Crise de liquidité en Guinée : « c’est la mauvaise gestion accumulée sur le long terme » (Alhassane Makanéra)

il y a 2 heures 13
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La République de Guinée est confrontée, depuis plusieurs mois, à de graves dysfonctionnements au sein de ses institutions bancaires. Bien que les usagers disposent de fonds sur leurs comptes, il leur est devenu particulièrement impossible de retirer l’argent dont ils ont besoin. Le plus souvent, les opérations de retrait sont plafonnées à quelques millions de francs guinéens, accentuant la frustration des déposants, qui hésitent désormais à déposer de l’argent dans les banques.

« Pour être clair, c’est la mauvaise gestion accumulée sur le long terme. Une mauvaise politique budgétaire sur le long terme et les difficultés d’accès au financement extérieur »

 

Pour éclairer l’opinion sur l’origine de cette situation, Dr Alhassane Makanéra Kaké, économiste averti, est intervenu dans l’émission « Le Grand Angle » de la télévision nationale (RTG).

Lors de cette sortie médiatique, il a analysé les causes profondes de cette crise qui affecte le système bancaire guinéen et perturbe également le fonctionnement de la monnaie électronique, notamment les retraits auprès des agents de Mobile Money.

Selon le spécialiste en finances publiques, diplômé de l’ENAP du Maroc, la raréfaction du cash s’explique par une accumulation de facteurs structurels, dont certains proviennent des 5000 milliards que l’État avait sollicités auprès des banques primaires en 2022.

« Pour être clair, il faut qu’on se dise la vérité : c’est la mauvaise gestion accumulée sur le long terme. Une mauvaise politique budgétaire sur le long terme et les difficultés d’accès au financement extérieur, ça résume d’abord le premier facteur au niveau de l’État. Si vous vous rappelez, à un moment donné, j’ai même fait une communication là-dessus. Lorsque l’État a repris les réserves obligatoires de 5000 milliards des banques, c’était en 2022, peut-être que les gens ont oublié. Ce jour-là, j’ai dit ceci : si vous prenez la réserve obligatoire des banques primaires, vous avez un véhicule sans pneu de secours. Tant que les pneus qui roulent fonctionnent correctement, vous n’allez rien sentir. Mais une fois que vous perdez un pneu, vous comprenez l’importance du pneu de secours », a-t-il souligné.

À l’en croire, Dr Alhassane Makanera Kaké, « les réserves obligatoires ont pour importance essentielle de faire face aux crises de liquidité des institutions bancaires. Une crise de liquidité, c’est lorsque la demande ne peut pas être satisfaite par la banque. Je veux sortir 10 millions, et la banque ne peut pas me payer 10 millions : c’est une crise de liquidité. Avant, le mécanisme était fait de telle sorte que, en cas de crise dans une banque, par faute de gestion ou d’autres facteurs, on prenait dans ses réserves obligatoires pour faire face à cette crise. C’est pourquoi j’ai dit que c’est l’accumulation de plusieurs mauvaises gestions ; c’est le premier facteur. »

Le second facteur, poursuit-il, relève de la gouvernance budgétaire : « C’est la gestion budgétaire elle-même. Nos finances publiques sont mal gérées, mal gouvernées. Il faut qu’on se dise la vérité. Elles sont mal gouvernées, je vous dis ce que tout le monde sait. En termes simples, je ne m’adresse pas aux spécialistes : l’État achète en Guinée plus cher qu’un particulier. Et l’État loue ou vend moins cher que les particuliers. Alors que l’État est un agent économique, il devient un mauvais agent économique. Il ne s’en sortira pas. »

Pour illustrer son propos, l’universitaire explique méthodiquement comment l’État, selon lui, se transforme en un mauvais agent économique : « Si vous prenez l’État qui loue un bâtiment, n’importe quel bâtiment, le minimum est dix fois supérieur au prix réel du marché. Et si c’est l’État qui met sa maison en location, il met 190 000, 300 000, 800 000, mais il la loue à 200 à 300 millions. On est dans quel modèle économique ou financier ? C’est pourquoi j’ai parlé de la gestion des finances publiques. »

Par ailleurs, Dr Kaké a tenu à rappeler le rôle que devrait jouer le ministère de l’Économie et des Finances, notamment à travers le Trésor public : « On dit ministère de l’Économie et des Finances, mais beaucoup plus, c’est le ministère des Finances qui s’intéresse à l’argent. Alors que si on utilise l’aspect économique, ce ministère devrait créer la richesse. C’est pourquoi dans les lois de finances, il y a ce qu’on appelle les comptes spéciaux du Trésor. Cela veut dire que le Trésor doit se comporter comme une banque d’affaires, comme une banque commerciale. Quand vous avez des difficultés, le Trésor nous prête de l’argent. Mais en Guinée, qui a entendu une fois que le Trésor a prêté de l’argent aux citoyens ? Le Trésor se limite à demander aux citoyens. Il ne joue pas son rôle. Il n’y a pas de mécanisme pour créer la richesse ; on veut seulement taxer la richesse. »

En conclusion, Dr Kaké a également évoqué la politique d’endettement du pays : « Il y a aussi notre politique d’endettement. Si je dis que l’essentiel du problème à notre niveau est la gestion des finances publiques, c’est parce que si l’État dépense plus qu’il ne reçoit, il sera dans l’impossibilité de faire face à ses engagements. »

Mamadou Yaya BARRY

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