Bilan de la CRIEF pour 2025 : entre décisions historiques, dossiers sensibles et justice sous pression

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L’année 2025 aura confirmé la place centrale de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) dans le dispositif judiciaire guinéen. Marquée par des décisions lourdes à l’encontre d’anciens hauts responsables de l’État, des non-lieux retentissants, des mises en liberté très commentées et un important chantier de recouvrement des avoirs publics, l’année n’a toutefois pas été exempte de controverses, de lenteurs procédurales et de blocages institutionnels.

Entre volonté affichée de lutte contre l’impunité et difficultés structurelles persistantes, la CRIEF a évolué en 2025 sur une ligne de crête, sous le regard attentif de l’opinion publique. Cependant l’actualité inédite de la juridiction courant 2025, est la fin des ennuis judiciaires pour Amadou Damaro Camara. Le premier des dignitaires de l’ancien régime à recouvrer sa liberté.

Des décisions judiciaires majeures dès le début de l’année

L’année s’ouvre sur le très sensible dossier de l’ancien Premier ministre, Dr Ibrahima Kassory Fofana. Le 15 janvier 2025, la chambre de jugement rejette l’ensemble des requêtes introduites par ses avocats, notamment la demande d’évacuation sanitaire à l’étranger et la récusation du juge. La Cour ordonne la poursuite du procès par défaut, estimant que le refus du prévenu de comparaître ne peut indéfiniment bloquer la procédure.  Toutefois, au fil des mois, le dossier connaîtra de multiples renvois, sans qu’une décision définitive sur le fond ne soit rendue au cours de l’année.

Confirmations d’acquittements et renvois ciblés

Le 6 mars 2025, la Chambre des appels confirme l’acquittement de Mamadou Diouldé Diallo, ex-directeur général de la Société des Eaux de Guinée (SEG), et de son ancien comptable. En rejetant l’appel de l’Agent judiciaire de l’État, la CRIEF consolide une décision rendue fin 2024, démontrant que la juridiction ne s’inscrit pas uniquement dans une logique de condamnation systématique.

En avril, la CRIEF se penche sur le dossier très médiatisé de Kabinet Sylla, alias “Bill Gates”, et du groupe Djoma. La chambre spéciale de contrôle de l’instruction opère un tri juridique important : plusieurs chefs d’accusation sont écartés, mais les faits d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux, estimés à 4 millions de dollars, sont maintenus. Les prévenus sont renvoyés devant la chambre de jugement, tandis que certaines mesures conservatoires sont levées et d’autres maintenues, illustrant une approche nuancée de la Cour.

Condamnations lourdes et exécution des peines

Le mois de mai marque l’un des temps forts de l’année judiciaire. Le 6 mai 2025, la CRIEF condamne par contumace Ibrahima Chérif Bah, ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, à cinq ans de prison ferme, une amende de 5 milliards de francs guinéens et la confiscation de ses biens. Il était jugé pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux — portant sur un préjudice estimé à plus de 10 millions de dollars pour l’État guinéen. Un mandat d’arrêt est également délivré contre lui.

Dans la continuité de l’exécution des décisions judiciaires, la CRIEF annonce, le 29 mai 2025, la vente aux enchères des biens saisis de l’ancien ministre de la Défense Dr Mohamed Diané, condamné en décembre 2024. Immeubles, école et usine agro-industrielle sont mis en vente afin de recouvrer une partie des 500 milliards de francs guinéens de dommages-intérêts dus à l’État, traduisant la volonté de la Cour de rendre effectives ses condamnations.

Non-lieu dans l’affaire du schiste de Linsan

Début juin, la chambre de l’instruction rend une ordonnance de non-lieu dans l’affaire dite du minerai de schiste de Linsan, au bénéfice de Yakouba Kourouma et de l’ancien ministre des Mines Moussa Magassouba. La CRIEF estime que les charges de corruption et d’abus de fonction ne sont pas suffisamment établies et retient que les démarches entreprises s’inscrivaient dans la défense des intérêts de l’État.

Un second semestre marqué par les renvois et la paralysie judiciaire

À partir de la mi-2025, l’action de la CRIEF est fortement ralentie. La grève du Barreau, combinée à l’incomplétude des compositions des chambres, entraîne le report de nombreuses audiences, y compris dans des dossiers sensibles comme ceux de Kassory Fofana et de Dr Ibrahima Kourouma.

Ces renvois à répétition suscitent une vive inquiétude parmi les justiciables, les avocats et les familles des détenus, qui dénoncent une justice lente et imprévisible, en contradiction avec le principe du délai raisonnable.

Libérations et contrôles judiciaires

Le dossier de Mory Camara, ancien directeur général des Impôts, a occupé une place centrale cette année. Poursuivi pour avoir réduit de manière présumée frauduleuse des impôts portant sur des centaines de milliards de francs guinéens, il sollicite une évacuation sanitaire. Après débats, la chambre spéciale de contrôle de l’instruction lui accorde, le 29 juillet 2025, une liberté provisoire sous contrôle judiciaire, rejetant les arguments du parquet spécial.

Le 28 octobre 2025, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, recouvre la liberté après quatre années de détention, dans une affaire portant sur un présumé détournement de 15 milliards de francs guinéens. Cette libération marque un tournant symbolique dans un dossier emblématique de la gouvernance passée.

Enfin, le 2 décembre 2025, l’ancien directeur général des Douanes, le général Moussa Camara, et son adjoint, MAcky Diallo, sont placés en liberté sous contrôle judiciaire, dans une affaire de détournement présumé estimé à près de 100 millions de dollars, clôturant une année dense mais inachevée sur plusieurs fronts.

Le bilan 2025 de la CRIEF apparaît ainsi contrasté. D’un côté, des décisions fortes, des condamnations lourdes, des non-lieux assumés et une volonté manifeste de recouvrer les avoirs publics. De l’autre, une justice entravée par des blocages structurels et des reports incessants.

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