Les zones d’ombre et les « grands oubliés » du programme Bah Oury.

il y a 2 heures 11
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Si le Premier ministre a impressionné par la démesure des chiffres du programme « Simandou 2040 », une lecture attentive de sa Déclaration de Politique Générale révèle des impasses thématiques majeures. Entre un secteur sportif passé sous silence et une justice aux contours flous, l’ambition gouvernementale semble, par endroits, déconnectée des urgences sociales immédiates.

Le discours d’Amadou Oury Bah hier au CNT était celui d’un bâtisseur de l’an 2040. Mais à force de regarder l’horizon des 152 milliards de dollars de PIB, le chef du gouvernement semble avoir enjambé plusieurs réalités concrètes du quotidien des Guinéens.

Le Sport : Le grand « hors-jeu »

C’est sans doute l’omission la plus frappante pour une nation où le football est une religion et un vecteur d’unité nationale. Dans un document de 16 pages détaillant 122 mégaprojets, le sport est réduit à une simple « dimension du bien-être ».

• Zéro investissement spécifique : Alors que 100 milliards de dollars sont annoncés pour les transports, aucun budget n’est fléché vers la mise aux normes de nos stades ou la construction d’infrastructures sportives de proximité.

• Jeunesse sans terrains : Le mandat est dédié à la jeunesse, mais le sport n’est nulle part utilisé comme levier d’insertion ou de rayonnement international.

Une « Prospérité » sans pouvoir d’achat immédiat

Le Premier ministre a longuement célébré le passage des recettes publiques de 18 000 à 45 000 milliards GNF. Pourtant, l’article de la DPG reste muet sur la crise du coût de la vie.

• L’inflation ignorée : Aucune mesure d’urgence n’a été annoncée pour stabiliser le prix du sac de riz ou des produits de première nécessité.

• L’énergie en pointillé : Si le gouvernement prône le solaire pour le futur, il n’apporte aucune réponse concrète au manque d’électricité dans plusieurs villes qui étouffent actuellement l’économie informelle et les ménages .

Justice et Libertés : Une approche très institutionnelle

Sur le plan des droits, le discours privilégie la forme sur le fond.

• Une justice de procédure : L’accent est mis sur la « professionnalisation de la chaîne judiciaire » et le rôle de la CRIEF, mais le discours évacue la question des détenus « politiques » et des tensions persistantes autour des libertés de manifestation.

• Médias sous surveillance : Si la liberté de la presse est citée comme un « pilier », elle est immédiatement assortie d’une exigence de « responsabilité éditoriale » et de lutte contre la désinformation, un langage qui, dans le contexte actuel, inquiète souvent les professionnels du secteur.

La Pêche, l’autre parent pauvre

Enfin, un secteur vital pour l’identité et l’économie locale fait figure de figurant :

• La Mer oubliée : La pêche maritime, pourtant cruciale pour la sécurité alimentaire, ne bénéficie d’aucun des 122 mégaprojets listés.

En somme, si Amadou Oury Bah a tracé une route royale pour les investisseurs et les miniers, il reste encore à convaincre le Guinéen moyen que cette « Vème République » ne se construira pas sans lui, ni sans ses passions quotidiennes.

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