Terres rares : l’Afrique, nouveau front de la guerre des métaux critiques (Par Oumar Kateb Yacine)

il y a 3 heures 16
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Alors que Pékin durcit ses restrictions à l’exportation, le continent africain voit fleurir les projets miniers. Entre opportunité industrielle et risque écologique, l’Afrique tente de se frayer un chemin dans une chaîne de valeur dominée par la Chine.
L’heure est à la diversification. Tandis que la Chine, maîtresse incontestée du marché mondial, resserre depuis le début de l’année 2026 l’étau sur ses exportations de terres rares, l’Afrique s’impose comme le nouveau pivot stratégique des chancelleries occidentales. Selon les projections de Fitch Solutions et de Benchmark Minerals, la part du continent dans la production mondiale pourrait bondir de 7 % à 10 % d’ici la prochaine décennie. Un basculement qui promet de transformer une richesse souterraine longtemps négligée en un levier de souveraineté, mais qui ravive également le spectre d’une dépendance renouvelée et de dommages environnementaux irréversibles.
Un basculement opérationnel dès 2026
Si l’Afrique ne détient que 2 % à 3 % des réserves prouvées mondiales selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), la réalité du terrain est bien plus prometteuse. Les ressources avancées, disséminées dans une douzaine de pays, dépassent les 10 millions de tonnes. L’année 2026 s’annonce, à cet égard, comme une année charnière avec l’entrée en production de plusieurs projets d’envergure.
Au Malawi, le gisement de Kangankunde, porté par Lindian Resources, ambitionne de produire dès le premier trimestre plus de 8 000 tonnes d’oxydes par an. En Angola, le projet Longonjo, bénéficiant du soutien financier de la DFC américaine, prévoit de livrer ses premiers carbonates de terres rares au deuxième semestre. À Madagascar, le projet Vara Mada (ex-Toliara) affiche des ambitions colossales : une durée de vie de mine de près de quarante ans et des revenus annuels projetés à un demi-milliard de dollars. Ces sites, complétés par ceux de Ngualla en Tanzanie ou de Makuutu en Ouganda, dessinent une nouvelle géographie de l’extraction, largement financée par des capitaux australiens, canadiens et britanniques.
Le piège de l’exportation brute
Pour les États africains, l’enjeu dépasse la simple extraction. Le défi réside dans la remontée de la chaîne de valeur. Jusqu’à présent, le continent se cantonne à l’exportation de concentrés bruts, laissant la phase de raffinage — la plus lucrative mais aussi la plus polluante — à des acteurs extérieurs. Face au monopole chinois (90 % du raffinage mondial), l’Union européenne, via son Critical Raw Materials Act , et les États-Unis multiplient les partenariats stratégiques.
Ces alliances reposent désormais sur une exigence de traçabilité et le respect des normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Une manière pour l’Occident de se démarquer des investissements chinois, souvent perçus comme moins contraignants, tout en sécurisant l’approvisionnement nécessaire aux technologies vertes et numériques de demain.
Le paradoxe de la mine propre
Mais cette course aux métaux critiques ne va pas sans heurts. L’extraction des terres rares est une industrie de l’extrême : pollution des sols, gestion des rejets radioactifs (thorium et uranium) et stress hydrique compétent parmi les chagrins récurrents des communautés locales. De Madagascar au Malawi, l’opposition s’organise face aux risques de déplacements de populations et de dégradation de la biodiversité.
La question est désormais de savoir si l’Afrique saura éviter les erreurs des cycles miniers passés. Une exploitation responsable exige non seulement des études d’impact rigoureuses, mais surtout une volonté politique d’imposer les normes internationales (OCDE, IRMA) aux investisseurs pressés par l’urgence géopolitique.
À l’horizon 2030, le continent africain se trouve à la croisée des chemins. S’il parvient à maîtriser la transformation locale de ses minéraux tout en garantissant une durabilité environnementale, il cessera d’être un simple réservoir pour devenir un acteur influent du nouvel ordre mondial. Dans le cas contraire, les terres rares ne feront qu’ajouter un nouveau chapitre à la longue histoire des dépendances extractives.
Oumar Kateb Yacine est analyste-consultant en géopolitique
Son contact: [email protected]

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