Proclamation des résultats de la présidentielle en Guinée : la Cour suprême n’a pas besoin d’invités pour rendre sa décision (Aboubacar Sakho)

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Ce dimanche 4 janvier 2026 à 17 heures, la Cour suprême de la République de Guinée est appelée à proclamer les résultats définitifs de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025.
À cette occasion, l’institution a invité de nombreuses personnalités nationales et étrangères, notamment les ambassadeurs accrédités en Guinée, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, les responsables d’institutions publiques, ainsi que les candidats à l’élection présidentielle. Cette pratique, bien connue dans les grandes étapes politiques du pays, soulève néanmoins une question centrale : sur le plan strictement juridique, la Cour suprême a-t-elle besoin de la présence de ces personnalités pour rendre sa décision ? L’analyse du droit et des pratiques électorales montre clairement que la réponse est non.

La proclamation des résultats définitifs d’une élection présidentielle est avant tout un acte juridictionnel. En Guinée, la Cour suprême est l’organe compétent pour connaître du contentieux électoral présidentiel. Elle reçoit les éventuelles requêtes des candidats, examine les procès-verbaux, vérifie la régularité du scrutin et statue en toute indépendance. Une fois cette phase achevée, elle rend un arrêt qui proclame les résultats définitifs ou, le cas échéant, annule partiellement ou totalement le scrutin. Cet arrêt tire sa force uniquement de la loi et de la Constitution, et non de la présence ou de l’absence d’invités dans la salle d’audience.

Le Code électoral guinéen est clair sur ce point. Il fixe des délais précis pour le dépôt des recours et pour la décision de la Cour suprême. Il ne prévoit nulle part que la proclamation doit se faire en présence des candidats, des membres du gouvernement ou des représentants diplomatiques. Juridiquement, la Cour suprême pourrait rendre sa décision dans une salle sobre, avec ses seuls membres, un greffier et les auxiliaires de justice nécessaires. Dès lors que la décision est lue publiquement et consignée dans un arrêt, elle devient définitive et opposable à tous.

L’histoire électorale de la Guinée offre plusieurs exemples concrets qui illustrent cette réalité. Lors des précédentes élections présidentielles, la Cour suprême a proclamé les résultats à l’issue de ses délibérations, parfois dans un climat politique tendu. Dans certains cas, des candidats contestataires avaient refusé de reconnaître les résultats ou n’avaient pas assisté à la proclamation. Pourtant, leur absence n’a jamais empêché la décision de produire ses effets juridiques. Le président proclamé a prêté serment et a exercé ses fonctions sur la base de l’arrêt de la Cour suprême, et non sur la base d’un consensus politique ou d’une présence symbolique.

Il est également utile de rappeler que, dans certaines situations, la proclamation s’est faite malgré des tensions sécuritaires ou des désaccords politiques profonds. Même lorsque des manifestations avaient lieu ou que certains acteurs boycottaient les institutions, la Cour suprême a continué à exercer sa mission. Ces exemples montrent que la légitimité juridique de la proclamation repose exclusivement sur la compétence de la Cour et le respect de la procédure, et non sur l’adhésion visible ou immédiate de tous les acteurs politiques.

Au-delà de la Guinée, de nombreux exemples internationaux confirment cette règle. En France, par exemple, le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs de l’élection présidentielle après avoir examiné les réclamations. Cette proclamation se fait par une décision officielle publiée au Journal officiel. Les candidats peuvent être absents, et les ambassadeurs ne sont pas conviés en tant que condition de validité. Pourtant, la décision s’impose à tous et marque la fin du processus électoral. La solennité existe, mais elle est d’abord juridique.

Au Sénégal, le Conseil constitutionnel joue un rôle similaire. Après la présidentielle, il proclame les résultats définitifs à l’issue de ses délibérations. Il arrive que certains candidats contestataires refusent de se présenter à l’audience ou dénoncent le processus. Cela n’empêche en rien la proclamation, ni la prestation de serment du président élu. Là encore, le droit prime sur le symbole.

En Côte d’Ivoire, au Ghana ou encore au Bénin, les cours constitutionnelles ou suprêmes proclament les résultats définitifs selon des procédures prévues par la loi. Dans tous ces pays, la présence d’observateurs internationaux ou de diplomates est un élément de transparence et de communication, mais jamais une exigence juridique. L’institution judiciaire statue, et sa décision suffit.

En Guinée, l’invitation des ambassadeurs et des représentants de la communauté internationale répond donc à une logique bien précise. Elle vise à montrer que le processus électoral arrive à son terme dans un cadre institutionnel, à rassurer les partenaires étrangers et à renforcer la crédibilité du scrutin sur la scène internationale. Il s’agit d’un message politique et diplomatique, plus que d’une nécessité juridique.

De même, la présence du ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation ou d’autres membres du gouvernement s’inscrit dans une logique de continuité de l’État. Elle permet d’assurer la transmission institutionnelle et de préparer les étapes suivantes, notamment la prestation de serment et la passation de pouvoirs. Mais là encore, leur absence ne remettrait pas en cause la validité de la décision de la Cour suprême.

Quant aux candidats à l’élection présidentielle, leur invitation relève surtout du respect du contradictoire et du souci d’inclusivité. Les convier à la proclamation permet de leur donner l’occasion d’entendre directement la décision qui les concerne. Toutefois, s’ils choisissent de ne pas venir, volontairement ou pour des raisons politiques, la Cour suprême n’en demeure pas moins tenue de rendre sa décision. Le droit ne saurait être suspendu à la présence ou à l’humeur des acteurs politiques.

Il est important de souligner que la proclamation des résultats est un moment solennel, mais aussi un moment de vérité institutionnelle. Elle marque la fin du processus électoral et le début d’un nouveau mandat présidentiel. À ce stade, la stabilité du pays repose sur le respect des institutions et des décisions de justice. C’est pourquoi la loi a confié ce pouvoir à la Cour suprême, et à elle seule.

En un mot comme en mille, la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle en Guinée est un acte souverain de la Cour suprême. Les invitations adressées aux personnalités nationales et internationales relèvent du protocole, de la communication et de la diplomatie. Elles donnent de la visibilité et de la solennité à l’événement, mais elles ne conditionnent en rien la validité juridique de la décision. Que la salle soit pleine ou presque vide, l’arrêt de la Cour suprême demeure la seule base légale de la proclamation du président élu et de l’entrée en fonction du nouveau chef de l’État.

Aboubacar SAKHO
Expert en communication

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