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Dans tous les villages de Guinée, il y a un puits.
Pas au centre.
Un peu à l’écart.
On ne le montre pas.
On y va.
Le matin, quelqu’un s’approche.
La corde est là. Le bois usé. Le silence autour.
On ne parle pas.
On prend le seau.
On le laisse descendre.
— — —
Il y a un moment que peu de gens remarquent.
Le moment où le seau disparaît.
Plus rien n’est visible.
Ni le fond.
Ni la distance.
Même la corde devient incertaine dans la main.
On tient.
Sans preuve.
On ne sait pas si l’eau est là aujourd’hui.
On ne sait pas si la profondeur est suffisante.
On ne sait pas si ce geste répété des dizaines de fois donnera encore quelque chose.
Mais on ne remonte pas.
On descend.
— — —
Puis — presque rien.
Un son.
Pas clair. Pas spectaculaire.
Un contact dans l’obscurité.
L’eau.
On ne la voit pas.
On ne la confirme pas.
On la reconnaît.
Alors on s’arrête.
On laisse le seau se remplir sans regarder.
On attend.
— — —
La surface, elle, ne voit rien de cela.
Elle voit le seau remonter.
Elle voit l’eau.
Elle conclut.
Elle ne voit pas :
le moment où il fallait continuer sans savoir,
le point exact où abandonner aurait été plus confortable,
l’instant où tout reposait sur une confiance silencieuse.
— — —
Il y a des jours où la surface est sèche.
Des jours où rien ne répond.
Des jours où ce qui était prévu ne se produit pas.
On marche vers quelqu’un — il n’est pas là.
On aurait pu attendre. On ne le fait pas.
On revient.
On pourrait frapper à une autre porte.
On ne le fait pas.
On regarde ce qui est là.
Quelques grains.
Un peu de sel.
Un peu d’huile.
Rien qui annonce une solution.
— — —
Et pourtant.
Plus tôt dans la journée, quelque chose avait été posé sans importance apparente.
De l’eau.
Un peu de sel.
Le soleil.
Rien de spectaculaire.
Rien à montrer.
— — —
Puis, sans transition visible, quelque chose se réajuste.
Le corps répond.
L’esprit se calme.
L’énergie revient sans effort.
Comme si, à un moment précis que personne n’a vu,
le seau avait touché l’eau.
— — —
Le puits n’explique pas ce qui se passe.
Il ne commente pas la profondeur.
Il ne mesure pas le manque.
Il ne dramatise pas la sécheresse.
Il descend.
— — —
Il y a des hommes qui lâchent la corde.
Pas parce que l’eau n’existe pas.
Parce qu’ils ont besoin de voir pour continuer.
Parce que le silence en bas dure trop longtemps.
Parce que rien ne confirme immédiatement qu’ils ont raison.
Alors ils remontent.
Et disent qu’il n’y avait rien.
— — —
Mais le puits ne fonctionne pas à la preuve.
Il fonctionne à la continuité.
— — —
Dans nos villages, celui qui creuse un puits ne le fait pas pour être vu.
Il creuse souvent seul.
Sans certitude.
Sans résultat immédiat.
Il creuse pour une soif qui n’est pas encore là.
Pour des mains qu’il ne connaît pas.
Pour des matins qu’il ne verra peut-être pas.
C’est le seul calcul que le puits connaît.
— — —
Ce soir, rien n’a changé en surface.
Un déplacement sans rencontre.
Un retour sans annonce.
Un repas simple.
Rien qui mérite d’être raconté.
— — —
Et pourtant.
Rien n’a manqué.
— — —
Le puits ne cherche pas l’eau.
Il descend jusqu’à elle.
Boubacar Diallo
Ambassadeur Honoraire Nouveaux Horizons — AfricaRegional Services, Département d’État des États-Unis
Mars 2026
L’article Le Puits, ce que la profondeur sait que la surface ignore (Par Boubacar Diallo) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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