Tribune : l’école guinéenne ne peut plus attendre devant les banques vides

il y a 9 heures 15
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Depuis trop longtemps, nos enseignants sont humiliés, contraints de passer des journées entières devant des banques aux coffres vides pour percevoir un salaire durement gagné. Cette situation est déshonorante . L’asphyxie financière des enseignants paralyse le système éducatif guinéen. L’accès aux salaires est devenu un parcours du combattant.

Les frais de transport impayés et l’insécurité alimentaire au sein des foyers entraînent un absentéisme forcé et une baisse drastique de la qualité des cours. Le quantum horaire national est gravement compromis.

Les enseignants sont réduits à faire la queue pendant des jours pour un salaire déjà modeste.

On ne peut pas demander à un enseignant de construire l’avenir de la nation le ventre vide et la dignité bafouée.

À l’heure où nous parlons, des pères et mères de famille, chargés de former l’élite de demain, sont réduits à la mendicité ou à l’endettement à des taux usuriers parce qu’ils ne peuvent accéder au fruit de leur travail.

Voir des professeurs émérites et des instituteurs passer des journées entières devant les agences bancaires, parfois à même le sol, est une image déshonorante qui décrédibilise leur autorité face aux élèves et à la société.
Un enseignant qui n’a pas son salaire ne peut pas payer son transport pour se rendre en classe. Le droit de retrait devient alors une nécessité de survie.

Des plafonnements de retrait allant de 500 000 à 1000000 GNF, en fonction des banques , leur sont imposés par jour .

Pour prendre un seul salaire , un enseignant est obligé de passer quatre à cinq jours à la Banque.

Des milliers d’heures de cours sont perdues chaque mois. Pour chaque jour passé à la banque, ce sont des centaines d’élèves privés de savoir, compromettant les chances de réussite aux examens nationaux.

Sans accès à leurs émoluments, les enseignants se retrouvent en situation d’insolvabilité immédiate (loyers et frais de scolarité des enfants impayés, impossibilité de se soigner), créant un stress psychologique incompatible avec la sérénité nécessaire à l’enseignement.

​Même présent, l’enseignant, préoccupé par ses dettes et la faim de sa famille, n’est plus en état psychologique de dispenser un cours de qualité.

Chaque jour passé par un enseignant devant une banque est une journée de perdue pour la jeunesse guinéenne. Les classes se vident parce que les poches sont vides. C’est une insulte à la fonction enseignante et un sabotage de l’avenir national.

● Est-il acceptable que le savoir s’arrête là où commence le manque de billets de banque ?
● ​Pourquoi les banques primaires sont-elles asséchées malgré les annonces de stabilité ?
● ​Pourquoi les enseignants sont-ils les premiers sacrifiés lors des pénuries de cash ?

​■ RECOMMANDATIONS URGENTES POUR SORTIR DE LA CRISE

​Pour remédier à la crise de liquidités à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) et dans les banques primaires, des mesures structurelles s’imposent :

■ ​MESURES À COURT TERME (URGENCE) :

● Instaurer un couloir prioritaire pour les salaires de la fonction publique (Éducation et Santé) lors de l’approvisionnement des banques primaires par la BCRG.

● ​Approvisionner prioritairement les agences de proximité .

● Injecter immédiatement de liquidités dédiée aux salaires .

● Mettre fin aux files d’attente interminables qui vident nos écoles.

● Sanctionner les banques primaires qui thésaurisent les billets et exiger une distribution équitable des flux de trésorerie vers les zones rurales.

​● Limiter temporairement les gros retraits en espèces des entreprises et de l’État pour privilégier le paiement des salaires des fonctionnaires.

● Accélérer l’interopérabilité entre les comptes bancaires et le Mobile Money pour permettre aux enseignants de transférer leur salaire vers leur téléphone sans passer par le guichet physique et de ne plus être l’otage des dysfonctionnements bancaires.

■ ​MESURES À MOYEN TERME (STRUCTURELLES) :

● ​Lancer une enquête sur les circuits de sortie des devises et des liquidités vers le secteur informel qui assèchent les banques formelles.

● ​Vérifier les ratios de solvabilité des banques privées pour s’assurer qu’elles ne détournent pas les dépôts vers des placements risqués au détriment de la disponibilité de l’épargne.

● Informer et sensibiliser les commerçants sur la nécessité de verser leur argent dans les banques primaires pour éviter les conséquences de la thésaurisation .

Enseignants humiliés devant les banques!
​Familles privées de soins et de nourriture!
​Cours annulés faute de frais de transport!
Plus de journées entières devant des guichets vides !
Plus de classes sans professeurs faute de transport !
Fin du mépris bancaire envers les agents de l’État!
Nous formons l’avenir, respectez notre dignité !

Par Michel Pépé Balamou , Enseignant, chargé de cours de Philo

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