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Depuis trois jours, les habitants du quartier Koloma 2, dans la commune de Gbessia, vivent au rythme de querelles entourant une portion de terrain. Ce domaine abrite une concession située à deux mètres de la mosquée, laquelle est directement collée à la morgue. Une partie de la population accuse un coutumier, Sidi Bah, d’avoir vendu le terrain où se trouve la morgue. Alors que la tension reste vive sur les lieux ce vendredi 8 mai 2026, une équipe de Guineematin.com y a fait un tour pour échanger avec les protagonistes de cette affaire. Si des habitants pointent du doigt Sidi Bah dans ce dossier, ce dernier apporte une version différente : il ne s’agirait pas de la vente de la morgue, comme le disent les habitants, mais de la récupération d’un terrain lui appartenant, sur lequel ladite morgue aurait été construite sans son consentement.

Une partie du quartier Koloma 2 est le théâtre d’un affrontement entre citoyens autour d’un domaine comprenant une mosquée, une concession et une morgue. Tout le problème gravite autour de la vente présumée de la morgue de la mosquée.
Un voisin, témoin de l’histoire de ce lieu de culte et lui-même victime des violences de ces derniers jours, revient sur la genèse de cette affaire.
Fodé Soumah, résident du quartier et témoin de l’histoire« Cette maison a été construite à l’époque de Sékou Touré. Avant, c’était un magasin de commerce qui servait au quartier tout au long du régime de Sékou Touré. Après ce régime, une maison y a été bâtie. Le directeur de l’école et son adjoint y ont été logés pendant une longue période ; mais après que la toiture de la maison se soit détériorée, ils ont quitté les lieux. Après leur départ, la maison est restée au compte de la mosquée. Ainsi, la mosquée mettait la maison en location et cet argent était utilisé pour ses besoins. Nous sommes restés dans cette situation pendant longtemps. Sous le régime de Lansana Conté, lors d’une élection, il y a eu un affrontement entre des clans ici. Les autorités ont demandé de trouver un endroit pour qu’un commissariat puisse y être érigé. Le commissariat a occupé le même domaine pendant un moment. Puis, il y a eu une autre bagarre entre les clans : un jeune a été tué à Bambéto par un clan. Les gendarmes ont arrêté une des personnes de ce clan pour l’enfermer. Le lendemain, les membres de son clan sont venus enlever toute la toiture du commissariat et l’ont blessé au niveau du ventre. Après cet incident, les imams se sont réunis et ont expliqué au commissaire que la mosquée ne pouvait pas se trouver à côté du commissariat. Après des négociations, ils sont venus chez moi avec une délégation. Après avoir exposé le problème, ils m’ont demandé de leur prêter mes 3 300 briques ; on a alors désigné un autre endroit où le commissariat a été construit. Ils ont donc quitté le domaine de la mosquée. C’est à ce moment qu’ils ont modifié la mosquée : une partie était destinée aux femmes pour la prière et une autre partie pour l’apprentissage du Coran pour les enfants. Nous sommes restés ainsi jusqu’à l’approche du Ramadan, où un conflit a éclaté entre l’imam et son muezzin pour que l’un d’entre eux puisse loger dans la maison laissée par la gendarmerie. Ils sont allés voir Bah Sidi, le coutumier. Lorsqu’il est venu, il a dit : “Arrêtez votre différend, je vais d’abord réparer la maison, ensuite on verra.” Quand il a fini de reconstruire la maison, il a affirmé qu’elle lui appartenait. C’est ce qui est à la base du conflit qui dure depuis un an. Ils sont allés à la DATU (Direction nationale de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme), à Matam et à Matoto. Comme tout cela n’a pas marché, vendredi dernier, il est venu avec du sable, du gravier et des travailleurs. Cette mosquée abrite pourtant la morgue et il y a un forage public qui a été installé devant elle. À l’époque, il n’avait pas dit que le domaine lui appartenait, pas plus qu’il ne l’a revendiqué quand la morgue se construisait. Mais c’est maintenant qu’il a reconstruit la maison qu’il prétend que le domaine lui appartient. Nous nous retrouvons dans une situation où nous n’avons ni vendu ni acheté.
Nous demandons aux autorités de nous venir en aide… Ils viennent avec des gendarmes pour casser nos maisons, frapper nos enfants et en emprisonner d’autres. Ils sont venus détruire ma maison alors que la saison des pluies s’annonce », a expliqué Fodé Soumah.
Le principal mis en cause dans cette affaire, Sidi Bah, âgé de 82 ans, explique que concernant le domaine en conflit, il y était dans les années 1972-1973. À l’époque, Koloma 2 était une brousse, il n’y avait pas assez de maisons et la mosquée dont on parle n’existait pas.
