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La vie politique de notre pays connait aujourd’hui une profonde métamorphose, liée au changement du paysage politique et à l’émergence d’un nouveau leader. Les dernières élections ont été marquée par le rejet de la candidature des trois principaux leaders politiques, protagonistes de la vie politique guinéenne depuis plus de 20 ans, notamment Alpha Condé pour le RPG, Sidya Touré pour l’UFR et Cellou Dalein Diallo pour l’UFDG.
Cela a produit comme effet non désiré l’émergence de nouveaux candidats, parmi lesquels se distinguent Yero Baldé et Mohamed Nabe. On est désormais loin de la bipolarisation produite par la compétition politique entre les camps d’Alpha Condé at Cellou Dalein Diallo, où est émergée une forme de pensée unique qui a germé sur le terreau fertile de l’ethnicité et du régionalisme. D’ailleurs, la junte au pouvoir a justifié certaines mesures répressives, telles que l’interdiction des manifestations politiques et la fermeture de plusieurs media, par la volonté de mettre fin à l’affrontement des militants des deux camps, dressés les uns contre les autres.
En même temps, en poursuivant une stratégie de carotte et de bâton, la junte a procédé à la cooptation de plusieurs hauts fonctionnaires de l’État et de certains leaders du RPG et de l’UFDG.
Si nous analysons la géographie, l’ethnologie et la sociologie électorale de cette élection, dominée par une ambiance de mamaya où les chanteurs populaires ont joué un rôle plus important que les intellectuels, nous pouvons évaluer les poids des candidats.
Certes, l’affaiblissement des principaux partis politiques et l’absence de leurs leaders, contraints à l’exile, a offert au candidat du GMD un boulevard pour garder le pouvoir, mais il ne faut pas non plus sous-estimer sa capacité d’attirer le soutien d’une partie de la population guinéenne. En Haute Guinée, ce soutien n’est pas indépendant de critères régionalistes et ethniques. Cependant, c’est aussi la bourgeoisie d’État et commerçante qui s’est mobilisée en faveur du candidat du GMD, qui a aussi su attirer la bienveillance et l’adhésion de l’élite religieuse prônant la paix , l’ordre et la stabilité. Au delà de ces atouts, il jouit également d’une véritable popularité en milieu urbain, grâce à la réalisation de certaines infrastructures, ce qui lui a permis d’obtenir une grande visibilité, alors que d’autres problèmes vécus par les populations rurales demeurent, comme d’habitude, moins connus, moins visibles et sans doute plus difficiles à résoudre.
L’un des atouts du Général a été l’encouragement de la promotion et de l’insertion professionnelle des jeunes dans un contexte de chômage : à travers cette politique, très populiste, bien des jeunes ont bénéficié de promotions ou ont été recrutés à la fonction publique. Cette proximité avec la jeunesse s’explique aussi par l’âge du Général, qui partage avec les jeunes guinéens certaines pratiques sportives et récréatives.
En dehors du candidat de la mouvance présidentielle, le candidat du FRONDEG Abdoulaye Yero Baldé a pu démontrer une forte capacité de mobilisation. En démissionnant du gouvernement dans le souci de sauvegarder les acquis démocratiques , il est apparu comme le leader qui incarne désormais la démocratisation de la Guinée et la volonté de changement, comme l’indique d’ailleurs le nom de son parti.
Dans un contexte politique de culture paroissiale, où les électeurs ont tendance à voter pour un candidat appartenant à leur communauté, jugé mieux capable de défendre leurs intérêts, tous les candidats ont bénéficié d’un vote où les composantes affectives sont toujours importantes et nourries par la socialisation familiale.
Cependant, au-delà des critères ethniques, ce vote a aussi une base sociologique. Abdoulaye Yero Balde, leader du FRONDEG en se présentant comme un technocrate peul de culture cosmopolite, a pu capter une bonne partie de l’électorat urbain, en apparaissant particulièrement populaire auprès des intellectuels, des hauts cadres, des travailleurs des institutions internationales, des ONG de la société civile. Il apparait comme une bonne alternative des électeurs du UFR de Sidia Toure, qui a toujours été le parti moins marqué ethniquement en Guinée. Yero Baldé apparait comme un centriste qui a toujours évité les attaques frontale lors de la campagne électorale et qui, contrairement aux autres leaders, ne s’est pas réjoui publiquement du coup d’Etat contre Alpha Condé. Il peut également vanter un bilan positif à l’issue de son mandat en tant que ministre de l’éducation pendant le gouvernement d’Alpha Condé, où il a pu amorcer la valorisation du statut des enseignants des Universités guinéennes. En enclenchant des réformes qui ont permis à ses successeurs, Dr Diaka Sidibe et Mr Alpha Bacar Barry, de demander le statut spécial de l’enseignement supérieur, il a permis de tripler le salaire des enseignants chercheurs et d’impulser l’ouverture internationale de la Guinée, qui adhère désormais au CAMES. Un programme ambitieux de formation des jeunes chercheurs a été mis en place pendant son mandat, avec l’objectif de financer 1000 thèses de doctorat et 5000 Masters, pour pallier au manque criant de professeurs qualifiés dans nos universités. En tant que citoyen, je ne cache pas mon admiration pour les résultats de ce candidat, que j’ai côtoyé dans le cadre professionnel car il a été mon Ministre lorsque j’ai été vice recteur à l’Université Julius Nyerere de Kankan. Son humilité et son accessibilité, son respect pour les enseignants guinéens et sa compréhension de leurs problèmes m’encouragent aussi à le soutenir dans son brillant parcours politique, commencé depuis très longtemps, sur les bancs de l’Université,
Quant aux autres candidats, Faya Millimono, à l’image du jeune Aliou Bah, aujourd’hui en prison, fait partie depuis plusieurs années des animateurs de la vie politique ; son éloquence et son statut d’intellectuel lui confèrent une certaine popularité dans les milieux intellectuels urbains. Cependant, sa popularité médiatique est en train de s’effriter avec la fermeture de plusieurs médias. De plus, malgré sa popularité, son parti n’a pas encore atteint l’un des critères fondamentaux de l’existence d’un parti politique, c’est-à-dire un ancrage national, avec une diffusion même en milieu rural.
Le leader Mohamed Nabe est un technocrate doté d’une une formation solide et d’ une bonne expérience dans le monde des entreprises. Cependant, son parti souffre du fait qu’il n a pas encore occupé une fonction de premier plan au sommet de l’Etat, même si sa virginité politique lui confère une certaine crédibilité et de l’avenir sur la scène politique de notre pays. Il reste à voir si ces candidats parviendront à surmonter les prochains défis, notamment lors des élections législatives, où ils vont devoir montrer que leurs structures politiques ne sont pas seulement des machines électorales, constituées à l’occasion de l’élection présidentielles. Comme le dit le sociologue et politologue Maurice du Verger, la durée dans le temps et la capacité d’implantation et de mobilisation sur la totalité du territoire national sont parmi les principales étapes à franchir pour pouvoir consolider l’existence d’un parti politique.
Il nous semble que le FRONDEG a obtenu des résultats encourageants, bien que ceux-ci soient controversés car ils ne reflètent pas la géographie politique de son électorat. Il est donc bien parti pour constituer l’un des principaux partis de l’opposition en Guinée, qui pourra un jour briguer le pouvoir.
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il y a 12 heures
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