Saabêrè-Kakirima (Pita) : un village isolé du monde, suspendu à un pont en lianes vieux de plus d’un demi-siècle

il y a 2 heures 24
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Au cœur du Fouta profond, dans le secteur de Saabêrè, district de Yorgo Pellel, sous-préfecture de Ninguélandé, préfecture de Pita, se dresse un ouvrage aussi symbolique que précaire : un pont en lianes, encore appelé passerelle, jeté sur le fleuve Kakirima. Construit en 1958 par la communauté locale, à la frontière entre les préfectures de Pita et de Lélouma. Plus de six décennies après, il demeure l’unique moyen de franchissement entre ces deux zones administratives, au prix de risques permanents pour les populations, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters.

Suspendu au-dessus des eaux du Kakirima, le pont donne le vertige. Étroit, instable, vieillissant, il ne répond à aucune norme de sécurité. Pourtant, il est vital. Chaque jour, hommes, femmes, enfants et personnes âgées y passent, chargés de récoltes, de marchandises, de matériaux de construction. Même les moments les plus solennels de la vie communautaire funérailles, mariages, cérémonies traditionnelles dépendent de cette passerelle fragile, par laquelle transitent jusqu’aux corps des défunts.

À l’origine, l’ouvrage était entièrement fait de lianes, assemblées avec des instruments rudimentaires. Avec le temps et l’usure, la communauté a tenté de l’adapter. Les lianes ont été remplacées par des fils et câbles électriques, grâce à une mobilisation locale et surtout à l’appui d’un fils du terroir, le Commandant Pathé, quand celui-ci était encore en service, qui a facilité l’obtention de ces matériaux. Un effort communautaire salutaire, mais largement insuffisant face aux défis actuels.

Ce pont n’est pas un simple ouvrage villageois. Il constitue un axe stratégique de liaison entre deux préfectures, facilitant la mobilité des populations de Ninguélandé vers Lélouma et vice-versa. Malgré son importance capitale, il reste dans un état archaïque, dangereux aussi bien en saison sèche qu’en saison des pluies, lorsque le fleuve devient plus impétueux et la traversée encore plus périlleuse.

Conscientes du danger et de l’enjeu, les communautés riveraines du Kakirima lancent un appel pressant aux autorités : remplacer ce pont en lianes par un pont en dur, sécurisé et durable. Un tel ouvrage sauverait des vies, fluidifierait les échanges et renforcerait l’intégration économique et sociale entre les deux préfectures.

Le calvaire des populations de Saabêrè ne s’arrête pas au fleuve. Le secteur est enclavé de toutes parts, coincé entre le Kakirima et une chaîne de falaises. Cette vallée, pourtant potentiellement riche en agriculture et en élevage, reste isolée du reste du pays faute de routes.

Fait révélateur : il y a moins de deux ans, les habitants de Saabêrè ont vu un véhicule entrer pour la toute première fois dans leur village. Une scène historique, obtenue au prix d’un exploit presque irréel. Le véhicule est arrivé dans des conditions particulières difficiles sur une piste tracée à la main par les villageois eux-mêmes à l’aide d’outils rudimentaires : houes, dabas, pioches. Une route étroite, sinueuse, aménagée sur des pentes risquées sous des falaises redoutables, rendant l’accès au village extrêmement difficile, compliqué et dangereux.

Face à cette situation, Amadou Benté Diallo, chef du secteur de Saabêrè, porte la voix de toute une population oubliée.

Amadou Benté Diallo, chef du secteur de Saabêrè

« Nous sommes embarrassés. C’est ici que nous sommes nés, nos parents aussi. Nous pratiquons l’agriculture et l’élevage, et ça donne bien, mais nous sommes enclavés. Il n’y a pas de routes. La route que nous avons, c’est nous-mêmes qui l’avons construite avec nos mains, avec des houes et des dabas. Elle n’est pas praticable et elle est très dangereuse. Pour aller à Lélouma, il faut traverser le fleuve Kakirima sur un pont en lianes construit depuis 1958. Nous demandons à l’État, particulièrement au Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, de nous aider à avoir une route entre Ninguélandé et Saabêrè, et un pont en dur à la place de ce pont en lianes », a-t-il dit.

Le message des populations de Saabêrè est clair et sans détour : le désenclavement n’est plus une option, mais une urgence. Construire une route praticable entre Ninguélandé et Saabêrè, et ériger un pont moderne sur le fleuve Kakirima, c’est ouvrir la voie au développement local, sécuriser les déplacements, valoriser le potentiel agricole et renforcer la cohésion sociale.

Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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