Sidi Bah, coutumier à koloma 2« La maison a été construite six ans après. Ils sont venus construire une petite mosquée qui n’était pas grande du tout. Au fil du temps, la population est devenue nombreuse. Ils ont dit : “Bon, maintenant, on va essayer d’augmenter la longueur de la mosquée.” Alors, la longueur de la mosquée arrivait tout juste à la limite. Ils ne pouvaient pas dépasser cet endroit. Quand ils sont arrivés là-bas, ils étaient complètement bloqués puisque le reste m’appartenait. Alors, ils ont formé une délégation ; le premier imam qui était là et ses collaborateurs sont venus me voir en me disant : “Ah, vraiment, nous voulons prolonger la mosquée, mais on n’a plus de place. La place qui reste est chez vous. Nous venons vous supplier de nous donner à peu près 7 mètres.” Quand ils sont venus, je leur ai dit qu’il n’y avait pas de problème, puisque c’est pour nous tous. Allez-y et essayez d’augmenter.” C’est ainsi que la mosquée s’est approchée de ma maison. Sinon, c’était large. Désormais, entre moi et la mosquée, il n’y a que 2 mètres. Alors, ils ont continué. Ma maison est là-bas, il n’y avait pas eu de problème. »
Par ailleurs, Sidi Bah affirme que le conflit a commencé lorsqu’il a trouvé un domaine à Dubréka où il s’était établi pour construire des hangars pour l’élevage. Il ne venait plus souvent à Koloma, et la famille qu’il y avait laissée ne fréquentait pas l’endroit où se trouve la mosquée. Parfois, il pouvait passer six mois sans venir. C’est à ce moment qu’ils ont profité de son absence pour construire une morgue juste derrière sa maison. « Je ne venais pas ici ; alors, ils ont profité de mon absence pour construire derrière ma maison et en faire une morgue. Quand je suis revenu, je leur ai posé la question. J’ai dit : “Comment avez-vous pu coller ça à la maison ? Pourquoi ?” Ils m’ont dit qu’ils pensaient que je serais d’accord. Comme c’était une morgue, je n’étais pas prêt à faire autre chose à ce moment-là, j’ai laissé ça comme ça. Mais c’est maintenant que je comprends qu’ils visaient autre chose que je ne savais pas du tout. »
En outre, Sidi Bah déclare qu’après avoir accepté que la morgue soit collée à sa maison, un autre problème est survenu. Une autre fois, l’imam de ladite mosquée a eu un problème de logement. Le conseil de la mosquée a alors entendu lui donner la maison de Sidi Bah sans son consentement. Il a été appelé lorsque le toit de la maison a été enlevé pour construire deux chambres pour l’imam. « Ils ont dit : “Bon, maintenant, on va essayer de voir ce bâtiment. Comme il n’est pas occupé, on va y faire deux chambres et l’imam n’aura qu’à rester là-bas.” Ils ont commencé à démonter les briques et ils ont tout enlevé. C’est ainsi qu’on m’a appelé pour me dire : “Ton bâtiment qui est là, la mosquée est venue enlever les murs, ils veulent reconstruire pour l’imam.” Immédiatement, je suis revenu. Je suis allé voir leur doyen, M. Soumah, et je lui ai posé la question : “Comment avez-vous pu décoiffer ma maison, tout enlever et reconstruire alors que je suis là ? C’est moi le propriétaire.” Ils ont dit qu’ils ne savaient pas que j’étais le propriétaire. J’ai dit : “Comment ne savez-vous pas que c’est moi ? Pourquoi n’avez-vous pas demandé à qui appartient le bâtiment ? Ou bien pensez-vous que le bâtiment est sorti de terre comme ça ?” Ils ont reconnu leur tort et présenté des excuses. J’ai dit que ça ne pouvait pas se passer comme ça. On s’est séparés là-bas et je suis allé voir le chef de quartier. La dame qui est là m’a dit : “Nous savons que le domaine est à toi. Ce qu’ils ont fait est mal.” »
Par la suite, plusieurs délégations sont venues le voir pour lui demander de laisser tomber l’affaire. « Ils sont venus avec une délégation de jeunes, une fois, deux fois, pour me prier. J’ai dit que ce n’était vraiment pas possible. Finalement, quand ils sont allés chez le chef de quartier, la dame a dit qu’elle allait former une délégation pour que nous puissions nous retrouver et parler de cette situation. »
