Souapiti : huit ans après, les déplacés de Kondon Boffou (Télimélé) crient toujours leur détresse

il y a 2 heures 13
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Huit ans après leur déplacement consécutif à la construction du barrage hydroélectrique de Souapiti, les habitants de la cité de Kondon Boffou, dans la sous-préfecture de Sinta, à 35 km du chef-lieu de la préfecture de Télimélé, peinent toujours à accéder aux services sociaux de base. Entre isolement, manque d’infrastructures et précarité grandissante, sages, jeunes et femmes interpellent les autorités sur l’urgence d’agir. Le constat est sans appel : les populations relocalisées vivent dans des conditions qu’elles jugent en total décalage avec les promesses faites lors de leur déplacement, rapporte Guineematin.com à travers son envoyé spécial.

Boubacar Bah, porte-parole des sages de Kondon Boffou, interrogé par notre reporter, n’a pas caché son amertume. Selon lui, les inquiétudes remontent à bien avant la réalisation du barrage.

Boubacar Bah, porte-parole des sages de Kondon Boffou

« Nos ancêtres nous avaient déjà prévenus que ce projet allait entraîner notre déplacement. À l’époque, les autorités nous rassuraient en promettant des lendemains meilleurs. Mais jusqu’à aujourd’hui, ces promesses tardent à se concrétiser », déplore-t-il.

Évoquant leur quotidien, il explique que les principales activités économiques (agriculture, élevage et commerce) sont aujourd’hui fortement impactées. « Nous avions un grand marché connu de toute la Guinée, hérité de nos parents. Il a été déplacé sur l’axe de Télimélé- Kindia avec la promesse d’une route facilitant les échanges commerciaux. Mais rien n’a été fait, même pas une route praticable », regrette-t-il.

À cela s’ajoute l’absence d’électricité, pourtant annoncée comme l’un des principaux avantages du projet. « Nous sommes enclavés. Les véhicules n’accèdent plus facilement à la cité où nous sommes. Nous vivons dans une chaleur extrême, sans courant, sans eau et sans infrastructures de base. Nous demandons simplement au gouvernement de nous venir en aide », lance-t-il, tout en réaffirmant son attachement aux décisions des autorités.

Représentant de cette frange de la population, Alpha Oumar Diallo décrit une situation sociale préoccupante.

Alpha Oumar Diallo, porte parole des jeunes de Kondon Boffou

« Les difficultés sont énormes. Depuis notre installation ici, nous n’avons jamais connu la tranquillité. L’aide alimentaire reçue reste insuffisante pour des familles nombreuses. Imaginez une famille de 12 personnes avec seulement un ou deux sacs de riz par an ».

Le porte-parole de la jeunesse de Kondon Boffou pointe également le manque criard de terres cultivables, aggravant les risques de famine. « Certains déplacés n’ont même pas été correctement réinstallés. Le stress a déjà coûté la vie à plusieurs personnes », affirme M. Diallo.

Face à cette situation, il appelle à une assistance urgente en nourriture, médicaments et infrastructures. « Les jeunes n’ont ni espace de loisirs ni terrain de football, encore moins une maison de jeunes. Nous ne disposons que d’un seul poste de santé pour toute la population. Nous demandons aux institutions, à l’Union Européenne et autres de nous aider », a-t-il lancé.

Les femmes, quant à elles, paient un lourd tribut de cette précarité. Présidente des femmes de la cité, Salamata Bah évoque un quotidien difficile marqué par l’absence d’infrastructures essentielles.

Salamata Bah, présidente des femmes de Kondon Boffou

« Nous avons été déplacées et aujourd’hui nous manquons de tout : pas de marché, pas d’eau potable. Certaines familles vivent sans soutien, avec des enfants à scolariser sans moyens », explique-t-elle.

Anciennes commerçantes, plusieurs femmes ont perdu leurs activités génératrices de revenus. « Nous dépensons énormément pour nous déplacer. Un trajet en taxi-moto vers Kambanya centre coûte 15 000 francs guinéens par personne. C’est très difficile à supporter », souligne-t-elle, appelant les autorités à se pencher sur leur situation.

Même constat du côté de Mme Oumou Hawa Diallo, restauratrice à la cité de Kondon Boffou. Elle confie avoir perdu son activité faute d’infrastructures adaptées.

Oumou Hawa Diallo, restauratrice à Kondon Boffou

« Avant, je préparais et vendais régulièrement. Ici, il n’y a ni hangar ni espace de vente. J’ai consommé tout mon capital, faute de revenus », a déclaré Madame Diallo.

Veuve et sans ressources stables, elle insiste sur la nécessité de créer un environnement propice aux activités économiques. « Sans eau, sans route et sans clients, il est impossible de relancer nos activités. Nous voulons travailler, mais les conditions ne sont pas réunies », conclut-elle avec regret.

Face à cette accumulation de difficultés, les populations de Kondon Boffou appellent à une intervention urgente des autorités et des partenaires, afin de redonner espoir à ces citoyens qui se sentent aujourd’hui laissés pour compte.

De retour de Sinta, Amadou Baïlo Batouala Diallo, envoyé spécial pour Guineematin.com

Tél. : (00224 628 51 67 96)

The post Souapiti : huit ans après, les déplacés de Kondon Boffou (Télimélé) crient toujours leur détresse first appeared on Guineematin.com.

Lire l'article en entier