La loi du bâillon : quand on n’a pas de père, on enlève la mère (Ousmane Boh KABA)

il y a 2 heures 11
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http://Actuguinee.org/ On le sait, la Guinée est un théâtre où les masques tombent toujours au mauvais moment. Et la dernière scène de la « refondation » qui nous est offerte dépasse en absurde tout ce que nos dramaturges nationaux auraient pu imaginer. Tibou Camara, l’homme aux mille casquettes, le caméléon de la politique guinéenne, l’opportuniste professionnel, vient de recevoir la visite des hommes en cagoule. Pas pour le prendre, lui. Non, ce serait trop simple. On a pris sa mère.
Une octogénaire. Malade. Enlevée dans la nuit de Dinguiraye par des hommes en treillis, dans des véhicules de l’armée tellement poussiéreux qu’ils venaient sûrement de très loin. Peut-être du bout de la honte. On a pris aussi sa sœur, née en 1958. 1958. L’année où nous autres, nous disions non à De Gaulle, où nous choisissions l’indépendance plutôt que la soumission. Une femme qui a vu naître ce pays, et qui doit se demander, soixante-huit ans plus tard, ce qu’il est devenu. Sa sœur à elle n’a même plus le droit de choisir sa geôle.
Je n’ai jamais aimé Tibou Kamara. Je l’ai vu, comme beaucoup, se contorsionner sur l’échiquier politique avec une agilité qui ferait pâlir un contorsionniste de cirque. Il a cette fâcheuse tendance à défendre le pouvoir quand il est dedans, et à l’insulter quand il en est dehors. Un vrai caméléon, disais-je. Mais là, le caméléon est en exil, et on s’en prend à sa vieille mère malade. C’est d’une lâcheté si monumentale que même les hyènes en rougiraient.
On nous dit que c’est peut-être pour le faire taire. Lui qui, depuis son exil marocain, nous gratifie de tribunes quotidiennes et d’un livre dont le principal mérite est d’avoir été écrit. Un « auteur » dont les « révélations » pèsent moins lourd qu’un post WhatsApp, un polémiste de seconde zone dont la prose encombre plus les réseaux sociaux qu’elle ne menace les régimes. À force de vouloir exister, il finira par faire exister les autres. Mais apparemment, pour nos nouveaux maîtres, même ce petit bruit-là est insupportable. Alors on frappe où ça fait mal. On enlève la maman.
C’est ce qu’on pourrait appeler, dans le jargon des nouvelles méthodes, la « doctrine des proches » : on ne vise pas la cible, on vise ce qui l’entoure. Puisqu’on ne peut pas attraper le poisson, on vide l’étang. On l’avait déjà fait avec le père de Babila Keita, avec les enfants d’Elie Kamano, avec Foniké Menguè, avec Billo Bah. La liste est longue comme un rapport de l’ONU. Une liste de disparitions, d’enlèvements, de vies brisées. Et à chaque fois, le même silence assourdissant du côté de ceux qui nous promettaient la « refondation ».
Drôle de coïncidence. Il y a quelques mois, nous regardions, émus, notre nouveau guide enlacer sa propre mère dans un stade plein à craquer. L’image avait fait le tour du monde : le fils respectueux, le général au cœur tendre, l’Afrique qui pleure de joie. On avait applaudi. On avait aimé.
Alors je pose la question, sans ironie, presque naïvement : ceux qui, ce soir-là, ont embarqué la mère de Tibou dans des camions de l’armée, aiment-ils vraiment Doumbouya ? Ou bien cherchent-ils, par leurs méthodes, à salir la seule image qui nous restait de lui ? À faire de chaque mère guinéenne une otage potentielle, et de chaque étreinte filiale une insulte à celles qu’on arrache à leurs fils ?
Parce qu’il faut le dire : on ne peut pas, d’un côté, pleurer d’amour pour sa propre mère devant le monde entier, et de l’autre, laisser ses soldats enlever celle des autres. Ça s’appelle, dans le langage courant, de l’hypocrisie. Dans le langage des peuples, ça s’appelle une trahison.
Mais posons-nous, un instant, les vraies questions. Messieurs les nouveaux maîtres de Conakry, vous qui aimez tant les caméras et les discours fleuves, à qui profite ce crime ? Croyez-vous vraiment que faire taire une vieille femme fera taire les idées ? Que chaque mère enlevée rallongera d’un centimètre votre popularité ? Vous voulez bâtir une Guinée nouvelle sur des fondations creusées par des tombes anonymes et des familles éplorées ?
Je n’aime pas Tibou. Je le redis. Ses doubles jeux me fatiguent. Son opportunisme me hérisse. Mais sa mère, elle, n’a jamais écrit une ligne contre qui que ce soit. Sa sœur non plus, elle qui est née l’année de notre indépendance. Elles sont juste de la mauvaise famille. C’est ça, le crime suprême dans la Guinée nouvelle : avoir un fils ou un frère qui dérange.
Alors oui, défendons-le aujourd’hui. Non pas lui, l’éternel girouette, mais sa mère, cette octogénaire qui doit se demander dans quelle géôle on l’a jetée. Défendons-la au nom de cette humanité que nos apprentis sorciers semblent avoir oubliée au fond d’un de leurs dossiers classés « secret défense ».
Et puisque nous sommes en veine de conseils gratuits, en voici un, désintéressé, pour nos autorités : relâchez-la. Rendez-la à sa famille. Montrez-nous que vous êtes capables de grandeur, pas seulement de force brutale. Parce qu’un jour, il faudra bien leur rappeler que les vieilles dames ne sont pas des monnaies d’échange. Que l’indépendance, la vraie, celle de 1958, celle de votre sœur à vous qui êtes nés après, c’était pour que les mères guinéennes ne tremblent plus quand on frappe à leur porte.
Aujourd’hui, à Dinguiraye, on a frappé. Et la Guinée tremble.
Dinguiraye, mars 2026. Que les mères veillent sur nous.
Ousmane Boh KABA.
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