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Dans cette interview accordée à Guinée360, l’activiste des droits de l’homme, Mamadou Kaly Diallo, s’exprime sur les actes de torture infligés à des présumés voleurs, dont les images circulent en boucle sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Il dénonce ces actes, qui, selon lui, révèlent une crise de confiance entre les citoyens et la justice, et affirme qu’aucune situation d’exception ou d’urgence ne doit justifier de tels traitements.
Se positionnant comme un acteur majeur qui a œuvré pour la tenue du procès du massacre du 28 septembre 2009, il a salué l’indemnisation des victimes annoncée par le général Mamadi Doumbouya tout en formulant des recommandations pour l’application effective du décret. Entretien !
Guinee360 : On voit des images sur les réseaux sociaux montrant la maltraitance de présumés voleurs. Que cela vous inspire-t-il?
Mamadou Kaly Diallo : Il faut préciser qu’aucun citoyen n’a le droit de se rendre justice lui-même. C’est déplorable ce qui se passe, et d’ailleurs, je m’indigne, je condamne, avec la plus grande énergie, ces actes de traitement inhumain et dégradant, ainsi que la maltraitance infligée à des présumés voleurs par des citoyens. Aucune situation d’exception ou d’urgence ne doit justifier les violations des droits de l’homme. Il est important de rappeler qu’en vertu de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, chaque personne accusée d’un acte délictueux est protégée par le principe de la présomption d’innocence, jusqu’à ce qu’il y ait un procès juste et équitable. Un procès juste et équitable suppose que les droits de la défense soient garantis, que toutes les voies de recours aient été exercées. Il est important de lever l’amalgame. En termes de droit international des droits de l’homme, on parle de torture lorsqu’un auteur présumé de tels actes inflige intentionnellement de la douleur, qu’elle soit physique, psychologique ou morale, dans un but recherché (humilier, inculquer la peur, etc.), cela peut être qualifié de torture. Prenez par exemple le cas du Mali : lors de l’arrivée des djihadistes, l’un d’entre eux a été jugé et condamné pour des actes de torture reconnus comme crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale. Cela montre bien qu’en dépit de l’absence de responsabilité étatique directe, des chaînes de commandement peuvent être établies. C’est l’équivoque que je voulais soulever. Pour revenir aux images que nous voyons sur les réseaux sociaux, même si elles ne sont pas qualifiables de torture selon les critères juridiques, elles demeurent des actes de maltraitance et de cruauté, ce qui n’est pas normal.
Quelle devrait être la démarche des citoyens ?
Il est de leur devoir de le déférer vers les autorités compétentes : les forces de sécurité, les officiers de police judiciaire ou bien de le traduire devant le procureur de la République. Chacun a son rôle bien défini. Les officiers de police judiciaire ont pour prérogatives d’identifier les auteurs présumés d’infractions, de les traquer, de les appréhender et de les traduire devant la justice. En toutes circonstances, l’intégrité physique et morale, ainsi que la dignité de la personne humaine, doivent être respectées, sans aucune discrimination. Ce n’est pas normal, même si un voleur est pris en flagrant délit, de lui infliger de telles douleurs.
Est-ce que cela ne traduit pas une crise de confiance entre les citoyens et la justice ?
Tout à fait. Aujourd’hui, il existe une instrumentalisation de la justice, il faut oser le dire. Il y a aussi une politisation à outrance de la justice et une application illégale des lois. Cette crise de confiance est bien réelle. Mais il est important que les citoyens sachent que les violences physiques sont des délits, des infractions, punies par la loi guinéenne.
L’autre actualité, le président de la transition a ordonné la prise en charge de l’indemnisation des victimes du massacre du 28 septembre 2009. Comment réagissez-vous ? En tant qu’acteur majeur du procès, est-ce un souffle de soulagement pour vous ?
Oui, je l’ai suivi avec beaucoup d’intérêt, de soulagement et un grand espoir. Comme vous l’avez rappelé, j’ai œuvré pour ce procès et, à ce titre, je me considère aussi comme une victime. Je sais qu’il y a de nombreuses victimes qui nécessitent une prise en charge médicale et psychosociale. Maintenant que le gouvernement a pris ce décret, nous considérons cela comme un début de soulagement, après tant d’années de souffrance. Cela dénote une volonté politique de respecter les droits des victimes. En matière d’actes aussi graves, la réparation est un volet essentiel du procès. Vous avez vu que, même lors du verdict, le tribunal avait prononcé un volet “réparation”, bien qu’il ait désigné des coupables. Rappelons que ces responsables étaient des agents de l’État, exerçant leurs fonctions à l’époque des faits. Aujourd’hui, avec l’annonce de la prise en charge via le budget national, c’est une première étape vers la réparation. Nous ne pouvons qu’encourager la mise en œuvre effective de cette mesure. Il reste encore des questions techniques à régler pour rendre cette mesure pleinement effective.
Le décret a été pris, mais il reste à le mettre en œuvre. Quelles recommandations faites-vous ?
D’abord il est crucial d’accélérer la mise en œuvre de cette prise en charge. Il y a aussi certaines victimes qui ont été omises et il faut s’assurer que toutes les victimes soient prises en compte. Ce procès est historique et pédagogique, et si la prise en charge est bien mise en œuvre, il pourra constituer un pas important vers la réconciliation nationale.
L’article Mamadou Kaly Diallo : “Ce n’est pas normal d’infliger des douleurs à un présumé voleur…” est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.