Siguiri : MSF aux côtés des autorités pour contenir la diphtérie

il y a 2 heures 12
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« C’est ma fille qui est tombée malade la première, à Mandiana, où je travaille dans une mine d’orpaillage. Pendant plusieurs jours, elle avait une violente fièvre. À Mandiana, il nous a d’abord été dit qu’il s’agissait du paludisme et d’une bronchite. Nous fûmes évacués vers l’hôpital régional. Malheureusement, ma fille est décédée là-bas. Comme son jeune frère commençait aussi à avoir les mêmes symptômes, des proches m’ont conseillé de l’amener rapidement au centre de traitement des épidémies soutenu par MSF. Mon fils avait du mal à respirer et son cou était enflé. Au centre, on nous a expliqué que c’était la diphtérie. Il a été hospitalisé et soigné gratuitement. Aujourd’hui, il va beaucoup mieux. » raconte Hawa Fofana, mère d’un petit garçon de deux ans.

En Guinée, la diphtérie n’avait pas été signalée depuis plus de 30 ans. Pourtant, en 2023, les premiers cas réapparaissent dans le district frontalier de Siguiri, au nord-est du pays. Face à cette résurgence, MSF, en coordination avec le ministère de la Santé et de l’hygiène publique, a mis en place une réponse combinant prise en charge des patients, vaccination et sensibilisation communautaire.

Intervention d’envergure en cours à Siguiri

Cette recrudescence s’inscrit dans un contexte régional préoccupant : plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, comme le Niger, le Nigeria, le Mali, le Tchad et la Mauritanie signalent également des cas. La maladie circule particulièrement dans les zones transfrontalières, où les mouvements de population sont importants. Ces résurgences sont souvent liées à une couverture vaccinale insuffisante.

« La diphtérie est une infection bactérienne aiguë qui touche principalement les voies respiratoires et se transmet par les gouttelettes. Elle peut provoquer la formation d’une membrane épaisse dans la gorge, entraînant de graves difficultés respiratoires si la maladie n’est pas traitée rapidement », dit Nicoletta Bellio, responsable médicale du projet MSF à Siguiri.

À la date du 13 avril, MSF a pris en charge 249 patients au Centre de Traitement des Épidémies (CT-Epi) de Siguiri. Les patients présentant des complications respiratoires ou des signes d’atteinte neurologique ou cardiaque, comme des paralysies, difficultés à avaler et des troubles de la vision, reçoivent un traitement spécifique incluant l’antitoxine diphtérique (DAT), un médicament essentiel utilisé pour neutraliser la toxine de la maladie. « La diphtérie peut évoluer très vite. Sans antitoxine administrée à temps, les conséquences peuvent être dramatiques. Le patient peut décéder », explique Nicoletta BELLIO, responsable médicale du projet MSF à Siguiri.

L’antitoxine diphtérique (DAT), traitement le plus efficace contre la maladie et essentiel pour neutraliser la toxine, reste rare et couteux. Produite par un nombre limité de fabricants, elle nécessite des délais de production et de disponibilisation dans le pays allant jusqu’à six mois. MSF plaide pour que la Guinée soit aujourd’hui incluse parmi les pays priorisés dans la fourniture de DAT, afin de garantir un accès rapide et gratuit à ce traitement vital pour les patients. MSF appelle à une mobilisation urgente des partenaires humanitaires internationaux pour garantir un accès rapide et équitable à l’antitoxine diphtérique et aux vaccins.

« Ma sœur avait d’abord été hospitalisée pour la diphtérie et a guéri. Peu après, j’ai commencé à présenter les mêmes symptômes : maux de gorge, douleurs corporelles et fièvre. Au CT-Epi, le personnel m’a soigné avec attention, fournit des médicaments et de la nourriture. Il passe même nous voir la nuit. Aujourd’hui, je peux enfin rentrer chez moi et continuer mon traitement à domicile grâce aux médecins », explique Gnalén Konaté, femme au foyer.

La vaccination pour freiner la transmission

En parallèle de la prise en charge médicale, les équipes de MSF soutiennent le Programme Élargi de Vaccination (PEV) dans les activités de vaccination des enfants de six semaines à neuf ans dans les zones les plus touchées. À la date du 13 avril, MSF, en appui du district sanitaire, a vacciné 157 050 enfants. Une vingtaine d’équipes fixes et mobiles couvrent les quartiers de Siguiri et les localités environnantes, notamment dans les sous-préfectures de Doko, Kintigna et Kourémalé. D’autres villages plus éloignés sont aussi prévus. Au total, plus de 180 000 enfants devraient recevoir deux doses de vaccins d’ici fin mai. Certains enfants n’avaient malheureusement jamais été vaccinés contre la diphtérie, ce qui a favorisé la propagation rapide de la maladie.

« La diphtérie reste une maladie évitable par la vaccination. Cette vaccination est aussi essentielle pour prévenir les formes graves, interrompre la transmission et prévenir de nouvelles flambées de cas,” raconte Nicoletta Bellio.

Une réponse qui dépasse Siguiri : vigilance à Mandiana

De plus en plus de nouveaux cas arrivent de la préfecture voisine de Mandiana. MSF collabore avec l’Inspection Régionale de la Santé de Kankan et la Direction Préfectorale de la Santé de Siguiri pour analyser la situation et définir les meilleures stratégies de prévention. Objectif avoué : anticiper plutôt que subir.

Dans les communautés, la première ligne de défense

La réponse ne se limite pas à la prise en charge médicale et à la vaccination. Les équipes de promotion de la santé de MSF coordonnent des activités de sensibilisation dans les communautés.

Les agents de santé communautaires (ASC), les relais communautaires (RECOs), les chefs de centres et de postes de santé diffusent les messages de prévention et identifient rapidement les cas suspects. La sensibilisation vise une meilleure connaissance de la maladie qui permet une reconnaissance de celle-ci ainsi qu’une référence au centre de traitement dans les meilleurs délais. Des messages et spots de sensibilisation sont également diffusés sur les médias locaux.

Parallèlement, l’implication des tradithérapeutes est essentielle, car dans plusieurs localités, la population les consulte en premier recours. MSF organise des sessions de sensibilisation de ces derniers ainsi que des leadeurs communautaires pour les aider à reconnaître les signes d’alerte et orienter rapidement les patients vers les structures de santé.

Accès difficile aux vaccins

« L’accès aux vaccins et à l’antitoxine reste un défi à l’échelle mondiale, avec des délais d’approvisionnement pouvant atteindre plusieurs mois. Pour maintenir la prise en charge gratuite et renforcer la riposte dans ces zones transfrontalières, davantage de partenaires humanitaires doivent se mobiliser », explique Adélard Shyaka, coordinateur médical de MSF en Guinée.

La résurgence de la diphtérie en Afrique de l’Ouest rappelle que même les maladies presque oubliées peuvent réapparaître lorsque la couverture vaccinale diminue.

À Siguiri, la réponse continue d’évoluer : prise en charge des cas complexes au CT-Epi, vaccination élargie, formation du personnel, collaboration avec les autorités sanitaires et implication communautaire. Une stratégie adaptée et dynamique, pour contenir durablement la maladie.

Contact presse : [email protected] Tél. : +224 612 004 098

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