Quand le roman Guinètâ prédisait le débat sur les langues nationales

il y a 2 heures 13
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Le décret D/2026/0122/PRG/SGG, signé le 17 avril 2026 par le président Mamadi Doumbouya, marque un tournant historique pour l’institutionnalisation des langues nationales dans la communication présidentielle. Cette décision résonne étrangement avec les pages du roman Guinètâ, où l’auteur Tidiane Diallo anticipait déjà ces vifs débats identitaires.

 

De l’initiative communautaire à la portée institutionnelle

Jusqu’ici, les systèmes d’écriture tels que le N’ko, créé en 1949 par Solomana Kanté et codé Unicode depuis 2006, ou l’Adlam, inventé en 1989 par les frères Barry et codé Unicode depuis 2016, relevaient principalement d’initiatives communautaires. En les inscrivant officiellement dans les attributions de la communication de l’État, le nouveau décret leur confère une légitimité institutionnelle sans précédent.

Le texte prévoit l’usage du pulaar, du malinké, du soussou et d’autres langues nationales, tout en ouvrant la porte aux systèmes de transcription en développement, à la langue des signes ou à l’audiodescription.

Cependant, cette avancée ne fait pas l’unanimité. Déjà, les promoteurs du « Koresèbèli » en langue soussou haussent le ton, revendiquant la primauté d’une langue qui, selon eux, fait consensus à Conakry comme à l’intérieur du pays, bien que son écriture ne soit pas encore intégrée au standard Unicode pour une validation officielle par l’ONU.

 

Les interrogations prémonitoires de Tidiane Diallo

Alors que les réseaux sociaux s’enflamment pour savoir quelle langue doit primer, les lecteurs du roman Guinètâ y voient une forme de prémonition.

Dans le chapitre 21, Tidiane Diallo posait avec une inquiétante lucidité les jalons de ce débat qui secoue aujourd’hui les habitants de son pays imaginaire.

« Et voici un autre feu, plus discret mais tout aussi brûlant : la question des dialectes. Sujet tabou, toujours évité, mais toujours renaissant, tel un serpent sous la cendre. » (Extrait de Guinètâ)

L’auteur y interroge la fragilité d’une nation polarisée par l’ethnicité : faut-il choisir la langue de la capitale ? La plus parlée ? Celle à la syntaxe la plus riche ? Ou garder le français pour ne pas « rallumer la braise » ?

Tidiane Diallo pousse la réflexion en comparant la situation guinéenne à celle de ses voisins : le Sénégal et son wolof, le Mali et le bambara, ou encore la Côte d’Ivoire et son attachement au français. À travers son œuvre, il pose une question fondamentale : une langue s’impose-t-elle d’elle-même ou doit-elle être le fruit d’un choix politique courageux ?

Au-delà de la linguistique, l’écrivain invite surtout à interroger nos valeurs communes, l’éducation et la mémoire comme les « armes les plus solides » pour éviter l’effritement de la nation. Pour découvrir comment le romancier dénoue ces tensions, il ne reste plus aux lecteurs qu’à se plonger dans les pages de Guinètâ.

 

Gordio Kane

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