Si le bruit remplace le savoir, qui sauvera la République ? La course à la députation n’est pas un terrain d’essai

il y a 2 heures 18
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À l’approche des élections législatives et communales, un phénomène météorologique particulier traverse notre pays : la saison des vocations subites.

Hier encore, ils étaient experts en commentaires Facebook, analystes WhatsApp certifiés, stratèges de carrefour et ministres de la parole facile. Aujourd’hui, les voilà maires en devenir, députés autoproclamés, bâtisseurs de nation version story Instagram.

On ne sait pas exactement ce qui a déclenché cette épidémie de candidatures : une révélation divine en pleine connexion 4G ? Un rêve prémonitoire entre deux directs TikTok ? Ou simplement la conviction que gouverner, c’est parler fort et poster souvent ?

La politique semble devenue un filtre : il suffit de l’appliquer pour se croire compétent.

Être député, pourtant, ce n’est pas réciter des slogans. C’est comprendre des textes de loi, analyser des budgets, défendre des intérêts collectifs avec rigueur. C’est savoir distinguer une motion d’une émotion. Mais à entendre certains prétendants, l’Assemblée nationale ressemblerait bientôt à un plateau de débat permanent où l’éloquence remplace l’expertise.

Je me surprends parfois à me poser une question simple : que défendront-ils réellement ? Une vision structurée du développement local ? Une réforme fiscale cohérente ? Une stratégie pour l’emploi des jeunes ? Ou bien un statut, un titre, une photo officielle encadrée au salon familial ?

Le plus inquiétant n’est pas l’ambition — l’ambition est saine. Ce qui inquiète, c’est l’ambition sans préparation. La volonté de diriger sans s’être d’abord formé. L’empressement à parler au nom du peuple sans avoir appris à l’écouter.

Et pendant ce temps, un autre phénomène prospère : l’apologie numérique. Certains jeunes, au lieu d’investir dans leur formation, leurs compétences, leur insertion socio-professionnelle, ont choisi une carrière d’« influenceurs politiques bénévoles ». Leur journée commence par une notification et se termine par une insulte bien placée sous le post d’un contradicteur. Ils défendent avec ardeur des figures qui ont déjà montré leurs limites dans la gouvernance, comme si la loyauté aveugle était une stratégie de développement.

On dirait que le patriotisme s’est transformé en fans club. La critique devient trahison. La nuance devient faiblesse. Et l’insolence devient courage.

Pourtant, un pays ne se construit pas avec des hashtags, mais avec des compétences. Il ne se développe pas avec des réactions impulsives, mais avec des décisions réfléchies. Il ne progresse pas avec des applaudissements automatiques, mais avec des exigences citoyennes.

Le danger n’est pas que des jeunes veuillent s’engager. Au contraire, il faut des jeunes en politique. Mais des jeunes préparés. Des jeunes formés. Des jeunes conscients que représenter un peuple est un devoir, pas une mode.

Si nous ne faisons pas attention dans le choix de nos élus, si nous confondons popularité et capacité, visibilité et compétence, bruit et leadership, alors nous risquons d’élire des illusions… et de payer les conséquences en réalités. La démocratie n’est pas un concours de déclarations. C’est un exercice de responsabilité. Et l’avenir d’un pays mérite mieux qu’une tendance.

Chers candidats, l’ambition est légitime. L’amateurisme, lui, est dangereux.

À côté de ces vocations improvisées, un autre phénomène mérite réflexion : celui de la popularité héritée ou accidentelle. Certains se croient investis d’un capital politique éternel parce qu’ils ont occupé, autrefois, une portion de responsabilité — souvent obtenue grâce au soutien d’un mentor influent, d’un réseau ou d’une circonstance favorable. Ils confondent opportunité et compétence, visibilité et crédibilité.

Parce qu’ils ont eu leur heure sous les projecteurs, ils pensent que la lumière leur appartient à jamais. Or, la popularité est volatile ; la compétence, elle, se construit. La première dépend de l’émotion collective ; la seconde repose sur le travail et la constance.

Le véritable dilemme de notre démocratie se situe là : entre popularité et compétence, que choisissons-nous ?

Trop souvent, l’électeur vote par passion plutôt que par conviction. Il choisit un visage familier, un discours enflammé, une appartenance affective. Il vote selon des jugements de valeur, des affinités communautaires ou des élans émotionnels. La démagogie l’emporte alors sur la rigueur. Le slogan supplante le programme. La promesse remplace la preuve.

Dans ce contexte, ceux qui refusent la surenchère verbale et la flatterie facile partent avec un handicap. Personnellement, je pourrais nourrir l’ambition de me présenter. Mais je sais que mes chances seraient minces. Non pas par manque de volonté, mais parce que je refuse la démagogie.

Parce que je crois au travail méthodique, à la compétence acquise, à la préparation sérieuse. Parce que je préfère être utile sans mandat que populaire sans capacité.

Il ne s’agit pas de décourager la jeunesse. Au contraire. Il s’agit de l’inviter à se préparer avant de prétendre diriger. À se former avant de briguer. À comprendre avant de promettre.

Un pays ne se développe pas sur la base de la popularité, mais sur la base de la compétence. Il ne progresse pas grâce aux effets d’annonce, mais grâce aux décisions réfléchies. Il ne se transforme pas par des figures charismatiques seules, mais par des leaders capables.

Si nous persistons à élire par popularité et à découvrir l’incapacité par la réalité, nous continuerons à confondre démocratie et spectacle.

L’avenir mérite mieux que des ambitions improvisées.

Il mérite des élus compétents, responsables et préparés. Car gouverner n’est pas un privilège.

C’est une charge.

Adama Cherif CAMARA

Doctorant en Sciences Humaines Sociales

Consultant, Expert et Spécialiste en Genre et Développement

Consultant en EDI (Egalité – Diversité et Inclusion)

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