l’industrie nationale. Une orientation qui s’inscrit dans la stratégie nationale de création de valeur ajoutée, d’emplois qualifiés et de développement industriel tout en réduisant la dépendance aux matières premières brutes.

Litiges industriel, contentieux aurifères

Les décisions prises dans l’administration n’ont pas été toujours favorablement accueillies par les investisseurs. Parmi les sociétés dont les permis ont été retirés par le gouvernement, Guinea Alumina Corporation (GAC), filiale d’Emirates Global Aluminium (EGA) a vigoureusement réagi à la révocation de sa convention. Ce qui n’a pas empêché les autorités de transférer les droits de GAC à la société d’Etat Nimba Mining Compagny (NMC), suscitant des oppositions soutenues de la part de l’ancien détenteur du permis, même si la presse étrangères fait état de négociations en vue d’une possible entente autour des approvisionnements en bauxite d’EGA.

De son côté, la société Axis International Ltd, basée aux Emirats arabes unis, aurait aussi déposé une réclamation d’arbitrage de près de 29 milliards de dollars contre l’Etat guinéen devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), suite à la révocation de sa concession à Boffa.
«Notre projet a été une mine pleinement opérationnelle contribuant matériellement à l’économie de la Guinée. La révocation sans dialogue est injustifiée», a déclaré Pankaj Oswal, fondateur d’Axis International, dans le cadre de cette procédure.

Selon l’entreprise, cette mine produisait 18 millions de tonnes de bauxite en 2024 et représentait un pilier de la chaîne d’approvisionnement dans la région de Boké.

D’autres compagnies, comme Nomad Bauxite Corporation ou Nimba Investment LLC, ont également initié des démarches similaires, illustrant la contradiction entre les ambitions des parties et les obligations contractuelles.

Le secteur de l’or à son tour n’a pas été un long fleuve tranquille en 2025. Des remous autour des réserves d’or de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), avec des quantités substantielles de métal précieux déclarées manquantes, ont suscité des interrogations sur la gouvernance et la traçabilité des exportations de l’or. Et des observateurs nationaux et internationaux soulignent que ces crises de confiance dans la gestion des ressources précieuses imposent une modernisation urgente des mécanismes de certification et de sécurisation des exportations d’or.

Un survol de l’actualité minière certes non exhaustif, mais suffisamment illustratif du fait que de Simandou à Kamsar, en passant par l’assainissement du cadastre et la digitalisation du secteur, le pays a posé des jalons forts pour sa vision minière transformatrice et intégrée. Mais les défis restent encore nombreux. Notamment en matière d’infrastructures, de financement des projets de transformation et de résolution des litiges liés aux permis. Même si, à écouter les autorités actuelles, la trajectoire est claire. La Guinée veut être maîtresse de ses richesses et en tirer le maximum de bénéfices pour son développement.

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