INTERVIEW – Aboubacar Soumah : « Personne ne peut nous entraîner dans une grève tant que les négociations se poursuivent et que nous espérons obtenir satisfaction »

il y a 4 heures 26
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À la suite de l’expiration du moratoire de 100 jours accordé par l’intersyndicale de l’éducation guinéenne pour relancer les négociations avec l’État, des divergences profondes émergent entre les différentes factions syndicales. Tandis que certains appellent à une grève imminente, d’autres privilégient encore la voie du dialogue, estimant que toutes les possibilités de négociation ne sont pas encore épuisées.

À la suite de l’expiration du moratoire de 100 jours accordé par l’intersyndicale de l’éducation guinéenne pour reprendre les négociations avec l’État guinéen, une mésentente semble prendre le dessus entre les fractions syndicales. Si, d’un côté, certains affichent la volonté d’aller en grève, les autres n’entendent pas de la même oreille. Pour ce deuxième groupe, pas question d’aller en grève tant que toutes les voies du dialogue ne sont pas totalement bloquées.

Ce vendredi 10 avril 2026, à l’occasion d’une interview accordée à Mediaguinée au siège de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), à Kaloum, le président de la commission de négociation de l’intersyndicale, le camarade Aboubacar Soumah, président du Syndicat libre des enseignants-chercheurs de Guinée (SLECG) et secrétaire général adjoint de l’USTG, a livré la position du SLECG, qui corrobore avec celle du FSPE. Le meneur de la grève de 2017-2018 a toutefois indiqué qu’il n’exclut pas d’aller en grève si les revendications ne sont pas satisfaites et si le couloir du dialogue est fermé. En l’absence d’avancées sur les points de revendication, ils prendront, confie-t-il, toutes les dispositions nécessaires, même si cela coïncide avec la tenue des examens nationaux. Pour eux, il n’y a pas de date spécifique pour déclencher une grève. Interview (1ère partie)…

Lorsque le gouvernement est disposé à dialoguer et que les négociations produisent des acquis, il n’est pas responsable d’abandonner la table des discussions pour déclencher une grève.

Mediaguinée : Camarade, d’autres fractions syndicales, dont le SNE, veulent aller à l’affrontement, c’est-à-dire déclencher une nouvelle grève, estimant que les points de revendication contenus dans le protocole d’accord signé au mois de janvier dernier ne sont pas respectés à ce jour. Et vous, en tant que SLECG, et voie autorisée à négocier au nom du syndicat, que pouvez-vous nous dire ?

Aboubacar Soumah : Merci. Comme vous le savez, effectivement, nous avons signé un protocole d’accord le 3 janvier portant sur certains points de revendication, sur les 13 qui avaient été formulés par l’intersyndicale de l’éducation (FSPE, SNE et SLECG). Suite à la signature de ce protocole, il devait y avoir la reprise des négociations après la mise en place du gouvernement au mois de février.

Mais, comme vous le savez aussi, les élections ont eu lieu le 28 décembre. Ainsi, au mois de février, cela a coïncidé avec la mise en place du gouvernement. À ce moment précis, nous avons été saisis par le président du Conseil national du dialogue social (CNDS), aujourd’hui organe chargé d’assurer la médiation entre les parties en conflit.

Nous avons été sollicités par le président du CNDS afin d’accorder un moratoire de 100 jours au président de la République, pour lui permettre de procéder à la mise en place de son gouvernement et à chaque ministre de prendre effectivement fonction. Une demande que nous avons acceptée de notre plein gré, sans contrainte.

La situation des 100 jours de moratoire arrivés à expiration

Ces 100 jours arrivent à expiration aujourd’hui, nous sommes le 10. Pour le moment, pour nous, le SLECG, en tant qu’institution responsable, il n’est pas question d’appeler à une assemblée générale pour aller en grève.

Nous pouvons convoquer une assemblée générale pour donner des explications aux enseignants, car tous ne sont pas informés de ce moratoire. Mais pas pour les mobiliser en vue de déclencher une grève. C’est ce que nous avons fait hier (jeudi, ndlr).

Sur l’assemblée générale tenue jeudi

En tant que structure responsable, nous avons convié nos adhérents à une assemblée générale qui s’est tenue hier (jeudi, ndlr) à notre siège, afin de leur expliquer les raisons du moratoire et les résultats des travaux des commissions mises en place depuis la signature du protocole.

Certaines commissions ont travaillé sur des volets spécifiques, notamment le déblocage des salaires des enseignants bloqués depuis 2023-2024. Pendant les vacances, des avancées ont été enregistrées avec le déblocage de plusieurs situations.

Pas question d’aller à la grève tant que les voies de recours ne sont pas épuisées

Pour le moment, en tant que syndicat responsable, nous ne pouvons pas appeler à la grève. On y recourt uniquement lorsque les négociations sont bloquées et que toutes les voies de recours sont épuisées.

Or, les négociations se poursuivent. Le gouvernement a ouvert le couloir du dialogue et n’a pas opposé un refus catégorique, contrairement à l’ancien gouvernement de Alpha Condé. À l’époque, le Premier ministre avait déclaré qu’il n’y aurait pas d’augmentation salariale en 2018, 2019 et 2020, ce qui nous avait conduits à déclencher la grève.

Personne ne peut nous entraîner dans une grève tant que les négociations continuent

Lorsque le gouvernement est disposé à dialoguer et que les négociations produisent des acquis, il n’est pas responsable d’abandonner la table des discussions pour déclencher une grève.

Personne ne peut nous entraîner dans une grève dans ces conditions. Tant que les négociations se poursuivent et que nous espérons obtenir satisfaction, nous ne pouvons pas aller en grève.

Mediaguinée : Concernant les chiffres des enseignants dont les salaires sont bloqués, il existe des contradictions entre vos déclarations et celles d’autres syndicats. Vous évoquez moins de 1 000 cas, contre 1 700 selon d’autres. Quels sont les chiffres exacts ?

Aboubacar Soumah : Je ne peux pas donner de chiffres exacts, car je ne suis pas membre de la commission. Toutefois, le gouvernement a donné son accord pour débloquer tous les cas réguliers, c’est-à-dire les dossiers conformes aux critères établis.

Tous ceux qui sont dans la légalité seront rétablis dans leurs droits. En revanche, ceux qui sont dans l’illégalité ne seront pas pris en compte.

Le syndicat défend la légalité

Le syndicat défend le droit et la légalité. Nous ne défendons pas les fictifs. Seuls les enseignants présents en classe et effectivement en activité sont concernés par notre action.

Sur la question des primes

Les commissions travaillent également sur les primes d’incitation qui avaient été supprimées. Plusieurs ont déjà été rétablies, et les discussions se poursuivent pour un rétablissement total, avec effet rétroactif.

Mediaguinée : Quelle est la position du SLECG après l’expiration du moratoire ?

Aboubacar Soumah : Hier (jeudi, ndlr), Mme Kadiatou Bah, secrétaire générale du SLECG et membre du comité de suivi, a pris part à des réunions relatives à l’opérationnalisation des commissions.

Dans les jours à venir, les négociations devraient reprendre, maintenant que le moratoire est arrivé à son terme. (…)

Réalisée par Mamadou Yaya BARRY

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