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Le tribunal criminel de Dixinn, délocalisé dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry, reprend ce lundi 23 mars 2026, l’examen du dossier du Colonel Bienvenu Lamah.
Incarcéré depuis le 21 novembre 2022, l’officier fait face à des accusations liées aux massacres de 2009. Entre témoignages contradictoires et pièces d’archives, le tribunal aura l’épineuse tâche de démêler un assemblage de non-dits vieux de 15 ans.
Au centre des débats se trouve une question cruciale : quelle unité de recrues était réellement présente au stade du 28 septembre ? C’est sur ce point précis que les versions de l’époque et les dépositions actuelles s’entrechoquent.
Le dossier repose en grande partie sur une pièce maîtresse notamment des interviews et des dépositions vidéo consultées par notre rédaction. C’est par exemple l’entretien accordé par Aboubacar Diakité, dit « Toumba », au journaliste de RFI, Olivier Roger, le 16 décembre 2009. Dans cet enregistrement réalisé seulement deux mois après les faits, Toumba affirmait que 250 recrues provenaient du Centre d’Instruction de l’Armée de Mer (CIAM). C’est cette déclaration précise qui avait, dans un premier temps, permis au Colonel Bienvenu Lamah de bénéficier d’un non-lieu. Ironie du sort judiciaire, cette même interview avait servi de base, le 31 juillet 2024, à la condamnation de Toumba lui-même.
De l’avis des avocats de la défense, le tribunal doit aujourd’hui trancher entre deux chronologies portées par des figures clés de l’époque :
La version de Toumba (2009) : Il soutient la thèse des recrues du CIAM, une version livrée à chaud peu après les événements.
La version du Général Sékouba Konaté (2017) : Huit ans après les faits, suite à l’arrestation de Toumba Diakité à Dakar, l’ancien président de la transition a évoqué les recrues de Kaliah. Selon lui, 9 000 hommes auraient été déployés depuis ce camp pour réprimer la population.
Dans ce deuxième volet de ce procès retentissant, le tribunal devra également tenter d’éclaircir les contradictions entre Toumba et son propre témoin, Mamady Soumaoro. Alors que Toumba maintient la piste du CIAM, Mamady Soumaoro avait affirmé que des recrues sont venues de Kaliah entre le 24 et le 25 septembre 2009. Pour ce dernier, les hommes du CIAM étaient de bons Guinéens déjà répartis avant le massacre.
Cette disparité entre Toumba, Soumaoro et le Général Konaté fragilise la cohérence des récits et placerait le Colonel Bienvenu Lamah dans une position de force.
Face à ces témoignages fluctuants, la défense du Colonel Lamah mise sur la preuve documentaire. Les documents fournis par l’officier indiquent que : 390 recrues étaient effectivement en formation au CIAM dès le 1er mai 2009. Ces hommes, selon ces documents, étaient toujours sous instruction lors des événements du 28 septembre et lors de l’attentat contre le Capitaine Moussa Dadis Camara, le 3 décembre 2009. Et leur affectation définitive n’a eu lieu qu’en avril 2010, sous l’autorité du Général Nouhou Thiam.
Le tribunal parviendra-t-il à identifier avec certitude l’origine des troupes présentes au stade ? Entre la vérité de 2009 et les souvenirs des années d’après, la justice guinéenne cherche sa boussole dans l’un des procès les plus complexes de son histoire.
Alhassane Fofana
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il y a 2 heures
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