Procès du 28 septembre/Alseny Diallo révèle : « j’ai vu des militaires traîner une femme nue tout en la frappant… »

il y a 2 heures 22
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Depuis plusieurs jours, les parties civiles se succèdent à la barre du tribunal criminel délocalisé, dans le cadre du second volet du procès des massacres du 28 septembre 2009.

Ce volet concerne le colonel Bienvenu Lamah, poursuivi pour complicité d’assassinat, meurtre, coups et blessures volontaires, viol et violences. Chaque victime s’emploie à retracer les sévices subis lors des atrocités perpétrées au stade de Conakry.

Lors de l’audience de ce mardi 17 février 2026, Alseny Diallo a livré un témoignage poignant sur l’horreur vécue à l’intérieur de l’enceinte sportive.

« À peine avions-nous franchi le grand portail que des tirs ont retenti derrière nous. En me retournant, j’ai vu des gens s’écrouler, fauchés par des balles réelles. Dans la panique, nous nous sommes retrouvés coincés derrière un conteneur, encerclés par trois gendarmes qui nous ont intimé l’ordre de ne plus bouger, sous peine d’être abattus », a-t-il relaté.

La terreur a rapidement gagné les rangs des manifestants.

« Certains ont tenté de fuir. Une fille, qui a bougé juste avant moi, a reçu une balle dans le pied. Dans la bousculade, je suis tombé sur elle. C’est là que les trois gendarmes m’ont rattrapé. Ils m’ont roué de coups de matraque et j’en porte encore la cicatrice aujourd’hui. L’un d’eux m’a saisi par derrière, m’a traité d’imbécile et m’a jeté au sol d’un coup de pied en me criant de partir », a-t-il narré.

Cherchant désespérément une issue, le témoin s’est dirigé vers la zone dite Sahara. Là, il verra des individus en civil armés de poignards qui frappaient les manifestants qu’ils rencontraient sur leurs passages.

« À côté de moi, un vieil homme barbu essayait de réciter le verset Ayat al-Kursi, mais la terreur lui faisait perdre ses mots. L’affluence était telle qu’il n’y avait aucune issue. Dans le chaos, une vieille dame est tombée entre les gradins, la foule lui a marché dessus, et j’ai moi-même été contraint de passer sur elle pour avancer », a-t-il raconté.

Les tirs, provenant de toutes parts, ont provoqué une course-poursuite généralisée. Dans cette atmosphère, Alseny Diallo est parvenu à atteindre un couloir menant vers la SIG Madina. Là encore, le danger était présent d’autant plus que des militaires frappaient systématiquement les rescapés à coups de ceinturons et de matraques.

« Dans ce couloir, j’ai vu des militaires traîner une femme nue tout en la frappant avec des planches de bois vers une destination inconnue », a-t-il expliqué.

Sur place, l’évasion s’est avérée périlleuse. Le premier groupe qui a tenté d’escalader le mur, est tombé sur le toit d’une maison adjacente qui s’est effondré.

« Ils se sont retrouvés piégés à l’intérieur. De notre côté, nous avons tenté de grimper sur une branche d’arbre, mais elle a cédé. Ce qui m’a le plus terrifié, ce sont les fils électriques de haute tension qui pendaient et électrocutaient les gens, ainsi que les tirs qui nous visaient dès que nous tentions d’escalader le mur », poursuit-il.

Après avoir franchi les rails de la SIG Madina, le calvaire d’Alseny Diallo ne s’est pas arrêté immédiatement. Dehors, des Bérets rouges forçaient les manifestants à courir sur de longues distances. Ce n’est qu’à 13 heures qu’il a pu trouver refuge dans une concession pour se soigner sommairement et prier.

« Mon Lacoste était imbibé de sang et je souffrais de multiples blessures. Mon inquiétude grandissait pour mon petit frère qui était aussi au stade, je l’ai appelé sans relâche jusqu’à 16 heures, sans réponse », a-t-il souligné.

Alhassane Fofana

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