La souveraineté étatique à l’épreuve de l’ingérence contemporaine: cas du Président du Vénézuela Nicolas Maduros (Par Mohamed Soumah)

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La souveraineté étatique constitue l’un des piliers fondamentaux de l’ordre juridique international contemporain. Consacrée dès la Paix de Westphalie (1648) et réaffirmée par la Charte des Nations Unies de 1945, elle repose sur le principe cardinal de l’égalité souveraine des États et de la non-ingérence dans leurs affaires internes. Pourtant, force est de constater qu’au XXIᵉ siècle, ce principe subit une érosion préoccupante, nourrie par des pratiques unilatérales, coercitives et parfois violentes, émanant de puissances étatiques se revendiquant d’une légitimité politique ou morale supérieure.
Les Conventions de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques et de 1963 sur les relations consulaires incarnent l’effort de codification juridique visant à pacifier les relations interétatiques et à substituer le droit à la force. Cependant, certains événements récents, notamment l’agression d’un chef d’État étranger sur le sol international, renvoient à une remise en cause grave de ces acquis, illustrant un inquiétant retour à la loi du plus fort, au détriment d’un siècle d’efforts de construction normative du droit international.

I. La souveraineté étatique et la non-ingérence :

fondements juridiques

A. La souveraineté comme principe structurant du droit international
La souveraineté étatique se définit comme la compétence exclusive d’un État sur son territoire, sa population et ses affaires internes, sans subordination à une autorité supérieure. L’article 2 §1 de la Charte des Nations Unies consacre l’égalité souveraine de tous les États membres, tandis que l’article 2 §7 interdit explicitement toute intervention dans les affaires relevant de la compétence nationale d’un État.
Ce principe n’est pas purement théorique : il conditionne la stabilité internationale, la coexistence pacifique et la prévisibilité des relations diplomatiques.

B. Les Conventions de Vienne de 1961 et 1963 :

Instruments de protection de la souveraineté
La Convention de Vienne de 1961 garantit notamment :
l’inviolabilité des agents diplomatiques (art. 29),
l’inviolabilité des locaux diplomatiques (art. 22),
le respect de la dignité et de la personne des représentants de l’État accréditant.
La Convention de 1963 étend cette logique aux relations consulaires, renforçant l’idée que la communication entre États doit s’opérer par des canaux juridiques et pacifiques, et non par la contrainte ou la violence.
Ces instruments traduisent une volonté collective de rompre définitivement avec les pratiques de domination directe, caractéristiques des relations internationales pré-juridiques.

II. L’ingérence dans les affaires internes :

une violation caractérisée du droit international

A. La notion d’ingérence et ses formes contemporaines
L’ingérence se manifeste lorsqu’un État intervient, directement ou indirectement, dans les affaires relevant de la compétence exclusive d’un autre État, sans son consentement. Elle peut prendre des formes variées :
pressions politiques ou économiques,
sanctions unilatérales extraterritoriales,
soutien à des acteurs internes non étatiques,
recours à la force ou à des actes coercitifs ciblant des dirigeants étatiques.
De telles pratiques sont difficilement conciliables avec le principe de non-ingérence, sauf autorisation explicite du Conseil de sécurité des Nations Unies ou légitime défense strictement encadrée par l’article 51 de la Charte.

B. L’agression d’un chef d’État étranger : un seuil juridique critique
L’agression d’un président en exercice d’un État souverain, fût-ce sous couvert de considérations politiques ou sécuritaires, constitue une violation grave du droit international. Elle heurte non seulement la souveraineté de l’État concerné, mais également la dignité institutionnelle attachée à la fonction présidentielle.
Dans le cas du Venezuela, l’événement évoqué illustre une dérive préoccupante : l’abandon des mécanismes diplomatiques et juridictionnels au profit d’actions unilatérales, révélatrices d’un mépris assumé pour les normes internationales existantes.

Le retour de la loi du plus fort :

Une régression normative dangereuse:

A. L’érosion de l’universalité du droit international
Lorsque certaines puissances s’arrogent le droit d’interpréter, voire de suspendre, l’application du droit international selon leurs intérêts stratégiques, elles fragilisent l’universalité même de l’ordre juridique international. Le droit cesse alors d’être une norme commune pour devenir un instrument sélectif.
Cette dynamique crée un précédent dangereux : si la force prime sur le droit pour les puissants, alors le système international bascule vers une logique anarchique, où la sécurité des États faibles devient illusoire.
B. Un siècle d’efforts juridiques menacé
Depuis la Société des Nations jusqu’aux Nations Unies, en passant par les grandes conventions multilatérales, la communauté internationale a œuvré à civiliser les relations entre États. Le recours à la force devait être l’exception ultime, strictement encadrée.
Le retour à des pratiques de coercition directe contre des dirigeants étatiques marque une rupture avec cet héritage, remettant en cause la crédibilité même du droit international comme instrument de régulation pacifique.

Conclusion :

La menace qui pèse aujourd’hui sur le respect de la souveraineté étatique n’est pas seulement juridique ; elle est profondément politique et civilisationnelle. La remise en cause des Conventions de Vienne de 1961 et 1963, par des actes d’ingérence manifeste, traduit un glissement vers un ordre international déséquilibré, dominé par la force plutôt que par le droit.
Face à cette dérive, il appartient aux juristes, universitaires et praticiens du droit international de réaffirmer avec force que la souveraineté étatique et la non-ingérence ne sont pas des concepts obsolètes, mais des garanties essentielles de paix, de dignité et d’égalité entre les nations.

Par Mohamed SOUMAH
Diplomé en Relations Internationales.
MASTER EN DROIT ENVIRONNEMENT- MINE-DEVELOPPEMENT- DURABLE.

UNIVERSITÉS :
FRANCE- GUINÉE

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