Une réunion a alors été organisée avec tous les concernés, a fait savoir le doyen. Elle a demandé à qui appartenait la maison. C’est à ce moment que Sidi Bah, selon son témoignage, a levé le doigt pour dire que c’était lui. « Elle a demandé une fois : “C’est pour qui la maison ?” Personne n’a répondu. Elle a encore posé la même question. C’est ainsi que j’ai levé la main. J’ai dit : “Ici, c’est ma maison, c’est moi qui l’ai construite, six ans avant la mosquée.” L’imam leur a demandé : “Est-ce que vous reconnaissez cela ?” Ils ont dit : “Oui, nous reconnaissons que c’est à lui.” »
Après cette reconnaissance, il a été demandé à Sidi Bah de rembourser les frais de construction effectués sur la maison (les travaux entamés pour l’imam). « Comme ils ont reconnu que c’était à moi, cela devait me revenir. Mais au lieu que ce soit moi qui réclame quelque chose pour la destruction de ma maison en mon absence, c’est le contraire qui s’est passé : ils m’ont demandé 2 500 000 GNF. J’ai pris les 2 500 000, je les ai remis au chef de quartier qui les leur a rendus. Pour moi, c’était fini. Ensuite, ils sont venus me prier encore deux fois. J’ai dit : “Laissez-moi reconstruire ma maison.” C’est ainsi qu’on a stoppé les rencontres et j’ai commencé à reconstruire. Elle est entièrement reconstruite. Eux croyaient que j’allais leur donner la maison. Comme je constate qu’il y a des problèmes, j’ai dit qu’il fallait faire une délimitation entre moi et la mosquée. »
C’est là que le problème a repris, informe Sidi Bah. « Chaque fois que nous commandons du gravier ou du sable, ils disent que ça ne doit pas être déchargé là. Ils sont allés voir la commune la première fois. Ils ont expliqué la situation au secrétaire général. Vu la façon dont ils ont exposé le problème, le secrétaire général n’était pas content du tout au début. Mais quand j’ai été convoqué et que je lui ai présenté mon dossier, il a changé d’avis. Maintenant, quand ils vont là-bas, le secrétaire général les renvoie en disant : “L’autre est venu avec ses papiers, il me les a présentés. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?” »
C’est ainsi qu’ils sont restés au niveau du quartier. « Moi, j’ai continué mes démarches au niveau de l’Habitat parce que, pour eux, cela ne m’appartient plus. Le premier imam avait fait un dossier pour dire que ma maison était au compte de la mosquée. À l’Habitat, on a demandé où se trouvaient ces papiers : rien. Ils ont été convoqués à plusieurs reprises, mais aucun n’est venu. Les gendarmes ont décidé de se déplacer pour voir la situation. Lorsqu’ils sont venus, il y a eu de la pagaille, les jeunes ont insulté. La population a commencé à dire qu’ici on vendait du riz, ou que c’était un commissariat. J’ai dit : “Oui, c’est vrai, mais sachez que c’est moi qui avais donné l’autorisation.” J’ai logé un enseignant ici, ce n’est pas une autre personne. Le domaine m’appartient. C’est moi le responsable, puisque quand les autorités viennent, elles s’adressent à moi. C’est moi qui décide de loger quelqu’un ici. »
C’est entre-temps que les gendarmes sont revenus et que des échauffourées ont éclaté. « C’est ainsi qu’ils ont convoqué l’imam et son muezzin qui sont à la base de tout ce problème. Après plusieurs convocations non respectées par l’imam, ils ont émis un mandat d’arrêt contre lui. Deux gendarmes sont venus pour le prendre. Mais ils n’ont pas pu, vu le monde qu’il y avait, puisque c’était un vendredi. Les gens s’y sont opposés. Il y a un gendarme ici qui a fait la médiation. Il a demandé qu’on lui laisse l’imam, qu’il allait essayer de partir avec lui à la convocation. Il est parti avec l’imam. Malheureusement, il n’a pas voulu appliquer la loi. On s’est séparés comme ça », a expliqué le vieil homme.
À la question de savoir s’il a vendu le domaine abritant la morgue de la mosquée, Sidi Bah répond : « Que ça soit vendu ou pas, le domaine m’appartient. Ce n’est pas leur problème. J’ai demandé qu’ils m’indiquent une autre place pour construire une morgue. Mais ils veulent la maison, c’est la maison qu’ils visent. C’est la réalité… »
Au moment où nous quittions les lieux, on notait la présence des services de sécurité.
Yayé Oumou Barry et Ibrahima Bah pour Guineematin.com
The post Conakry : la morgue de la mosquée de Koloma 2 au centre d’un bras de fer foncier tendu first appeared on Guineematin.com.
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