Recrutement d’enseignants-chercheurs : Dakar s’irrite de voir la Guinée puiser dans ses réserves

il y a 21 heures 51
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Le recrutement récent d’enseignants-chercheurs sénégalais dans la fonction publique guinéenne provoque une vive irritation à Dakar et fait planer l’ombre d’une tension entre deux pays pourtant liés par une coopération académique historique.

Selon une note officielle du ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, relayée par Le Quotidien et reprise par le média en ligne Seneweb, 59 enseignants-chercheurs sénégalais figurent parmi les lauréats d’un vaste appel à candidatures lancé par la Guinée pour près de 300 postes, dans le cadre d’un programme de renforcement de son système universitaire. À l’origine, Conakry prévoyait le recrutement d’environ 250 enseignants-chercheurs, dont une cinquantaine de Sénégalais, désormais confirmés dans les listes officielles.

Pour le ministre sénégalais, le Pr Daouda Ngom, la situation est « préoccupante » et juridiquement problématique. Les enseignants concernés sont, pour la plupart, liés par des contrats exclusifs avec l’État du Sénégal, ce qui rend leur engagement simultané dans une autre fonction publique étrangère incompatible avec leur statut.

Le malaise est d’autant plus profond que les profils concernés occupent des positions stratégiques dans l’enseignement supérieur sénégalais. On y recense 9 professeurs titulaires, 6 professeurs assimilés et 3 maîtres de conférences titulaires, dont certains dirigent des Unités de formation et de recherche (UFR) ou des écoles doctorales. Un niveau de responsabilité qui, selon les autorités, rend leur départ particulièrement sensible pour la continuité pédagogique et l’encadrement des thèses.

Face à ce qu’il assimile à une possible « fuite de cerveaux organisée », le ministère sénégalais a instruit les recteurs des universités publiques de procéder sans délai à l’identification administrative des enseignants concernés. Il leur est également demandé de proposer, le cas échéant, des sanctions ou des mesures correctives, laissant planer l’hypothèse d’une fraude administrative à grande échelle.

La Guinée en quête de standards internationaux

Côté guinéen, l’opération s’inscrit dans une dynamique de réforme profonde du système d’enseignement supérieur. Le pays compte 19 institutions publiques, dont six universités, engagées dans un processus de mise à niveau. Pour obtenir l’accréditation de leurs programmes auprès de l’Autorité nationale d’assurance qualité, les établissements guinéens doivent satisfaire à des critères stricts, notamment en matière de quota d’enseignants de rangs A et B.

Faute de ressources humaines suffisantes sur place, Conakry s’est tournée vers l’expertise sénégalaise, reconnue dans l’espace universitaire ouest-africain, afin d’aligner ses standards sur les normes internationales.

Une coopération fragilisée

Si aucune déclaration officielle guinéenne ne qualifie encore l’affaire de contentieux diplomatique, la crispation exprimée à Dakar dépasse le simple cadre administratif. Dans le langage diplomatique, une telle situation relèverait déjà d’une crise latente, tant elle touche à la souveraineté des États, à la gestion de leurs ressources humaines stratégiques et à l’équilibre de la coopération régionale.

Reste à savoir si le dialogue bilatéral permettra d’apaiser les tensions ou si ce dossier ouvrira un nouveau front sensible entre Conakry et Dakar, sur fond de concurrence académique et de mobilité des élites intellectuelles en Afrique de l’Ouest.

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