Conflit domanial : 21 ans après, les héritiers d’Elhadj Mamadi Kébé toujours devant les tribunaux

il y a 2 heures 13
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Vingt et un ans après la mort de l’homme d’affaires guinéen Elhadj Mamadi Kébé, dit Petit Kébé, un conflit domanial oppose encore ses héritiers. Le litige concerne la gestion et la propriété d’un important patrimoine immobilier réparti entre la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Liberia.

Face aux revendications de copropriété de son frère aîné, Elhadj Daye Kébé, certains enfants, dont Sérrah Kébé épouse Fontaine et son frère, ont décidé de rompre le silence. Depuis le décès de leur père en mars 2005, ils mènent une longue bataille judiciaire pour préserver l’héritage familial, aujourd’hui en grande partie en état de délabrement, selon Sérrah Kébé.

Dans cette affaire complexe, mêlant succession, gestion des biens, procédures judiciaires et accusations de pressions, Madame Fontaine dénonce ce qu’elle considère comme une spoliation d’un patrimoine bâti sans aide familiale.

«Mon père Mamadi Kébé était un grand homme d’affaires, vraiment un homme d’affaires, un précurseur, un visionnaire. Quelqu’un de très ambitieux et qui avait vraiment, sur le plan de l’intelligence et de la capacité, les moyens de son ambition. Il a commencé à travailler en Côte d’Ivoire et il a pu réunir, lui et sa femme Mariam Ndao, ils ont travaillé d’arrache-pied et, entre 1952 et 1959, ils ont pu vraiment bâtir une fortune, sans l’intervention d’aucun membre de sa famille.»

Un vaste patrimoine au cœur du litige

Elle énumère les biens concernés :

«Un immeuble R+3 sur l’avenue de la République, là où se trouve le restaurant La City ; le site de l’ancien cinéma de Coléah de plus de 7 000 m² ; un grand terrain bâti à Bonfi où il y avait une usine de carreaux ; le cinéma Rio de Kankan ; une dizaine de terrains à Dubréka ; des biens en Côte d’Ivoire et un domaine entre 5 000 et 7 000 m² au Liberia.»

Une revendication de copropriété depuis 2005

Selon Madame Fontaine, le conflit a commencé après le décès de leur père : «Depuis le décès de papa, il y a eu un litige. Son grand frère a revendiqué la propriété, affirmant qu’il était le fondateur de tout ce patrimoine. Il en réclamait donc la copropriété, disant que lui et papa avaient créé ces biens.»

Malgré la confirmation notariale de la propriété exclusive du défunt, un accord familial est trouvé mais rapidement remis en cause.

«Papa est décédé le 12 mars 2005. Un mois, un mois et demi après, il y a eu un soi-disant conseil de famille. Il nous a annoncé qu’il était cofondateur. Par respect, nous n’avons pas contesté. Nous avons décidé de partager les revenus en deux parts égales entre les deux familles. Même lorsque, grâce à un notaire, nous avons su que ces biens appartenaient effectivement à notre père, nous avons maintenu ce partage. Mais ils ne l’ont jamais respecté. Jusqu’à aujourd’hui, c’est le problème que nous avons.»

Face à l’absence de reddition de comptes et à la marginalisation des ayants droit, la famille a engagé des poursuites judiciaires.

«La justice a commencé à peu près vers la fin 2008 et les premières actions se sont vraiment produites en début 2009. Nous avons été obligés d’aller en justice parce qu’ils ne rendaient aucun compte. Les veuves ne percevaient rien. Ils disaient qu’ils n’avaient de comptes à rendre à personne. Nous voulions régler cela en famille, mais cela n’a pas fonctionné.»

Elle revient sur les différentes étapes de la procédure judiciaire, du Tribunal de première instance (TPI) de Mafanco à la Cour suprême, affirmant que chaque fois que le droit a été respecté, la justice leur a donné raison, avant, selon elle, d’être entravée par des pressions extérieures.

Des divisions profondes dans la fratrie

Dans une fratrie de onze enfants, les positions sont aujourd’hui opposées :

«Deux gestionnaires donnent 1 000 dollars par mois à ceux qui sont de leur côté. Ceux qui dénoncent ne perçoivent rien. Nous ne sommes que deux à dénoncer cette situation.»

Un combat pour l’honneur et la mémoire

Pour Serrah Kébé, ce combat va au-delà de la question financière : «Il faut que le nom Elhadj Mamadi Kébé revienne. Aujourd’hui, quand on dit Mamadi Kébé, les jeunes ne le connaissent pas. Ce n’est pas seulement une question financière. C’est d’abord une question d’honneur pour cette famille. Je vous jure que si vous voyez les immeubles, que ce soit celui-là, celui de Coléah, ou celui d’Abidjan, c’est incroyable. Il faut redorer le blason de la famille. Même la mosquée Kebeya, vous voyez dans quel état elle est ? Il faut la nettoyer, la réhabiliter. Si papa avait été là, ce ne serait pas comme ça. Cette mosquée doit être flambant neuve. Il faut faire produire les biens qu’il y a. Il y a suffisamment d’argent. Une partie de cet argent ira pour la réhabilitation de la mosquée. Mais tout est en train de tomber en lambeaux. On doit le faire, rien que ça. L’aspect financier viendra après.»

Malgré les violences à répétition qu’elle dit subir, Madame Fontaine réaffirme sa position : « la justice doit seulement dire le droit. Sur la base des documents, des titres de propriété et des faits. À chaque fois que le droit a été dit, nous avons eu raison. C’est tout ce que nous demandons.»

Joint par notre rédaction, Alpha Kébé, l’un des fils de feu Mamadi Kébé, apporte une lecture différente. Il rejette catégoriquement les accusations portées par sa sœur Serrah Kébé et soutient que la gestion actuelle de la succession repose sur un large consensus familial et sur des bases juridiques.

«Il y a 23 personnes dans ça dont elle et son frère, convaincre qu’elle ne veut pas de la gestion de ses deux frères de la mettre à l’administration. Elle était en Afrique du Sud eux ils sont là. Elle a quitté ici depuis 2011 donc aujourd’hui tu vas venir dire il faut les enlever et me mettre (administrateur). Enlever qui ? Ton frère de même lait et mettre le petit frère ? Si elle vient nous dire qu’elle est intéressée, on est même pas obligé de passer par là. Nous pour être administrateurs, les gens nous ont donné leur procuration, ils ont signé pour dire : on veut que ces deux messieurs nous représentent dans la succession de notre feu père Mamadi Kébé, tout le monde a signé », informe-t-il.

Il souligne qu’aucun héritier ne saurait s’arroger un droit supérieur aux autres : «Donc je ne vois pas pourquoi on va continuer à faire des débats autour de ça alors qu’elle nous a amené à la justice. Qu’elle prouve à la justice que nous sommes des malhonnêtes, qu’on gère mal. Si la justice prouve ça, on aura des pénalités. Tant qu’il n’y a pas de preuve, comment je vais m’asseoir à faire un débat avec elle ? C’est lui donner plus d’importance. Je suis désolé, elle est héritière au même titre que tout le monde.»

Mayi CISSÉ

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