Siguiri : la rivière Kourouda en danger, révélations et accusations autour de l’orpaillage à Balato

il y a 1 heur 14
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Dans le district de Bouré Balato, une localité relevant de la sous-préfecture de Kintinian, dans la préfecture de Siguiri, de graves accusations opposent un mouvement de jeunes aux autorités locales autour de l’exploitation artisanale de l’or sur la rivière Kourouda. Les responsables du district sont soupçonnés d’avoir autorisé l’installation de dragues appartenant à des exploitants burkinabè en contrepartie de paiements conséquents. Des allégations que les mis en cause réfutent catégoriquement, renvoyant la responsabilité aux propriétaires de champs et affirmant avoir ordonné le retrait immédiat des machines, tout en menaçant de poursuites judiciaires toute personne impliquée dans des transactions frauduleuses en leur nom.

La situation suscite une vive indignation chez une partie de la population, notamment les jeunes qui dénoncent une dégradation accélérée de leur environnement et pointent du doigt les autorités locales. Makandjan Eldji Camara, jeune leader du district de Balato, décrit avec émotion l’ampleur des dégâts constatés le long de la rivière Kourouda.

Makandjan Eldji Camara, jeune leader de Balato

« Ici à Balato, il n’y a presque plus de rivière, tout est détruit par les activités d’exploitation artisanale de l’or. C’est la seule rivière Kourouda qui restait pour tout le village. C’est ici que nos troupeaux venaient boire. Quand j’ai appris que le bureau du district avait installé des exploitants artisanaux burkinabè avec des machines appelées dragues, cela m’a profondément choqué », a-t-il dénoncé.

Poursuivant son témoignage, il a insisté sur la disparition progressive de l’écosystème local et les conséquences pour les générations futures.

« Avant, il y avait de la forêt tout le long de cette rivière. Aujourd’hui, tout a été détruit. Mon combat, c’est de voir Balato progresser dans tous les domaines, pas de voir le district détruit. Si la jeunesse de Balato me soutient, c’est parce qu’elle croit en ma vision : le développement de Balato. Mais aujourd’hui, le bureau du district a complètement détruit l’environnement de Balato. Nous n’avons presque plus de rivière. Tout a été saccagé avec les concasseurs et les dragues », a-t-il indiqué.

Il a alerté également sur les risques sanitaires et économiques liés à ces pratiques.

« Les Burkinabè qui travaillent ici utilisent du mercure et d’autres produits. Nos troupeaux n’ont plus où boire. Notre souhait est de protéger notre environnement et de faire en sorte que les revenus générés ici servent réellement au développement du village. Normalement, avec l’argent qui entre à Balato, si c’était bien géré, nous pourrions réaliser beaucoup de choses sans attendre l’État. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Nous interpellons les autorités à tous les niveaux pour venir constater la réalité sur le terrain », a lancé Makandjan Eldji Camara.

Un constat partagé par certains habitants du district. Karimé Camara, résident de Balato, a évoqué une situation devenue critique.

Karimé Camara, habitant de Balato

« C’était notre unique rivière, celle où nous amenions nos troupeaux pour les faire boire. Les sages de Balato n’ont jamais accepté que les pelles mécaniques travaillent ici. Pourtant, le bureau du district aurait négocié avec des orpailleurs burkinabè pour installer une drague et détruire la rivière. Aujourd’hui, nous avons un sérieux problème : nous n’avons plus où envoyer nos troupeaux. Nous demandons justice auprès des autorités », sollicite-t-il.

Face à ces accusations, les exploitants mis en cause ont avancé une version différente des faits. Aboubacar Kaborè, orpailleur burkinabè, a affirmé avoir agi dans un cadre qu’il juge régulier.

« Nous avons été installés ici par le propriétaire de la plantation. Nous avons payé deux millions de francs guinéens pour l’installation et l’autorisation de travailler. Les agents des Eaux et Forêts viennent aussi, et nous leur payons 2 500 000 GNF chaque mois pour travailler tranquillement. Les responsables du village et du district passent également, et nous payons environ 2 500 000 GNF chaque semaine », a-t-il déclaré.

Les responsables du district ont rejeté catégoriquement toute implication. Namory Diakité, chargé des mines au sein du bureau de district, a apporté des précisions.

Namory Diakité, chargé des mines au sein du bureau de district

« Nous nous sommes toujours opposés à l’exploitation minière artisanale illégale avec des machines. Ce sont des propriétaires de champs qui auraient fait venir les dragues dans d’anciens trous laissés par les machines. Nous n’étions pas au courant. Dès que j’ai été informé, j’ai tout arrêté. Aujourd’hui, il n’y a plus de machines sur le site », a-t-il dit.

Namory Diakité insiste également sur l’absence de toute transaction financière impliquant le bureau du district.

« Nous n’avons perçu aucun argent. Si des paiements ont été effectués, cela pourrait concerner les propriétaires de champs. Nous allons mener des enquêtes et, si des responsabilités sont établies, l’affaire sera portée devant la justice », a-t-il averti.

S’exprimant, Daba Camara, président de la jeunesse de Balato 2, défend les actions entreprises pour préserver l’environnement.

Daba Camara, président de la jeunesse de Balato 2

« Lorsque nous avons pris nos fonctions, le marigot était déjà bouché à cause des machines. Nous avons pris des dispositions pour le déboucher. Les dragues ont été installées par des propriétaires de champs, sans informer ni le bureau du district ni la jeunesse. Nous avons même interdit les machines pour protéger l’environnement », a-t-il fait savoir. 

Entre dénonciations citoyennes, justifications des exploitants et démentis des autorités locales, l’affaire de Balato met en lumière les tensions persistantes autour de l’orpaillage artisanal en Guinée. Dans ce climat de suspicion et d’urgence écologique, seule une enquête rigoureuse pourrait établir les responsabilités et, surtout, sauver ce qui reste de la rivière Kourouda, devenue le symbole d’un développement aussi convoité que controversé.

Kaïn Naboun TRAORÉ pour Guineematin.com

Tél : (+224) 621144 891

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