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La formation du nouveau gouvernement guinéen, conduit par le Premier ministre Amadou Oury Bah, ouvre une séquence politique décisive dans le mandat de sept ans du président Mamadi Doumbouya. Composé de 29 membres, dont cinq nouveaux entrants, cet exécutif s’inscrit dans un contexte de fortes attentes sociales et de fragilités macro-économiques persistantes. Plus qu’un simple remaniement, il constitue un test politique majeur pour un pouvoir qui ambitionne désormais le développement.
Depuis la prise du pouvoir par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), l’exécutif guinéen cherche à concilier deux impératifs souvent contradictoires : affirmer l’autorité de l’État tout en construisant une légitimité sociale durable. La nouvelle équipe gouvernementale combine continuité stratégique, rajeunissement ciblé et intégration accrue des femmes dans des départements clés, y compris régaliens.
Lors de son discours d’investiture, le président Doumbouya avait promis de placer les jeunes et les femmes au cœur de son action. Cette orientation se matérialise aujourd’hui par une présence féminine renforcée et par la promotion de profils plus jeunes à des postes sensibles, notamment à la Justice et à la Sécurité. Au-delà de la symbolique, ces choix traduisent une volonté de rupture avec certaines pratiques du passé, dans un pays longtemps marqué par la personnalisation du pouvoir et la faiblesse des institutions.
La nomination 𝙙’𝙄𝙗𝙧𝙖𝙝𝙞𝙢𝙖 𝙎𝙤𝙧𝙮 𝙄𝙄 𝙏𝙤𝙪𝙣𝙠𝙖𝙧𝙖 magistrat reconnu pour avoir présidé le procès des événements du 28 septembre 2008, envoie un signal politique fort. Elle suggère une tentative de réhabiliter la justice comme pilier central de la refondation de l’État. Dans une société où l’impunité a durablement sapé la confiance citoyenne, cette orientation pourrait constituer un levier de légitimation, à condition que l’indépendance judiciaire ne demeure pas un simple slogan.
Dans le domaine sécuritaire, le choix d’un officier supérieur expérimenté, doté d’un parcours international et d’une solide formation stratégique, s’inscrit dans une logique de professionnalisation. La sécurité intérieure, confrontée à la montée des tensions sociales, à la criminalité urbaine et aux fragilités régionales, devient un enjeu politique majeur. La capacité de l’État à maintenir l’ordre tout en respectant les libertés publiques sera scrutée de près, tant par les citoyens que par les partenaires extérieurs.
Sur le plan social, plusieurs nominations traduisent une volonté d’introduire une culture de résultats. Le secteur de la santé, structurellement fragile, est confié à un profil capable de mobiliser les partenaires techniques et financiers, tandis que le ministère de la Femme, de la Famille et de la Solidarité est désormais dirigé par une responsable issue du secteur privé. Ces choix répondent à une logique managériale, mais leur efficacité dépendra de la capacité à traduire les stratégies en politiques publiques concrètes.
La création du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale constitue l’une des innovations institutionnelles les plus significatives de ce gouvernement. Longtemps plaidée par les partenaires sociaux et le Bureau international du Travail, elle consacre enfin la centralité de la question de l’emploi, en particulier celui des jeunes. Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, l’emploi n’est pas seulement un enjeu économique : 𝗶𝗹 𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗲𝘃𝗲𝗻𝘂 𝘂𝗻 𝗳𝗮𝗰𝘁𝗲𝘂𝗿 𝗰𝗹é 𝗱𝗲 𝘀𝘁𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁é 𝗽𝗼𝗹𝗶𝘁𝗶𝗾𝘂𝗲.
La Guinée dispose d’un potentiel considérable, porté par ses ressources minières, mais demeure confrontée à une faible diversification économique, à un déficit énergétique chronique et à des infrastructures insuffisantes. Le programme Simandou 2040, articulé autour de cinq piliers – 𝗔𝗴𝗿𝗶𝗰𝘂𝗹𝘁𝘂𝗿𝗲, 𝗜𝗻𝗱𝘂𝘀𝘁𝗿𝗶𝗲 𝗮𝗹𝗶𝗺𝗲𝗻𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗲𝘁 𝗰𝗼𝗺𝗺𝗲𝗿𝗰𝗲 ; 𝗘𝗱𝘂𝗰𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗲𝘁 𝗖𝘂𝗹𝘁𝘂𝗿𝗲 ; 𝗶𝗻𝗳𝗿𝗮𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝘀, 𝗧𝗿𝗮𝗻𝘀𝗽𝗼𝗿𝘁𝘀 𝗲𝘁 𝗧𝗲𝗰𝗵𝗻𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝗲𝘀 ; 𝗘𝗰𝗼𝗻𝗼𝗺𝗶𝗲, 𝗙𝗶𝗻𝗮𝗻𝗰𝗲 𝗲𝘁 𝗔𝘀𝘀𝘂𝗿𝗮𝗻𝗰𝗲 ; 𝗦𝗮𝗻𝘁é 𝗲𝘁 𝗯𝗶𝗲𝗻-ê𝘁𝗿𝗲 incarne l’ambition de rompre avec une économie de rente. Politiquement, il s’agit d’un pari risqué : transformer la richesse minière en développement inclusif, sans reproduire les schémas classiques de captation et d’inégalités.
Les attentes des populations sont à la hauteur de ces promesses. À court terme, elles concernent 𝐥’𝐞𝐦𝐩𝐥𝐨𝐢, 𝐥’𝐚𝐜𝐜è𝐬 à 𝐥’é𝐥𝐞𝐜𝐭𝐫𝐢𝐜𝐢𝐭é, à 𝐥’𝐞𝐚𝐮 𝐩𝐨𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐬𝐨𝐢𝐧𝐬, 𝐧𝐨𝐭𝐚𝐦𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐳𝐨𝐧𝐞𝐬 𝐫𝐮𝐫𝐚𝐥𝐞𝐬. moyen terme, les citoyens attendent des réformes crédibles de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’agriculture. À long terme, c’est une transformation structurelle du modèle économique et social qui est espérée, avec une réduction tangible des inégalités territoriales et sociales.
Le nouveau gouvernement se trouve ainsi face à une équation politique délicate. Les symboles sont forts, les profils parfois rassurants, mais le temps politique est compté. Dans une société jeune, connectée et de plus en plus exigeante, la patience est limitée. L’exécutif sera jugé non sur ses intentions, mais sur sa capacité à produire des résultats visibles et équitablement répartis.
En Guinée, comme ailleurs, l’histoire politique récente montre que la légitimité ne se décrète pas : 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐬𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐭 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧. 𝐋𝐞 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐀𝐦𝐚𝐝𝐨𝐮 𝐎𝐮𝐫𝐲 𝐁𝐚𝐡 𝐣𝐨𝐮𝐞 𝐝é𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐬𝐚 𝐜𝐫é𝐝𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐚𝐢𝐧 𝐝𝐮 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐫𝐞𝐭. 𝐄𝐭 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥à, 𝐛𝐢𝐞𝐧 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐢𝐬𝐜𝐨𝐮𝐫𝐬, 𝐪𝐮𝐞 𝐬𝐞 𝐝é𝐜𝐢𝐝𝐞𝐫𝐚 𝐥’𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐚𝐲𝐬.
𝘼𝙗𝙤𝙪𝙗𝙖𝙘𝙖𝙧 𝙎𝙞𝙙𝙞𝙠𝙞 𝘾𝙖𝙢𝙖𝙧𝙖 𝙋𝙤𝙡𝙞𝙩𝙤𝙡𝙤𝙜𝙪𝙚
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il y a 3 heures
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